16ième Festival Annuel : MYTHOLOGIES, Images du mythe et mythe des images


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


DU VENDREDI 09 FÉVRIER AU VENDREDI 16 FÉVRIER 2018

Cinéma Mercury – 16 place Garibaldi – Nice

  • Chaque film est précédé d’une présentation et suivi d’une discussion avec le public.
  • Tous les films sont en version originale sous-titrée.
  • Présentation des films et animation des débats: Josiane Scoleri, Martin De Kerimel, Vincent Jourdan, Guillaume Levil, Bruno Precioso.
  • Programmation : Cinéma Sans Frontières.

Images du mythe, mythe des images… la mythologie au cinéma

Le steak-frites, le Tour de France, la Citroën DS, les martiens ou l’abbé Pierre… ce sont certaines des manifestations retenues par Roland Barthes dans la liste de ses Mythologies parues au fil des années 1950. Sur 53 incarnations, le cinéma (qui n’a jamais eu les faveurs du sémiologue) s’attire 5 occurrences, parmi lesquelles le visage de Greta Garbo comme un concentré de la capacité du 7ème art à « faire mythe ». Cette force incontestable fait du cinéma un média sans égal pour populariser et universaliser, qu’il s’agisse de valider les succès littéraires récents (Harry Potter) ou plus anciens (Le Seigneur des anneaux), de réécrire les contes de fées (de l’adaptation plus ou moins fidèle des studios Disney à la liberté des réinterprétations depuis Shrek), voire d’édifier un univers dont l’ampleur signe la prétention immédiate à se poser en mythologie « des temps modernes », ambition dont La Guerre des étoiles de G. Lucas s’est trouvée presque instantanément couronnée, et dont le succès répété des nouveaux épisodes atteste d’une certaine robustesse. Mais au-delà de cette remarquable faculté à impressionner (au sens propre et au sens figuré), la relation du 7ème art à son matériau est pour ainsi originelle. La naissance du cinéma entre 1891 et 1895, coïncide avec un moment fort de relecture et de réévaluation de la mythologie, sous les forces conjuguées de deux disciplines neuves et en plein essor : l’anthropologie installée comme science officielle à partir de 1863 (création de la London Anthropological Society) et la psychanalyse qui surgit entre 1881 (travaux de Josef Breuer) et 1893 (Etiologie des névroses par Freud).

Les nouveaux modèles d’interprétation du mythe, sa revalorisation et sa redécouverte par la peinture et la littérature (de Picasso à Joyce) ont évidemment également profité au cinéma, qui a eu à coeur de s’emparer des formes anciennes traditionnelles de la culture populaire pour s’installer dans leur continuité. Ce sera la mythologie grecque ou le théâtre élisabéthain en Europe, les grandes mythologies asiatiques tel le Mahabharata, en Inde, en Asie du sud-est… Mais par ailleurs, en tant que première forme de spectacle à vocation universelle et non éphémère, le cinéma s’est immédiatement posé comme capable de conférer une aura mythologique aux grands récits même récents (Dr Jeckyll, Frankenstein), voire aux acteurs que le gros plan a su fétichiser. S’il faut attendre 1962 pour que les Marilyn sérigraphiées de Warhol poussent jusqu’au vertige la force ‘‘iconisante’’ du cinéma, c’est une évidence qui n’échappe à personne dès les premières années du 7ème art – et dont témoigne la hiérarchie des noms d’acteurs sur les affiches promotionnelles des films.

Le mythe grec en tant qu’arrière-plan culturel général de l’Occident a d’emblée intéressé le cinéma qui en a hérité sous sa forme théâtrale et par conséquent comme une somme de défis : immobilité, verbosité, stylisation de l’action… des caractéristiques aux antipodes de ce qui faisait la force du cinéma, mobile, singeant le réel, peu capable de longues tirades. Et de fait l’apparition de la mythologie sous les faisceaux de la caméra a donné lieu à toutes les formes de réécriture qui vont de l’actualisation à la libre reconstruction, éclairant bien souvent au moins autant le mythe lui-même que la relation qu’entretient avec lui une époque, une population, une classe sociale ou un réalisateur, comme le notent conjointement Barthes et Deleuze. Chaque réappropriation devient alors l’occasion de mettre en présences des patrimoines intellectuels, artistiques et sociaux, mais aussi et surtout de redéfinir une relation au temps : la tension portée par le réalisateur depuis sa lecture subjective du mythe, faite film pour en tenter la traduction en une langue universelle.

L’idée du mythe est celle d’une miniaturisation du réel, d’une totalité racontable en un temps limité d’un monde incarné par des étincelles autonomes les unes aux autres apportant une somme finie de leçons. C’est aussi la fonction du cinéma, pensée de la totalité, qui emprunte aussi au mythe sa narration circulaire et sa puissance d’incarnation du personnage. Mythologie et cinéma produisent semblablement une pensée symbolique (et non pas allégorique) irréductible à autre chose qu’elle-même. Comme le récit mythologique enfin, la séance de cinéma est répétée et appropriable à l’infini (au point que le cinéma indien a su produire des dieux, certains personnages aujourd’hui objets de culte…). C’est précisément cette plasticité des rapports du cinéma au mythologique que nous avons voulu interroger à travers la sélection de ce 16ème festival de Cinéma Sans Frontières :

La Médée de Pasolini est un concentré de toutes les ambivalences qui animent mythe et cinéma, où le sens de la mythologie est démultiplié comme dans un jeu de miroirs jusqu’au vertige : adaptation du mythe dans une version étendue au-delà de son incarnation par le théâtre antique, dépaysement vers une nouvelle terre plus propre à accueillir une pensée mythique à la fin des années 1960, choix d’une actrice hors-norme (Maria Callas) pour en faire une Médée prisonnière d’un univers appauvri, trop plat pour elle…

Avec le Profond désir des dieux d’Imamura, c’est la mise en accusation des valeurs et des limites à leur acceptation qui se pose jusque dans la société japonaise de 1967, tandis qu’Angelopoulos choisit de convoquer la figure d’Ulysse pour retraverser les frontières d’une Europe qui se lézarde ; et c’est encore vers une quête conjuguée au passée que se tourne Le Regard d’Ulysse.

Le Tibétain Pema Tseden semble chercher à donner le visage de son berger Tharlo aux mots du cinéaste marocain Moumen Smihi « Un pays qui ne produit pas d’images est menacé de famine. Ceci dans le sens où la production d’images aujourd’hui est un fait de civilisation, donc une question de vie ou de mort par rapport à l’idée, très importante, d’identité culturelle. »

Avec Yeelen, Souleymane Cissé propose un retour à l’essence de toute mythologie, peut-être de toute connaissance symbolique, en cherchant à retrouver le moment de la séparation de la lumière et des ténèbres.

Le Pandora d’Albert Lewin convoque deux monstres sacrés du cinéma pour incarner une rencontre inédite, non pas seulement de deux personnages mythologiques (la première femme Pandore et le capitaine maudit du Hollandais volant), mais de deux matières mythologiques (celle de l’antiquité grecque et la mythologie germanique plus récente).

Avec la soirée documentaire nous rappellerons que si les 1ers films furent documentaires ils n’excluent nullement d’interroger la mythologie : le jeune Clément Cogitore frottera son Braguino sibérien à l’épique chasse à l’hippopotame filmée par Jean Rouch dans sa Bataille sur le grand fleuve, à la recherche du peuple manquant deleuzien.

Enfin le rideau du 16ème festival tombera sur le dernier western, le crépusculaire Misfits de John Huston, qui incarne à lui seul l’incroyable puissance évocatrice d’un genre, les destinées tragiques de héros mythifiés, mais aussi la pleine conscience d’un cinéaste réalisant, comme un bouquet final ne projetant que des ombres, la dernière incarnation d’un genre qui sembla se confondre avec le cinéma lui-même.

Bruno Precioso


Programme du Festival 2018 :

Vendredi 09 février à 20h30 : MEDEA de Pier Paolo Pasolini (Italie, 1969, 1h50, vostf) – La rencontre  de Maria Callas et de Pier Paolo Pasolini –

Samedi 10 février à 20h00PROFOND DESIR DES DIEUX de Shohei Imamura (Japon, 1967, 2h46, vostf) – Le monde des esprits face aux idoles de la modernité

Dimanche 11 février à 13h30 : LE REGARD D’ULYSSE de Theo Angelopoulos (Grèce, 1995, 2h54, vostf) – Une Odyssée du XXème siècle

Lundi 12 février à 20h30 : THARLO, LE BERGER TIBETAIN de Pema Tseden (Tibet, 2018, 2h03, vostf) – Adam et Ève au Tibet aujourd’hui  –

Mardi 13 février à 20h30 : YEELEN de Souleymane Cissé (Mali, 1987, 1h45, vostf) –  L’éternel combat de la lumière et des ténèbres

Mercredi 14 février à 20h30 : PANDORA de Albert Lewin (Royaume-Uni, 1951, 2h02, vostf) – Ava Gardner… à jamais

Jeudi 15 février à 20h30 : BRAGUIGNO de Clément Cogitore (France, 2017, 0h50), précédé de BATAILLE SUR LE GRAND FLEUVE de Jean Rouch (France, 1950, 0h35) – Ce sera donc toujours l’Iliade ?

Vendredi 16 février à 20h30 : THE MISFITS de John Huston (USA, 1961, 2h05, vostf) – Le crépuscule des dieux

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