Événement : 3 jours avec Paul Vecchiali/Les sept déserteurs ou la guerre en vrac



Vendredi 23 Novembre 2018 à 20h30

Cinéma Mercury – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Paul Vecchiali, France, 2018, 1h31

Trois séances rencontre-débat en présence du réalisateur Paul Vecchiali !

Ce soir première séance rencontre-débat

autour du film Les sept déserteurs ou la guerre en vrac.

Dans un hameau en ruines, quatre hommes et trois femmes se retrouvent après avoir fui la guerre. Ils survivent comme ils peuvent en allant voler dans les maisons voisines. Certains se connaissent déjà. D’autres tissent des liens affectifs. Puis, sans savoir pourquoi ni d’où viennent les tirs, ils sont tués un par un.

« Le cinéma d’aujourd’hui me désole. Ce n’est pas un jugement, c’est un sentiment que quelque chose s’est perdu et ne se retrouvera jamais : le besoin du « rêve ». Cocteau disait assez justement selon moi : il faut aller au cinéma pour connaître et non pas pour reconnaître ou bien : on va au cinéma pour se laisser envahir et non pour s’évader. J’ai bien peur que tout cela ne soit définitivement enterré ! » (Paul Vecchiali)

Sur le Web

Interrogé sur le choix des dédicaces dans son film et sur sa genèse, Paul Vecchiali répond : « Pour Raymond Bernard, c’est simple : selon Fritz Lang, Les Croix de bois serait le film le plus fort fait sur la guerre et, d’ailleurs, Hawks lui a emprunté quelques passages. Pour Godard, il y a dans Les Carabiniers un air commun à ma recherche. Pour Fuller, c’est l’auteur qui a le mieux filmé la guerre, ses contradictions et ses émotions. Enfin, pour William Wellman, c’est son film, Les Forçats de la gloire, qui a déclenché la volonté de faire Les Sept Déserteurs. La contrainte économique vient après. Jamais avant. Le petit quatrain qui ouvre le film est de moi. Il est évident que le mot « mort » qui ouvre le film n’est pas innocent. Il en déclenche la dialectique. Mon père m’a souvent parlé de la guerre, celle de 14-18 où, précisément, c’étaient les fantassins qui représentaient la nation. Les États-Majors n’intervenaient qu’en cas de désertions, justement, ou de conflits internes. C’est donc un choix théorique et « engagé »…On ne sait jamais vraiment d’où viennent les idées qui poussent à faire un film. J’ai dit ce qui l’avait déclenché mais après ? La révolte contre les fausses guerres d’aujourd’hui ? Ma volonté anarchique de lutter contre toute forme de pouvoir ? Le souvenir des bombardements de la guerre de 39/40 où ma grand-mère a succombé et où j’ai vu, à l’âge de treize, des horreurs de toutes sortes : les gens que l’on noyait parce qu’on ne pouvait plus les sauver, les pillards qui profitaient de la mort pour chaparder, les chapelles ardentes où des ballets macabres s’organisaient entre les chercheurs et les cadavres ? En vrac, comme la guerre ? »
Concernant le tournage de son film, il ajoute : « J’écris seul, certes, mais en ayant, au préalable, dans ma tête, les intonations des comédiens et comédiennes auxquels j’ai pensé. Nous faisons deux ou trois lectures « à plat » pour voir si quelque chose gêne dans les mots. Puis une dernière lecture où je leur propose une cadence : accélération, ralenti, pauses, « absences »… Ils se réjouissent beaucoup de cette « approche » du tournage. Dans le décor ensuite, il y a juste quelques « coups de patte » quand je ressens un faux-sens par rapport à la scène. Ici, ce n’est jamais arrivé.« 

En ce qui concerne le décor de son film, il explique : « J’ai cherché pendant des mois un décor « réel ». Il y en avait même un en Corse mais on ne pouvait y accéder (pour le matériel) que par hélicoptère. Aussi ai-je choisi l’autre solution : fabriquer ce hameau dévasté qui a pris 4 mois de travail à Maurice Hug, le chef-déco, dont l’imagination et l’efficacité sont sans bornes. J’allais de temps en temps sur le lieu pour rectifier des choses en me mettant à la place de la caméra lorsqu’elle est au plus loin. Quant à l’aqueduc, comme le « mur des lamentations », c’est un hommage au film de Douglas Sirk Le Temps d’aimer et le temps de mourir.« 

« La persévérance et la prolixité avec lesquelles Paul Vecchiali, 88 ans, continue à réaliser des films envers et contre tout forcent le respect. Ce vétéran renégat, qui fut dans les années 1970 et 1980 l’auteur d’une belle série de films à la fois rentre-dedans et sentimentaux (Femmes Femmes, Corps à cœur…), puis chapeauta l’une des bandes les plus secrètement fertiles du cinéma français (la « Diagonale »), avant de trouver un nouveau souffle dans les petites productions maison en numérique, est animé d’un tel appétit qu’il a tourné pas moins de cinq films entre 2015 et 2018. Les Sept Déserteurs et Train de vies sont ses deux dernières œuvres…Les Sept Déserteurs réunit dans une clairière, où gisent les vestiges d’une église bombardée, un petit groupe d’hommes et de femmes, militaires et civils éparpillés ayant fui le grabuge d’une guerre laissée hors champ, mais dont les grondements font rage alentour…Le vacarme des bombes, l’imprévisibilité des tirs et des balles perdues cernent les personnages d’une mort imminente, qui accentue paradoxalement leurs effusions de sensualité, la recherche d’une dernière jouissance. Chacun, en se racontant, retrace une sorte d’histoire sexuelle de lui-même, tient la chronique de ses plus profonds désirs…Cela fait bientôt cinquante ans que Paul Vecchiali poursuit une œuvre prolixe et inclassable, nourrie à la fois d’une très haute conception de la mise en scène et d’une écriture populaire, héritée du théâtre comme de ce cinéma français des années 1930, dont il a chanté les louanges dans les deux tomes de son Encinéclopédie (Les Editions de l’Œil, 2011). » (lemonde.fr)

« Comme son titre le laisse entendre, Les Sept Déserteurs… est un film de guerre, mais d’une joie et d’une luminosité inhabituelles pour le genre. Ici, la guerre se joue hors-champ : on ne fait jamais qu’entendre ses grondements lointains, parfois plus proches. Les déserteurs (quatre hommes et trois femmes, dont un anarchiste, un homosexuel, une aristocrate déguisée en veuve de couvent et une servante amoureuse) se rencontrent dans une forêt, à l’automne, où il y a à peine de quoi s’abriter, et se mettent à cohabiter, ce qui va générer toutes sortes de relations entre eux. Le spectateur ne sera jamais informé de la bataille qui se livre au loin. Il ne saura jamais non plus qui tire les coups de feu qu’on entend, ni à qui est la main qui conclut l’intrigue. Ces secrets, le cinéaste français ne les dévoile pas, pour que le spectateur les complète avec son imagination. De fait, son cinéma renvoie toujours à plusieurs réponses, plusieurs significations, plusieurs angles. Vecchiali, en cinéphile fervent, dit qu’il s’est inspiré du Godard des Carabiniers, de Samuel Fuller et des Forçats de la gloire de William A. Wellman, avec Robert Mitchum (1945), mais toute ressemblance avec ces références serait purement fortuite dans le contexte de ce film qui contient un message pacifiste évident. Comme celui de Green, il revendique le texte et la parole littéraire comme éléments fondamentaux de sa poétique, y compris quand il montre quelque chose d’aussi banal et domestique que, par exemple, repasser du linge. L’auteur, toujours ultra libre et indépendant, a composé un scénario riche en rimes, en paraboles et en métaphores, mais aussi en ironie, pour ce film qui louvoie entre la plaisanterie et le jeu, le faux et le critique, l’hédonisme et le plaisir de jouer/d’écrouter, à travers des tableaux, pendant sept jours, sans qu’on ait d’indication sur le temps et le lieu de l’action (pas même à travers les costumes ou les décors ou les accessoires), dans l’atemporabilité et l’abstraction la plus totale. Les Sept Déserteurs ou La Guerre en vrac a été produit par Vecchiali via sa société, Dialectik, qui s’occupe aussi de sa distribution. » (cineuropa.org)

« …Les sept déserteurs est en effet également gouverné par un défi de mise en scène unique, moins séducteur et enclenchant une fiction plus problématique, mais valant ô combien le coup d’œil. Les déserteurs en question sont des hommes et femmes qui, fuyant une « guerre anonyme », sont amenés à cohabiter dans un hameau délabré. Tels les dix petits nègres d’Agatha Christie, tous assisteront à leurs exécutions successives, un tireur demeurant hors champ prenant à l’envi l’un(e) ou l’autre pour cible. Pervers, déroutant, ce principe scénaristique et esthétique consistant à faire tenir la dramaturgie sur la chute annoncée de tous les protagonistes met le spectateur dans une position inconfortable. Nous devenons littéralement les témoins d’une succession (plus que d’un enchaînement cette fois) d’assassinats. L’œil du cinéaste, sa caméra se coordonne au point de vue du tireur invisible, démiurge, attaquant ses cibles sans leur donner jamais la possibilité de se défendre, contre-attaquer. On ne peut en vouloir à personne de sortir alors du film en faisant la moue, mal à l’aise d’avoir assisté à une forme de représentation sadique de la mort au travail.

Ce malaise a le mérite de consolider l’intuition que Vecchiali, du haut de ses 88 ans, est l’un des cinéastes français en activité les plus risque-tout. Depuis le magnifique Nuits blanches sur la jetée (2014), qui, s’il introduisait pour la première fois le duo Adverbe-Cervo, annonçait comme la renaissance d’une œuvre privée d’exploitation en salle depuis A vot’ bon coeur (2004), Vecchiali semble tourner au plus près du seul désir d’interroger le cinéma dans toutes ses composantes. S’entourer de la même équipe (acteurs et techniciens sont à peu près les mêmes depuis cinq films), traiter frontalement de la mort (la sienne dans Le Cancre, celle de ses acteurs dans Les 7 déserteurs) ou de l’amour (Nuits blanches, C’est l’amour, Train de vies), s’autoriser, comme dans ces deux derniers films, à faire tenir un récit sur un dispositif transparent et immuable, c’est avant tout persister à croire que faire du cinéma, c’est mettre en place une situation donnée… » (blogspot.com)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri.

Merci de continuer à arriver suffisamment à l’avance pour être dans votre fauteuil à 20h30 précises.

N’oubliez pas la règle d’or de CSF aux débats :
La parole est à vous !

Entrée : 7,50 € (non adhérents), 5 € (adhérents CSF et toute personne bénéficiant d’une réduction au Mercury).

Adhésion : 20 €. Donne droit au tarif réduit à toutes les manifestations de CSF,  et à l’accès (gratuit) au CinémAtelier.

Nouvelle activité : Atelier de Super 8 sous la direction de Vincent Jourdan. Initiation gratuite réservée aux adhérents la Samedi 5 janvier 2019 à 14h à la Maison des Associations de Nice-Baribaldi.

Voyage découverte à la Cinémathèque de Berlin et Potsdam le week-end du 8-9 juin 2019.
Toutes les informations sur le fonctionnement de votre ciné-club ici


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