Burning


 


Samedi 20 Octobre 2018 à 20h

Cinéma Mercury – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Lee Chang-dong – Corée du Sud – 2018 – 2h28 – vostf

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Sur le web

Lee Chang-dong se lance dans le théâtre alors qu’il n’est âgé que d’une vingtaine d’années, avant d’entamer une carrière de romancier. Il fait ses débuts en tant que réalisateur avec Green Fish, un film noir coréen unique en son genre. Si Green Fish joue avec les conventions du genre et explore la réalité du monde, il poursuit ensuite son étude de la vie et du cinéma avec Peppermint Candy, construit sous forme de flashbacks, et Oasis. Oasis vaut à Lee Chang-dong le prix du Meilleur Réalisateur à la Mostra de Venise, et à Moon So-ri, qui tient le premier rôle du film, le Prix du Meilleur Espoir Féminin. En 2003, il est nommé Ministre de la Culture et du Tourisme. Au moment de quitter ses fonctions, il réalise un quatrième long-métrage, Secret Sunshine. La prestation exceptionnelle de Jeon Do-yeon dans le rôle de Shinae, une jeune femme tourmentée, lui vaut le prix de la Meilleure Actrice au Festival de Cannes en 2007. Poetry reçoit en 2010 le prix du Meilleur Scénario lors du 63ème Festival de Cannes, ainsi que de nombreuses autres récompenses, en Corée mais aussi lors de festivals internationaux.

Burning a été écrit par le réalisateur Lee Chang-dong et la scénariste Oh Jung-mi. Tous les deux se sont rencontrés en 2010 lors d’un séminaire de cinéma sur l’art de la narration donné par Lee Chang-dong. Durant cinq ans, ils se sont penchés sur d’innombrables histoires, certaines ont été développées en scénarios puis finalement mises de côté. « Il semblait que nous tournions en rond à la recherche d’un chemin inexploré« , explique Oh Jung-mi. Elle poursuit : « C’est au moment où nous commencions à nous sentir las de cette attente que nous sommes tombés sur une nouvelle d’Haruki Murakami intitulée ‘Les Granges brûlées’. Comme Lee Chang-dong nous l’avait indiqué, nous sommes tombés sur l’histoire qu’il nous fallait tout à fait par hasard, au moment où nous nous y attendions le moins« . Le choix d’adapter cette nouvelle est déconcertant puisque le réalisateur et sa co-scénariste avouent eux-mêmes qu’il s’agit d’un texte où « il ne se passe rien« . Mais Lee Chang-dong a fini par être séduit : « ce mystère recèle une dimension très cinématographique. On allait pouvoir en faire quelque chose de plus grande ampleur et de plus complexe. Ces trous béants dans l’enchaînement des événements, la pièce manquante qui nous empêche de connaître la vérité, font référence au monde mystérieux dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce monde dans lequel on sent bien que quelque chose ne va pas, sans pourtant réussir à expliquer précisément de quoi il s’agit« . En adaptant l’oeuvre de Murakami, le réalisateur a vu l’occasion d’évoquer la colère, et plus particulièrement celle des jeunes : « Il me semble qu’à l’heure actuelle, dans le monde entier, les gens de toutes nationalités, de toutes religions et de toutes classes sociales sont en colère pour des raisons différentes. La colère des jeunes est l’un des problèmes les plus urgents. Les jeunes adultes en Corée souffrent beaucoup, en particulier du chômage. Ils ont perdu tout espoir de voir leur situation s’améliorer. Ne sachant pas contre qui diriger leur colère, ils se sentent complètement impuissants. À leurs yeux, ce monde prétendument sophistiqué, où il semble facile de naviguer, et qui fonctionne à la perfection, prend l’allure d’un casse-tête géant. Leur situation rappelle exactement le personnage du roman de Murakami qui se sent complètement apathique face à cet homme dont la véritable identité est auréolée de mystère« . Outre Les Granges brûlées, Burning s’inspire de la nouvelle L’Incendiaire de Faulkner. Le réalisateur développe : « […] bien que le film soit une adaptation de la nouvelle de Murakami, il s’inspire aussi en partie de l’univers de Faulkner. […] les deux écrivains racontent la même histoire de deux façons contraires : si la grange de Faulkner est bien réelle, puisque c’est l’objet vers lequel il dirige sa colère, la grange de Murakami est une métaphore plutôt qu’un objet tangible« .

« Huit ans après son dernier film (le très beau Poetry qui gagna le Prix du meilleur scénario en 2010), le Coréen Lee Chang-dong est de retour sur la Croisette avec une fiction qui exploite son sujet de prédilection : le parcours rédemptoire de personnages de laissés-pour-compte… On pourra toujours reprocher au réalisateur d’avoir été un peu trop démonstratif dans l’image qu’il donne de cette Corée partagée entre des pauvres, invisibles, enfermés dans leur précarité et vivant dans la peur, et des riches qui peuvent se permettre tout ce qu’ils veulent sans avoir à se soucier de la justice. Pourtant, son film carbure à la force d’une poésie romanesque et d’une profondeur psychologique qui dépasse de très loin ce seul état de fait. Grâce à un usage plus qu’astucieux de non-dits et d’une perversité latente, c’est bel et bien vers un thriller oppressant qu’il parvient à mener progressivement son long-métrage, tout en ne nous donnant jamais la clef pour savoir s’il s’agit concrètement d’un véritable pamphlet dénonçant une domination sociétale ou l’histoire d’une jalousie compulsive qui vire à la névrose. Une telle densité thématique emballée dans l’écrin d’une mise en scène flamboyante, voilà le beau cadeau que Lee Chang-dong a offert à ce Festival de Cannes…» (Avoir-alire.com)

«… Lee Chang-dong signe avec Burning son film le plus abstrait le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée. Exaltation du narcissisme. Extension du domaine de l’indifférence. Effondrement des croyances et de la morale…» (Lemonde.fr)

«…Qu’est vraiment Burning ? Un thriller suffocant qui, à force de contenir son intensité, se charge d’inquiétude ? Un brûlot social qui se pare des plus beaux atours littéraires chers à son auteur, déployant ses séquences avec une ampleur semblable aux méandres des phrases des plus grands romans ? Un mélodrame saisissant, niché dans les angoisses de la jeunesse coréenne actuelle, écrasée par la violence du rêve capitaliste ? Une métaphore ténébreuse de l’acte artistique, de ses impasses et ses fulgurances, de ses doubles et ses créatures ? À la fois tout et rien de cela : le caractère insaisissable du film vient précisément de cette aisance formidable du cinéaste à jouer sur ce qui structure et ce qui fait corps… La charpente théorique et narrative est bien là, clairement établie et reconnaissable, mais elle s’estompe puis se dérobe à notre regard à chaque fois que l’on essaye de la fixer. On ne distingue plus que les empreintes de chacune des dimensions qui composent Burning, érodées, parfois englouties par cette matière sensible et organique dans laquelle semble être sculpté le film…Burning s’engage dans un dangereux triangle amoureux hanté par la violence sociale qu’elle sous-entend. Plus encore qu’une œuvre à différents niveaux de lectures qui s’enchevêtrent les uns les autres, se présente face à un nous un objet fondé sur des puissances à la fois concurrentes et complémentaires. Celle de l’écrit d’abord, à qui revient le rôle de colonne vertébrale : le récit d’apprentissage du jeune romancier, en proie à nombre de tourments (précarité, manque amoureux, rapports familiaux conflictuels) qu’il lui faudra dompter pour faire jaillir, enfin, son désir artistique. Celle de la mise en scène ensuite qui tire profit de sa plasticité pour brouiller les pistes, casser le schéma, rendre nébuleux ce qui paraissait si clair : suavité des mouvements de caméra, étouffement du son pour plonger les séquences dans une atmosphère ouatée, rythme langoureux affirmé qui porte en lui un trouble persistant, jeux de mirages et de faux-semblants dont le montage renvoie intelligemment aux nombreux couloirs qui se présentent aux personnages. En faisant si bien dialoguer ces deux régimes – témoignant une grande qualité d’équilibriste, être mystérieux sans jamais être sibyllin, Lee Chang-dong se fait souverain et peut distiller à sa guise les indices de sa tragédie, par infiltrations dans le plan : quelques détails ici et là, disposés en évidence dans le cadre ou au contraire, malicieusement masqués dans un recoin de l’image, comme pour mieux raconter son refoulement…Le vertige magistral de Burning donne des frissons : celui d’une œuvre qui fait dialoguer main dans la main créateur et créatures, un film comme coécrit par son auteur et son héros, partagé comme un feu sacré que se transmettrait l’artiste et son double, le cinéaste et son acteur, le romancier et son personnage pour redonner sens au monde et mettre à bas sa hiérarchie.» (critikat.com)

«…Burning laisse toujours planer une part d’incertitude et hantera ses spectateurs longtemps après la projection… Sorte de Jules et Jim du matin (pas toujours) calme, Burning nous raconte l’histoire de Haemi, Jongsu et Ben. Haemi est fantasque, vivace, avec un fond dépressif, Jongsu est fils de paysan, taiseux, timide, écrivain velléitaire, alors que Ben est un bobo friqué, arrogant, sûr de lui… Burning parvient à ce tour de force qui est en fait un tour de grâce : tout ce qui se passe de fondamental entre ces trois êtres a lieu hors champ, n’est jamais montré frontalement mais simplement suggéré par une foultitude d’indices et d’allusions savamment distillées au long du récit. Derrière les apparences de ce film, un autre film caché se trame, que l’on devine sans que jamais les choses soient explicites. C’est comme le feu, qui peut brûler spectaculairement, ou couver sous la cendre – ou au fond de l’âme. Admirablement mené, photographié, mis en musique, laissant toujours planer une part d’incertitude, Burning nous hante longtemps après la projection.» (lesinrocks.fr)

Steven Yeun interprète le mystérieux Ben. Connu du grand public pour son rôle dans The Walking Dead, ce n’est pas la première fois que cet acteur né à Séoul joue dans un long-métrage coréen. Il était déjà apparu dans l’un des segments du film Like A French Film et avait tourné sous la direction de son compatriote Bong Joon-Ho dans Okja. Mais Burning représente son premier rôle majeur dans une production de son pays d’origine.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri.

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