CinémAtelier



Vendredi 23 Février 2024 de 15H à 18H – CinémAtelier

Maison des Associations Nice-Garibaldi, Place Garibaldi (TRAM: Garibaldi)

Animation : Philippe Serve, fondateur et animateur de CSF (2002-2012)


PROLOGUE

L’HEURE DES MADELEINES

Des anciens grands films ramenés à la mémoire à partir de résumés-montages de quelques minutes proposés par l’animateur.

Aujourd’hui :

CRIA CUERVOS

(Carlos Saura, Espagne, 1976)

et

L’ENFANCE D’IVAN

(Andrei Tarkowski, URSS, 1962)


Première partie

Regard sur un cinéaste ou une perle oubliée ou méconnue

Aujourd’hui autour du film :

GARE CENTRALE

(Youssef Chahine, Egypte, 1958)

Le réalisateur égyptien Youssef Chahine demeure, plus de 15 ans après sa disparition (2008) et 44 films au compteur, le cinéaste le plus prolifique et le plus mondialement célèbre du cinéma arabe. Son film emblématique, GARE CENTRALE (1958), est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du cinéma égyptien.

Youssef Chahine naît le 25 janvier 1926 au Caire, en Égypte. Dès son plus jeune âge, il développe un intérêt pour le cinéma et commence à réaliser des films expérimentaux. Il étudie le théâtre au Pasadena Playhouse, en Californie.

Après son retour en Égypte, Chahine commence à réaliser des films – son premier en 1950, Baba Amin, à 23 ans – qui reflètent les réalités sociales et politiques de son pays. Il se fait connaître pour son style réaliste et son engagement envers les questions sociales, visiblement influencé par le cinéma néo-réaliste italien de l’après-guerre. En 1951, il participe au Festival de Cannes avec Le Garçon du Nil, avant de lancer la carrière du jeune Omar Sharif.

GARE CENTRALE est l’un des films les plus marquants de sa carrière et incarne parfaitement son approche cinématographique. Sorti en 1958, c’est une œuvre audacieuse et provocante qui aborde certains sujets tabous de l’époque. Le film suit l’histoire de Kenaoui, un jeune homme solitaire, au mental légèrement déficient, profondément frustré sentimentalement et sexuellement, qui travaille à la gare centrale du Caire et tombe amoureux d’Hanouma, une vendeuse de sodas à l’arrache sur les quais et dans les trains en partance. Mais c’est un autre qu’Hanouma, fille au caractère bien trempé, aime : Abou Seri, le porteur de bagages, occupé à monter un syndicat. Les deux doivent se marier.

Ce qui rend GARE CENTRALE si remarquable est la façon dont Chahine utilise le cinéma pour explorer les thèmes de l’isolement, de l’amour et de la quête d’identité. Il utilise des techniques de mise en scène innovantes, telles que le montage rapide et le jeu d’acteur naturaliste, pour créer une atmosphère réaliste et captivante. Le film est également connu pour sa bande sonore saisissante, composée par Fouad El-Zahiry. L’influence du néo-réalisme italien – déjà évoqué et qui a tiré ses derniers feux depuis déjà un petit moment de l’autre côté des Alpes – est encore très sensible, et se double de celle du film noir, tout ça se fondant harmonieusement dans le réalisme critique auquel se rattache très directement GARE CENTRALE. Le tournage se fait entièrement hors studio, dans la gare du Caire et ses environs immédiats. Les lieux de l’action (gare, entrepôts, trains) tissent des liens étroits avec les personnages qui en deviennent comme des composants permanents. La gare est un microcosme de l’expérience urbaine.

Au-delà de son aspect artistique, GARE CENTRALE est également important d’un point de vue politique. Le film sort à une époque où l’Égypte est en pleine transition, avec la révolution de 1952 qui renverse le roi corrompu Farouk Ier et l’émergence du mouvement nationaliste arabe, illustré par l’arrivée de Gamal Abdel Nasser au pouvoir et la création de la République Arabe Unie (RAU) par l’Egypte et la Syrie, précisément en 1958. Nous sommes également deux ans seulement après la nationalisation du canal de Suez ayant entraîné l’intervention militaire (et l’échec) des USA, de l’Angleterre, de la France et d’Israël. Chahine utilise son film pour critiquer la corruption et l’injustice sociale qui régnent encore dans le pays, et pour appeler à un changement radical. Sexisme et machisme sont également confrontés au regard critique du cinéaste via la relation entre Abou Seri et Hanouma. Le réalisateur égyptien y propose aussi une subtile réflexion sur l’ambivalence de la charge sensuelle de son personnage féminin, naturellement érotisée et qui sait tirer avantage de ce pouvoir, tout en subissant l’inévitable retour de bâton avec l’objectivation de sa sexualité.

Malgré sa réception initiale mitigée, voire franchement hostile car allant à l’encontre des mélodrames égyptiens traditionnels, GARE CENTRALE, présenté au Festival de Berlin 1958 et soumis à la sélection internationale pour les Oscars (le film sera refusé) est devenu un succès critique et a propulsé Chahine sur la scène internationale.

L’impact de GARE CENTRALE sur le cinéma égyptien et arabe ne peut être surestimé. Le film a ouvert la voie à une nouvelle génération de cinéastes qui ont été inspirés par la vision de Chahine et qui ont cherché à explorer des sujets similaires dans leurs propres œuvres. Il a également contribué à élever le statut du cinéma égyptien sur la scène internationale.

GARE CENTRALE demeure encore aujourd’hui le film le plus emblématique du cinéma égyptien. Chahine a su utiliser le cinéma comme un moyen de mettre en lumière les problèmes sociaux et politiques de son pays, et GARE CENTRALE est un exemple parfait de son talent et de son engagement. Ce film continue d’inspirer les cinéastes d’aujourd’hui et de marquer l’histoire du cinéma arabe. Notons aussi qu’il s’y affirmait un remarquable acteur, interprétant lui-même le personnage central de Kenaoui au côté des stars Farid Shawqi (Abou Seri), « le John Wayne ou Anthony Quinn arabe », et Hind Rostom (Hanouma) « la Marilyn Monroe de l’Orient ».

Philippe Serve


Deuxième partie

HISTOIRE DU CINÉMA FRANÇAIS,
DES ORIGINES À LA NOUVELLE VAGUE

(Huitième saison)

Épisode 25

L’ÂGE D’OR

(1930-1939, 5e partie)

LE RÉALISME POÉTIQUE (Suite)

JULIEN DUVIVIER (suite)

Après avoir instillé dans ses films précédents de multiples graines annonçant la venue prochaine du Réalisme poétique, Julien Duvivier aborde franchement le genre – qu’il contribue bien sûr à créer – avec une série de films majeurs : La Bandera (1935), La Belle Équipe (1936, le film phare du Front Populaire), Pépé le Moko, trois chefs d’oeuvre avec Jean Gabin pour vedette. Insérés entre eux, deux films échappent au genre : Le Golem (1936, où Duvivier retrouve Harry Baur) et L’Homme du jour (1937, avec Maurice Chevalier et Elvire Popesco).

Cette étude s’appuiera bien sûr et comme d’habitude avec des montages d’extraits des divers films concoctés pour vous par l’animateur !

Jean Gabin et Charles Vanel (au centre et à droite) dans La Belle Équipe.

Mireille Balin et Jean Gabin dans Pépé le Moko


 

 

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