Le Marchand des quatre saisons



Vendredi 15 Décembre 2017 à 20h30

Cinéma Mercury – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Rainer Werner Fassbinder – Allemagne – 1971 – 1h29 – vostf

En partenariat avec le Centre Culturel Franco-Allemand de Nice, avec la participation de Dr. Martin Ganguly, Professeur de pédagogie, d’éthique et d’éducation civique, responsable pour les écoles de la Berlinale.

Hans Epp est un personnage très sociable qui tente d’obtenir le respect de chacun. Malheureusement, son existence est parsemée de nombreux revers, notamment sentimentaux. Il tombe en dépression…

Fassbinder sur le tournage du Marchand des quatre saisons

Sur le web

Premier succès commercial de Fassbinder, Le Marchand des quatre saisons évoque surtout une version provinciale, prolo de Écrit sur du vent de Douglas Sirk, située comme pour ce dernier dans les années 50. En cela, il se veut plus direct sans pour autant se renier, raconté avec des moyens simples tout en étant lourd de sens. Ainsi, par contrainte (budgétaire), la reconstitution de l’Allemagne après-guerre dans le film n’est pas entièrement fidèle : on est dans un monde de cuisines et de coiffures de l’ère Adenauer, de téléphones des années 70 et où certains personnages ont des noms de nazis célèbres. L’Allemagne d’hier et d’alors. Avec Le Marchand des quatre saisons, Fassbinder esquissait lentement son projet de généalogie d’un pays. Le drame est celui d’un homme et d’une époque que l’auteur juge particulièrement mesquine et petite-bourgeoise. Le début du film pose le sujet, ouvre la plaie : Hans retrouve sa mère qui l’accueille froidement. « Ce sont les meilleurs qui s’en vont, il n’y a que des gens comme toi pour revenir« , lui dit-elle. Contrairement à la plupart des héros fassbindériens, Hans – en s’engageant dans la Légion Étrangère – a pu un temps s’évader d’un monde de plomb. Mais il a eu le malheur de revenir. Le malaise existentiel de Hans (Hans Hirschmüller, impressionnant en ours sensible) est au cœur de ce grand mélo cru et sensuel, où l’on est coincé entre une famille méprisante et des souvenirs, des regrets de ce qui aurait pu être. Fassbinder a de l’empathie pour Hans et les personnages, des gens ni bons ni mauvais. On bat sa femme et on est la victime pathétique d’une crise cardiaque. D’un Hans violent mais blessé par la vie à sa sœur certes sympathique mais éloignée de lui par son éducation, on les comprend sans vraiment les juger.

Miroirs, scènes d’attente, silences : on est bien chez Fassbinder. Le film fonctionne constamment sur le mode du décalage : décalage de Hans face à un monde où il se sent déplacé, contraste entre son corps massif et la ritournelle italienne légère, lumineuse qu’il écoute pour par nostalgie. Quand le quotidien mortifère de Hans menace d’achever le spectateur, Fassbinder glisse une scène en contrepoint, comme les apparitions littéralement angéliques d’Ingrid Caven ou un flash-back étrangement masochiste à la Légion Etrangère. La force du film, outre sa trajectoire claire vers le destin de Hans, est d’alterner ces instants très violents et délicats, de nuancer le genre mélodramatique jusqu’à brouiller les conventions de fin malheureuse ou non. Dans Le Marchand de Quatre Saisons, on ne distingue plus l’automne du printemps. » (dvdclassik.com)

« Le film, tourné en onze jours, est le premier grand succès public de Fassbinder. Les faibles moyens s’accordent parfaitement à la manière rêche que vise le réalisateur. Il joue notamment des cinq flashes-back, non annoncés, qui plongent dans un passé ancien et qui sont pourtant joués par les mêmes acteurs, à peine grimés, que ceux qui jouent le présent du drame.

Des flashes-back au présent

Un seul flash-back est annoncé et joué comme tel : celui où Hans raconte à ses amis du bar comment il a été chassé de la police. Cet épisode prend vraisemblablement place après son retour de la légion dont le flash-back final précise qu’il a lieu en 1947. C’est le retour de la légion chez sa mère qui fait l’objet du prégénérique. Cette première séquence pose ainsi d’amblée le personnage au présent, celui que l’on va suivre, comme souffrant éternellement du rejet de l’amour maternel.

Flash-back encore plus surprenant que celui du pré-générique, celui où, le matin après avoir battu sa femme, Hans s’écroule sur la table après avoir découvert le mot de sa femme le quittant. C’est cette même attitude prostrée qui le fait se souvenir, qu’adolescent, il avait demandé vainement à sa mère d’exercer un métier manuel. Son refus l’avait probablement conduit à s’engager dans la légion, épisode qui fait l’objet du flash-back pris en charge par Anna après le départ de Renata. Anna, allongée sur le sofa, se rappelle aussi physiquement son attitude prostrée sur le sol lorsqu’elle avait vainement tenté de retenir son frère. L’épisode de Hans éconduit par son amour de jeunesse lui revient lorsqu’il se doute que sa femme l’a trompée avec Anzill. Cet épisode amoureux se situe juste avant ou juste après son retour de la légion. Il a alors approximativement 18 ans alors que l’action principale se situe en 1971 où il a alors un peu plus de 40 ans. Le dernier flash-back intervient juste avant la mort de Hans où il raconte comment il a été torturé en 1947 au Maroc. Effondré sous le fouet alors, comme effondré par l’alcool au présent, il n’a plus qu’à mourir comme tous, malgré leurs larmes, le souhaitent plus ou moins.

Un flash-back initial, un flash-back classique et quatre flashes back abruptes, tous semblent néanmoins en rapport immédiat avec la souffrance permanente, intensemment physique, dans laquelle vit Hans.

Un mélodrame contemporain

Ni l’amour de sa femme, ni celui de sa fille, ni l’amitié d’Harry ne parviennent à sauver Hans de l’alcool qui masque pour lui une enfance douloureuse qui aboutit à un effondrement intérieur. Fassbinder reprend là une trame lointainement décalquée sur celle d’Ecrit sur du vent. Hans Hirschmüller joue un personnage qui rappelle celui interprété par Robert Stark dans le film de Douglas Sirk alors que Irm Hermann et Klaus Löwitsch seraient de modernes Laureen Bacall et Rock Hudson.

L’ancrage social est bien entendu totalement différent mais tout aussi important. L’environnement catholique, avec le crucifix et le tableau religieux, viennent souligner la honte qui s’empare des personnages : de Hans après avoir battu sa femme, de Irmgard après avoir été surprise par sa fille en faisant l’amour. Fassbinder s’inspire aussi des magifiques couleurs vives des quatre films majeurs de Douglas Sirk qu’il vient de revoir. Il est également attentif aux regards au travers de fenêtres. Ainsi les deux zooms douloureux sur la frêle silhouette de Irmgard, vue aux travers de fenêtres au bar le matin et le soir par Hans, plein de remords d’abandonner sa femme. » (cineclubdecaen.com)

« Quand un malheur est arrivé, on n’y peut plus rien changer.» Cette réplique extraite du Marchand des quatre saisons oblige le spectateur à pénétrer dans la problématique individuelle de personnages saisis plus ou moins à bras-le-corps et présentés comme révolutionnaires. Car la conscience de classe dans les films de Fassbinder est constamment affirmée. Dans Le Marchand des quatre saisons, qui n’est finalement qu’un simple mélodrame entrecoupé de cassures violentes au niveau du récit, le rythme établi place très vite le spectateur dans un contexte socio-économique précis. Comme dans le théâtre populaire d’autrefois, Fassbinder situe les lieux dans une sorte de prologue par lequel le spectateur va peut-être pouvoir libérer son potentiel de révolte. Par la même occasion, il lui donne la possibilité de se libérer des entraves qui obstruent sa vie et son avenir.

Le film se veut la description de la chute d’un homme, de sa destruction systématique par son entourage. Les personnages principaux sont immédiatement présentés: Hans, marchand de primeurs à la criée, sa femme, sa fille plongée dans des devoirs idiots, sa mère ravie d’entendre que la famille possédera bientôt une boutique, ses deux soeurs, son beau-frère, son ami légionnaire, et enfin cette femme qu’il aime en secret, son grand amour. Moralement castré par sa mère, piégé par sa femme qui le trompe, véritablement méprisé par sa famille et trahi par ses propres amis, Hans va littéralement se laisser mourir par l’alcool. La cause profonde de son désespoir: ce grand amour contrarié, une femme (l’admirable Ingrid Caven) qui a refusé de le présenter à ses parents. Et lorsqu’il voudra chercher un certain réconfort auprès de sa soeur, la seule qui l’aime vraiment, elle n’a pas le temps de l’écouter.

On a longtemps accusé Fassbinder de misogynie. Il est vrai que dans Le Marchand des quatre saisons, les femmes n’ont pas vraiment le beau rôle, mais on oublie que ce sont des figures admirables. Si elles apparaissent comme des instruments du mal, elles le sont parce qu’objets et jouets d’un destin social qui les oblige à se battre, toutes griffes dehors, dans un monde où elles semblent vouées à la servitude, ou même à la révolte. »

(Elia, M. (1996). Le marchand des quatre saisons de Rainer Werner / Le marchand des quatre saisons (Händler der vier Jahreszeiten, République Fédérale d’Allemagne, 1971, 89 minutes. Séquences, (187), 18–18.)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Dr.Martin Ganguli (Centre Culturel Franco-Allemand de Nice).

Merci de continuer à arriver suffisamment à l’avance pour être dans votre fauteuil à 20h30 précises.

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Entrée : 7,50 € (non adhérents), 5 € (adhérents CSF et toute personne bénéficiant d’une réduction au Mercury).

Adhésion : 20 €. Donne droit au tarif réduit à toutes les manifestations de CSF, ainsi qu’à toutes les séances du Mercury (hors CSF) et à l’accès (gratuit) au CinémAtelier.
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