Talking About Trees – 21ième Festival 2024



Jeudi 22 Février 2024 à 20h – 21ième  Festival

Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Suhaib Gasmelbari, Soudan/France, 2019, 1h34, vostf

Ibrahim, Suleiman, Manar et Altayeb, cinéastes facétieux et idéalistes, sillonnent dans un van les routes du Soudan pour projeter des films en évitant la censure du pouvoir. Ces quatre amis de toujours se mettent à rêver d’organiser une grande projection publique dans la capitale Khartoum et de rénover une salle de cinéma à l’abandon. Son nom ? La Révolution…

Notre article

par Sylviane Socci

Ibrahim Suleiman, Eltayeb Mahdi, Ibrahim Shaddad, Manar Al Hilo ont connu un Soudan ouvert sur le monde. Nourris de films internationaux, ils ont fondé une revue de cinéma en 1970 et font partie du Sudanese film group. « Nous sommes une famille, confirme Suleiman Ibrahim. Quand je suis revenu (de Russie) en 1979, je les ai trouvés et nous avions les mêmes rêves et objectifs. » Suhaib Gasmelbari veut clairement défendre une certaine idée du cinéma. Né en 1979, exilé avec ses parents à 16 ans, et arrivé en France en 2002, il a suivi des études de cinéma à Paris VIII. Après des courts-métrages, un documentaire sur la conservation des films en 2017 Sudan’s forgotten films, il réalise Talking about trees qui traite de leur diffusion.

« L’impact est plus grand si ces modèles (de courage) pour faire vivre le cinéma existent réellement, d’où la pertinence du documentaire » explique-t-il dans un entretien pour l’Institut français. » Ses quatre compagnons soudanais « incarnent une forme de succès en tant qu’artistes engagés et en tant qu’humains ». Loin des images de réussite associée à la richesse financière, ils ont lutté toute leur vie et luttent encore pour un cinéma de qualité éloigné des modèles proposés à profusion par les usines du cinéma commercial. La force du film vient de son ton, de sa fantaisie. L’humour qui s’y déploie dès la première minute dénonce les atteintes à la liberté de penser et de créer, tout en étant un antidote à la tristesse de la situation. Dans une société soumise au couvre-feu, à la surveillance, à l’examen suspicieux des moindres projets (sujet du film, résumé, justification des choix, absence de scènes indécentes… etc) le cinéma n’a plus sa place.

Pour mener à bien son travail, Gasmelbari a surmonté des conditions extrêmes. Le tournage (à Khartoum) devait avoir lieu dans le plus strict secret : « lorsque nous étions repérés par les autorités, on se faisait passer pour des réalisateurs de publicités ». Rien ne devait percer : « ils auraient pu me battre, m’accuser d’espionnage, et m’incarcérer ». Ainsi, une séquence fait écho à ce risque bien réel : Ibrahim évoque le traitement qu’il a subi : ses tortionnaires n’ont pas eu à le menotter, brisé il s’est comporté comme son propre bourreau alors qu’il eut pu faire un pas de côté. L’aliénation « volontaire » est la plus efficace des aliénations. Le titre, tiré d’un poème de Bertold Brecht À ceux qui viendront après nous, annonce le sujet :

Vraiment, je vis en de sombres temps ! … où Parler des arbres est presque un crime Puisque c’est faire silence sur tant de forfaits ! Celui qui là-bas traverse tranquillement la rue N’est-il donc plus accessible à ses amis Qui sont dans la détresse ?

Dans le Soudan d’Omar Al-Bechir – de 1989 à 2019 – parler des arbres, ici du cinéma, implique nécessairement de parler du pouvoir et de ses forfaits, en particulier parce que cette activité est justement traitée comme subversive par le régime. La liberté d’expression mérite des heures de peine. Le matraquage télévisuel, la production en série de films de genre, souvent violents ou de bluettes pour faire rêver, enferment dans des schémas de pensée. Comment prévenir tout élan de liberté, sinon en faisant des spectateurs des moutons de Panurge. « Le régime nous a livré un pays qui est complètement en ruines, 80% du budget soudanais allait à la guerre et à la répression […] On a besoin d’une vraie liberté…non conditionnée par les relations au pouvoir. »

Dès la première séquence nous entrons par un souffle de pensée joyeuse dans la vie de militants du cinéma. Hier réalisateurs dans la lumière, ils sont aujourd’hui plongés dans les ténèbres. Le clin d’œil à Norma Desmond, actrice passée du scintillement de la star à l’ombre de l’oubli, dans Sunset boulevard de Billy Wilder, révèle le tragique de leur situation. Dans une lumière vacillante, leur visage apparaît, nous comprenons qu’ils veulent à tout prix redonner vie au cinéma. En minibus ils sillonnent le pays pour organiser des projections en plein air. Les rires des enfants découvrant Charlot dans Les temps modernes donnent tout son sens à leurs efforts. Dans une société où les projecteurs se sont éteints sous l’interdit du couvre-feu, ils se dépensent, jusqu’à restaurer un écran, pour la réouverture d’un ancien cinéma (à Omdurman). Ainsi cet arbre qu’ils plantent devant l’entrée est signe de retour à la vie du cinéma.

Gasmelbari et sa monteuse française Nelly Quétier ont « le même goût pour un cinéma patient, contemplatif. Parfois, elle réduisait ma tendance à une contemplation excessive par des ajustements très précis. C’était magnifique parce que Nelly est tout de suite tombée “amoureuse” des quatre personnages qu’elle voulait tous dans le cadre mais ça, c’était difficile ! … on a tout de suite senti que ce film n’aurait pas besoin de musique mais d’écoute. La phase de montage a été une confirmation de mes intuitions au tournage. Il était important de les regarder regarder. Certains spectateurs ont remarqué que je filmais beaucoup le crâne d’Ibrahim, c’est parce que je voulais me positionner dans la ligne de son regard à lui. » Les rushs ont pu sortir du Soudan avec le soutien de l’ambassade de France à Khartoum. Les archives cinématographiques soudanaises, parmi les plus importantes d’Afrique, représentent 13 000 heures de films. Elles remontent à la colonisation britannique. Leur valeur est inestimable, quasi « archéologique » : …le régime d’El-Bechir a voulu en faire table rase par la destruction intentionnelle d’une partie et la limitation des fonds dédiés à leur entretien. Cette mémoire doit perdurer, être partagée à des fins pédagogiques. Suhaib Gasmelbari y travaille. Son documentaire est le lien entre le passé et l’avenir promis par la chute de El Bechir en avril 2019.

Sur le web

Le réalisateur Suhaib Gasmelbari est né en 1979 au Soudan. Il a étudié le cinéma en France à l’Université Paris 8 et écrit, réalisé plusieurs courts métrages, fiction et documentaire. Talking About Trees est son premier long métrage. Il est également chercheur et s’intéresse particulièrement aux archives audiovisuelles. Grâce à ses recherches, il a pu retrouver des films soudanais perdus de longue date et participer activement à des projets internationaux et locaux de sauvegarde et de numérisation de films soudanais, notamment ceux d’Ibrahim Shadad, Suleiman Mohamed Sultan Mahdi et Altayeb Mahdi.

Interrogé sur la place du cinéma dans sa jeunesse, le réalisateur explique : «Mon parcours de cinéphile n’est pas du tout classique. J’ai grandi au Soudan dans les années 90, période où le cinéma n’existait plus dans ce pays, toutes les salles étaient fermées suite au coup d’état. Les années 90 furent un désert culturel au Soudan et mon accès à la culture et au monde passait par les livres. Les services de sécurité venaient arrêter les gens chez eux et confisquer leurs livres – chez nous, ils ont embarqué L’Idiot de Dostoievski ! Cette pénurie et ces interdits avaient malgré tout un aspect intéressant, ils créaient de la rareté, du désir. Je devais traverser la ville de long en large pour trouver les livres que je recherchais. Ainsi, on aimait un livre avant même de l’avoir lu. La télévision était quant à elle dominée par la propagande de “guerre sainte” que le gouvernement prêchait, mais elle montrait une fois par semaine un film américain. On l’attendait tous avec impatience malgré des coupures d’électricité qui interrompaient sans cesse les émissions, il fallait parfois attendre une semaine pour voir la suite du film ! Pourtant, avant le coup d’état, le cinéma était très populaire, mes parents m’emmenaient au centre culturel soviétique et j’ai sans doute vu des films de Tarkovski ou Eisenstein mais j’étais trop jeune pour les comprendre et m’en souvenir… »

Le réalisateur évoque comment il est devenu cinéaste : «Je pensais d’abord que le cinéma comme métier était réservé à une certaine élite, riche, intégrée. À Tours, mon regard a changé grâce à un atelier super 8 qui m’a permis de réaliser un film collectif, une expérience formidable. Je savais dès le début que je voulais apprendre le langage cinématographique pour raconter des choses, pas seulement pour le plaisir de regarder, mais la question était par où commencer, comment m’y prendre ? Les écoles de cinéma étaient chères, avec concours d’entrée très sélectif, les choses étant encore plus compliquées pour un étranger qui ne maîtrisait pas la langue et les codes à 100%. Finalement, j’ai été admis à Paris 8, ce qui était pour moi incroyable même si ce n’était pas exactement une école de cinéma. C’était un endroit formidable qui manquait simplement de moyens. J’ai fait plusieurs courts-métrages que je ne montre jamais, ils ont pour moi la valeur d’un bon exercice d’apprentissage…»

Il y a eu plusieurs phases avant le lancement du projet Talking About Trees. « Au départ, il y a mon intérêt pour leurs films et pour leurs écrits critiques – car ils avaient créé une revue de cinéma dans les années 70-80. En retournant au Soudan, je voulais faire un film de fiction, mais c’était impossible sans compromis avec le régime et j’ai donc abandonné ce projet là. Ensuite, j’ai rencontré Suleiman qui m’a présenté à ses amis du SFG. Je les ai accompagnés pour les projections qu’ils organisent dans les villages. Une fois, le van est tombé en panne, comme ça se produit très souvent, mais nous sommes quand même arrivés au village. Une tempête de sable est survenue, mais ils ont installé leur écran, comme si de rien n’était. La projection a démarré alors que la tempête s’intensifiait, l’écran gonflait, bougeait, l’image sortait du cadre et y revenait, alors que les quatre essayaient de stabiliser le dispositif. Pendant tout ce temps, les spectateurs avaient le regard rivé sur l’écran, indifférents à la tempête, ce qui racontait leur envie absolue de cinéma. C’était épique. De ce moment est né en moi la nécessité de faire ce film. Ce n’était pas seulement pour montrer l’histoire oubliée des cinéastes soudanais mais aussi pour montrer comment s’écrit ou pas l’Histoire« , confie le cinéaste Suhaib Gasmelbari.

Les héros de Talking about trees sont quatre réalisateurs de la première génération qui ont fondé le Sudanese Film Grup pour entretenir la flamme du 7ème art. Suliman Ibrahim, formé au VGIK de Moscou, s’est fait remarquer avec Et pourtant la terre tourne, récompensé à Moscou en 1979. Son complice Ibrahim Shaddad, lui, a étudié le cinéma à l’université de Babelsberg (Allemagne), et a signé des films comme La Corde, primé à Damas en 1987. Après des années d’exil, il est revenu s’installer au Soudan. Mar Al-Hilo a eu son diplôme de cinéma au Caire avant de devenir producteur puis directeur exécutif du Sudanese Film Grup. Comme lui, Eltayeb Mahdi a appris le cinéma au Caire où il a en un Prix du court-métrage pour Le Tombeau en 1973.

Filmer les 4 cinéastes (Ibrahim, Suleiman, Manar et Altayeb) était une des difficultés de la mise en scène. « J’ai mis du temps à appréhender leurs rythmes, leurs mouvements. Avec le temps, s’est installée une chorégraphie entre eux quatre. Une fois que j’ai compris ça, c’était plus facile, je pouvais anticiper leurs entrées ou sorties du cadre, lequel serait moteur du groupe, etc. Ils m’ont presque intégré dans leur groupe !« , déclare Suhaib Gasmelbari.

Le réalisateur Suhaib Gasmelbari s’inspire d’un cinéma qui n’entretient pas de rapport de séduction malsaine avec le spectateur, qui fait confiance à son regard. « Par exemple, je n’ai pas mis de musique, ce qui est complètement intentionnel. J’ai préféré chercher la musique interne du film. Je voulais un film fidèle à ses personnages, à leur rythme, à la vitesse de leur pensée, de leurs déplacements, de leur façon d’être au monde. C’est aussi un film sur des espaces abandonnés, sur un paysage que l’état a essayé d’effacer. Enfin, je voulais m’inscrire dans le regard de ces cinéastes montreurs de films. Si on suit les infos au Soudan, il y a chaque jour des nouvelles qui poussent à la dépression – hier, des jeunes ont été massacrés et jetés dans le Nil. J’ai essayé d’évacuer cette part anxiogène de la réalité soudanaise qui peut rendre fou. Je ne voulais pas faire honneur au pouvoir en lui consacrant du temps de mon film, je voulais préserver la lenteur contemplative de mes personnages, leur espace de réflexion, leur bulle de dignité. C’est comme ça aussi qu’ils se sont protégés. Quand Ibrahim raconte l’épisode où il a été arrêté, il ne décrit pas la torture mais les détails de la cellule où il était enfermé : ça résume son éthique du regard et sa façon de résister aux horreurs qu’il a vécues« , explique le metteur en scène.

Talking About Trees est consacré à quatre personnes qui ont subi tout le poids et les entraves d’un état répressif. « Ces personnes, et mon film, essayent de repousser la présence de cet état hors champ, non par peur, mais pour ne pas lui donner trop de prise et d’importance. Je ne voulais pas faire un film “sur la situation au Soudan”, mais la révéler par petites touches en montrant son aspect kafkaïen. Aussi, j’ai mis peu d’indications politiques ou historiques sur le Soudan, me gardant de toute dénonciation frontale ou larmoyante. Déjà, rien que le geste de faire ce film, c’était s’engager, combattre. On filmait sans autorisation, on jouait avec les doutes du pouvoir et de la police, on restait flou sur les intentions du film. De manière plus globale, l’erreur de l’opposition soudanaise a été selon moi de croire que la situation changerait en informant le monde, mais le monde s’est habitué à la situation soudanaise. Exaspéré, le peuple soudanais a réalisé que les puissants réagissent seulement aux enjeux économiques et non aux atrocités commises par un dictateur. La réalité soudanaise a alors évolué grâce au courage de millions de femmes et d’hommes et non par les milliers de reportages des médias internationaux« , dénonce Suhaib Gasmelbari.

Suhaib Gasmelbari a travaillé avec la monteuse française Nelly Quétier. « C’était une vraie chance, parce qu’on a le même goût pour un cinéma patient, contemplatif. Parfois, elle réduisait ma tendance à une contemplation excessive par des ajustements toujours très précis. C’était magnifique parce que Nelly est tout de suite tombée “amoureuse” des quatre personnages qu’elle voulait tous dans le cadre mais ça, c’était difficile ! Et puis, on a tout de suite senti que ce film n’aurait pas besoin de musique mais d’écoute. La phase de montage a été une confirmation de mes intuitions au tournage. Il était important de les regarder regarder. Certains spectateurs ont remarqué que je filmais beaucoup le crâne d’Ibrahim, c’est parce que je voulais me positionner dans la ligne de son regard à lui.« 

Le film de Suhaib Gasmelbari décroche le prix documentaire et le prix du Public à la Berlinale 2019, et obtient le Tanit d’or de sa catégorie aux JCC de Tunis.

«Dans un Soudan privé de cinéma au nom du Coran, un jeune cinéaste filme quatre de ses aînés que le régime a empêché de réaliser une œuvre. Talking About Trees les suit avec humour et émotion, dans leur acharnement à faire renaître un lieu de projection à Khartoum… Primé à la Berlinale et présenté au dernier festival de Marrakech, Talking About Trees pourrait être prochainement projeté dans ce lieu, à la faveur de la nouvelle situation politique au Soudan. Quels espoirs de changement peut-on attendre du gouvernement transitoire mis en place après le renversement d’Omar el-Béchir, survenu en avril 2019 ? « Rien n’est encore très clair », expliquent les quatre cinéastes qui, regroupés au sein du Sudanese Film Group, ont adressé au nouveau pouvoir une requête en faveur d’un cinéma soudanais. Tout reste effectivement à faire, dans ce pays qui ne compte ni dispositifs d’aide à la production, ni techniciens, ni formations…» (telerama.fr)

«… La grande intelligence de Gasmelbari est d’avoir su laisser les hommes qu’il filme imprégner le rythme et le ton du film. Mus par l’optimisme de la volonté, ils sillonnent, dans un van encore plus fatigués qu’eux, les routes du pays et installent, sur les places des villages, leurs écrans de fortune. Les rires des enfants provoqués par les facéties de Charlot pour récompense. Malicieux et volontaires, ils n’en gardent pas moins, au cœur, les stigmates de la censure et de l’exil… Le réalisateur trouve un juste équilibre entre les séquences davantage tournées vers le passé, empreintes d’une âpre nostalgie et celles animées par LE projet du quatuor : rouvrir le cinéma Halfaia…

… Dans la manière qu’il a de mettre en scène une renaissance, Talking about trees (le titre évoque un poème de Brecht) rappelle Buena Vista social club de Wim Wenders ou Sugar Man de Malik Bendjelloul, deux beaux documentaires dont la musique est le thème principal. Ici c’est le cinéma qui est célébré autant que l’amitié : vous ressortirez de la salle, le corps léger et le cœur gonflé par un irrépressible besoin de partager cet exquis délice que fut cette rencontre avec Suleiman, Ibrahim, Manar et Altayeb.» (lebleudumiroir.fr)

«Rencontre avec les quatre cinéastes auxquels Suhaib Gasmelbari consacre le documentaire Talking About Trees, splendide élégie pour un art sinistré depuis le coup d’Etat de 1989, que viennent ponctuer des extraits de la production nationale d’antan…

… Le manque de cinéma qui endeuille la totalité du film est par ailleurs un état habitable : c’est en effet celui qu’arpentent sans amertume les quatre acolytes, étendant chaque jour leurs espérances sur la ruine de la salle de cinéma à l’abandon qui cuit au soleil, investie par une petite communauté de footballeurs venus taper dans le ballon. De nombreux plans s’abîment dans la vision languide de cette carrière à ciel ouvert, érodée par le temps, la nudité de ses gradins orphelins de spectateurs ou de l’estrade derrière laquelle on se verrait bien ficher un grand rectangle blanc. Voué à une certaine douceur, l’esprit du film souffle à travers l’opiniâtreté tranquille de son quatuor, épousant la lenteur de leurs échanges et déplacements feutrés, dénués d’urgence…

… Si Talking About Trees attire l’attention sur l’amour que portent Manar, Ibrahim, Altayeb et Suleiman au cinéma européen – notamment la Nouvelle Vague -, le quatuor assure se passionner également pour les films de son continent, citant le cinéaste franco-mauritanien Med Hondo, les films du Sénégalais d’Ousmane Sembène ou encore du Malien Souleymane Cissé…» (liberation.fr)

«… Voici un documentaire qui retourne aux sources : comme dans Nanook l’esquimau de Flaherty (1922), la construction ludique du réel permet de toucher à l’essentiel et de mieux ressentir les enjeux. Lorsqu’Ibrahim affirme dans l’émission de radio que le cinéma est un héros « qui peut mourir de sa mort naturelle ou être tué par un traître », les choses sont dites : ils se battent à coups de pellicules contre un régime dictatorial politico-islamiste en un temps où « parler des arbres est presqu’un crime puisque c’est faire silence sur tant de forfaits ! » (poème de Bertold Brecht cité dans le film). Consulté, le public veut un film d’action. Django Unchained de Quentin Tarantino (2012) fera l’affaire car il met en scène la libération d’un esclave !

Ce sont ces permanents clins d’œil, cet ancrage dans l’Histoire, cet humour décapant, cette bonhomie face à l’adversité, cette joyeuse solidarité, cette impressionnante dignité et cette détermination sans faille qui font de ces vieux cinéastes et partant du film lui-même une scène politique autant qu’une extraordinaire métaphore de la force de l’art face à la barbarie.» (africultures.com)

Le Soudan a annoncé le mois dernier son intention de remettre à la Cour pénale internationale l’ancien autocrate Omar el-Bechir. Il devra répondre d’accusations de génocide et de crimes contre l’humanité. Une des conséquences de ses trente ans de règne sans partage (1989-2019), c’est la fermeture des cinémas et la quasi mise à mort de ce secteur.

Mais depuis la forte contestation populaire et le coup d’Etat militaire qui ont conduit à la chute du dictateur, l’industrie cinématographique reprend des couleurs avec desfilms comme Talking About Trees de Suhaib Gasmelbari, comme Khartoum Offside de Marwa Zein ou comme You Will Die At Twenty de Amjad Abu Alala. « La sortie de ces trois films soudanais dans des festivals a coïncidé avec les manifestations qui avaient lieu dans le pays. Cela a donné au mouvement une caisse de résonance. Ces films ont ouvert une porte. Des professionnels du cinéma du monde entier ont pu constater la capacité des jeunes soudanais à réaliser de beaux films« , se réjouit Suleiman Ibrahim, même s’il ajoute «Ce n’est pas encore suffisant. Il n’y a toujours pas assez d’investissements».

Le secteur du cinéma renaît peu à peu, après trente ans de dictature. Avant cette période sombre, le pays était pionnier sur le continent africain. Le premier film africain en couleur est venu du Soudan, en 1955: « La Chanson de Khartoum. « A cette époque, les seize cinémas de la capitale pouvaient accueillir plus de 40.000 spectateurs par soir. « Il y avait des gens de partout, c’était très divers. Le cinéma faisait partie de la vie quotidienne. Les gens se rencontraient ici, se disputaient, flirtaient, parlaient business, avant et après la séance« , raconte Tallal Afifi.

Aujourd’hui, et malgré les difficultés économiques, le cinéma soudanais est à nouveau en marche, grâce à de jeunes cinéastes bien décidés à ne plus laisser personne les empêcher de filmer et de montrer leurs films». (rts.ch)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Sylviane Socci.

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