Viens je t’emmène



Vendredi 01 Avril 2022 à 20h

Cinéma Mercury – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Alain Guiraudie, France, 2021, 1h40

A Clermont-Ferrand, Médéric tombe amoureux d’Isadora, une prostituée de 50 ans, mais elle est mariée. Alors que le centre-ville est le théâtre d’une attaque terroriste, Selim, un jeune sans-abri se réfugie dans l’immeuble de Médéric provoquant une paranoïa collective. Tout se complique dans la vie de Médéric, tiraillé entre son empathie pour Sélim et son désir de vivre une liaison avec Isadora.

Notre article

par Josiane Scoleri

Viens, je t’emmène est un film culotté, et pas qu’un peu. Un film casse-gueule qui s’amuse à bousculer les stéréotypes, en espérant atteindre l’archétype. Ce n’est pas donné à tout le monde et l’entreprise est risquée, mais loin de faire peur à Alain Guiraudie, on imagine bien que c’est précisément ce qui le motive. C’est un film qui a l’ambition de parler de la France d’aujourd’hui, en se situant volontairement dans quelque chose qui serait « moyen ». À commencer par une ville, moyenne donc. Ici, ClermontFerrand, pas la plus sexy, ni la plus glamour, malgré les monts d’Auvergne qui l’entourent. Une ville de province, comme on dit encore à Paris… Mais est-ce que ça existe, la France moyenne, ou le Français moyen? Avec Guiraudie, on s’aperçoit vite que tout est singulier. Les villes comme les corps. Car, dans Viens, je t’emmène comme dans tous ses films précédents, les corps sont la grande affaire du réalisateur. Des corps qui ne correspondent pas aux canons en vigueur, des corps de Monsieur et Madame Tout le monde, des corps « moyens » en quelque sorte. Et comme le dit, à juste titre, le réalisateur, rien que ça, c’est déjà un acte politique. Ça nous montre, a contrario, à quel point le cinéma et avec lui tous les média, sans parler des réseaux sociaux, sont, en termes d’image du corps, une vaste entreprise de formatage généralisé. S’il suffit de montrer une femme de 50 ans aux formes plantureuses et un trentenaire vaguement bedonnant en train de faire l’amour pour être révolutionnaire, c’est que vraiment nous sommes en pleine déconfiture par rapport au mythe auto-proclamé d’une société émancipée, ouverte et libre. Or donc, Clermont-Ferrand, la statue de Vercingétorix sur la place principale de la ville. Mais, c’est bien sûr ! Gergovie, Alesia. « Nos ancêtres, les Gaulois » résonne immédiatement dans nos têtes. L’écho est imparable. D’ailleurs, le personnage principal s’appelle Médéric. Car s’il joue avec les corps, Guiraudie s’amuse aussi avec les noms. On a droit, par exemple, à un M. Coq, particulièrement savoureux. Ou autre clin d’œil, l’hôtel modeste, sans être glauque, mais qui ne dédaigne pas les passes pour autant, s’appelle tout bonnement l’Hôtel de France! De même, quand on entend le prénom Isadora – le personnage de prostituée magnifiquement interprétée par Noemie Lvovsky, on voit virevolter Isadora Duncan dans ses grands voiles, pionnière et femme libre s’il en est, dans son corps, son cœur et sa tête. C’est précisément là que se situe la grande habileté du réalisateur. Chaque fois que nous pensons avoir saisi un personnage, on se rend compte quelques scènes plus loin que… pas du tout. Le film nous dit et nous redit à quel point justement il faut se méfier des clichés et surtout, à quel point, nous pouvons nous y laisser prendre, tous tant que nous sommes. À quel point, nous sommes vulnérables aux préjugés, aux rumeurs, aux a priori.

Ce n’est certainement pas par hasard si des écrans de chaînes d’infos accompagnent toutes les péripéties marquantes du film. Médéric laisse entrer le jeune Selim dans son immeuble, mais appelle quand-même les flics dans la foulée. Soupçons, soupçons, instillés sur la longue durée, avec les effets délétères que l’on sait. La scène du cauchemar est à cet égard emblématique et finit par être cocasse, malgré l’horreur. Il s’agit là, à n’en pas douter de la plus grande force du film. Guiraudie réussit à insuffler une dose d’humour dans les moments les plus dramatiques. Il y a du vaudeville, avec ce mari jaloux qui poursuit sa femme, tout en acceptant qu’elle se prostitue. Cela dit, il cogne facilement, comme les macs du cinéma français des années 30 et ce n’est plus drôle. Il y a du théâtre de boulevard, dans les scènes « Ciel, mon mari ! » où l’amant sur le point d’être découvert disparaît comme par enchantement. Guiraudie se sert visiblement avec délice de tous ces codes éculés, pour nous emmener sur un autre terrain. Car en fait, quels que soient les ébats et malgré les gémissements tonitruants d’Isadora, personne n’arrive jamais à jouir complètement dans Viens, je t ‘emmène. Venant de Guiraudie, il y a fort à parier que ce n’est pas juste par effet comique. Cet empêchement systématique nous parle aussi de la France d’aujourd’hui, engoncée dans ses peurs et son conformisme, comme une autre conséquence du biberonnage aux fake news. Et puis, il y a Selim. Tel un petit frère sous-prolétaire du mystérieux visiteur de Théorème, Selim va bouleverser la donne dans cet immeuble petit bourgeois du centre-ville. Si Pasolini se servait de Terence Stamp pour faire éclater la famille et les conventions sociales, Guiraudie fait de Sélim l’Autre absolu face aux habitants de l’immeuble. La plupart des composantes de la société française sont ainsi représentées, ou plutôt devrais-je sans doute dire tous les types de « Français moyens d’aujourd’hui ». Une nouvelle version de « La Vie mode d’emploi », mais à la sauce Guiraudie. Car comment se fait-il que Selim, par sa seule présence, sème le trouble à ce point ? Il a en fait le tort d’être ce qu’il est. À savoir : jeune, Arabe et pauvre. Il va de soit que Guiraudie, en bon marxiste, pose l’extraction sociale comme autrement plus déterminante que l’origine géographique ou l’appartenance culturelle et/ou religieuse. En faisant du personnage un jeune SDF en rupture de ban, aucune des solidarités traditionnelles, familiales ou communautaires, ne peut s’appliquer. C’est précisément là que Monsieur Tout le monde, le citoyen lambda, devrait pouvoir intervenir. Et c’est ainsi, grâce à un scenario bien ficelé – malgré son apparence foutraque – et des personnages solides – en dépit de leur touche loufoque- que le film met chacun face à ses responsabilités et ses contradictions. Ce faisant, Viens, je t’emmène s’avère être, au bout du compte, un film non seulement en prise directe avec le réel le plus contemporain (la menace des attentats, la peur de l’Autre, la trivialisation du monde par les media et le numérique, etc …), mais surtout un film profondément politique, sous ses airs de comédie gentiment surannée. Quant à l’image, on ne va pas attendre d’un réalisateur comme Guiraudie qu’il enveloppe son propos dans des plans ultra-léchés ou, encore moins, esthétisants. Si les plans sont soignés (avec notamment un gros travail sur la lumière dans les nombreuses scènes de nuit), ils restent cash, sans fioritures. Et finalement, malgré un parti-pris risqué où il constamment sur le fil du rasoir, Guiraudie va droit au but et transforme son essai. Ce n’était pas gagné.

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« Après deux films plutôt sombres, je voulais revenir à la comédie, tout en restant ancré dans l’actualité et la réalité sociale du moment qui n’est pas non plus des plus joyeuses » explique Alain Guiraudie. Après des partis pris formels très affirmés, le réalisateur souhaitait se frotter à quelque chose de plus léger. À l’instar de films comme La Règle du jeu de Renoir ou Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Almodovar, il a cherché à faire surgir la comédie du drame et inversement. Il ajoute : « j’ai pas mal eu aussi à l’esprit le théâtre de boulevard. Je trouvais intéressant de ramener les grands débats et les grands enjeux de notre monde à une échelle plus modeste, plus quotidienne, à l’échelle d’un appartement. »

Viens je t’emmène se déroule à Clermont-Ferrand, qualifiée par Alain Guiraudie de ville « noire et chaleureuse ». Elle représente à ses yeux une France profonde et historique. « Visuellement, outre sa noirceur, la ville offre des perspectives sur les plateaux et les montagnes des alentours, c’est une ville à la campagne ». S’il cherche d’ordinaire à ne pas inscrire ses films dans une temporalité définie, le réalisateur a au contraire choisi cette fois comme cadre une ville pour opposer une vieille France à la France moderne : « je voulais ça que se passe vraiment aujourd’hui. Et dans une ville, ça se voit. Une ville, avec ses enseignes, ses voitures, ses affiches, ça ancre toujours un film dans une période plus précise. »

Alain Guiraudie estime que si l’on vit depuis plusieurs années dans un état d’inquiétude vis à vis des attentats, peu de films se sont emparés de ce sujet. Dans Viens je t’emmène, le héros observe l’attentat qui se déroule à quelques mètres de chez lui sur un écran de télévision : « D’un point de vue cinématographique ça crée une mise en abîme, un écran dans l’écran, plusieurs niveaux de fiction, entre ce que Médéric voit de ses yeux et ce qu’il voit à la télé. » Il précise : « Ces attaques terroristes sont conçues comme telles, elles exploitent les réseaux sociaux, elles jouent sur la perception de l’autre pour fracturer les liens. Le terrorisme est un combat médiatique. Il perturbe la perception de l’autre. »

À travers le personnage de Selim, Alain Guiraudie aborde la peur de l’étranger et plus particulièrement la situation des arabes en France : « J’ai pu entendre au moment des attentats des gens parler de l’islam d’une drôle de façon, invoquant même l’idée que l’islam portait en lui cette violence. Le musulman, c’est vraiment devenu l’autre par excellence. » Il dénonce l’idée de « choc des civilisations » montée de toutes pièces par certains : « On continue l’entreprise d’occultation de la lutte des classes et d’instrumentalisation de nos différences pour effacer ce qui nous unit et qui menace en effet l’ordre établi. Je me sens évidemment plus solidaire d’un arabe musulman exploité que d’un athée blanc exploiteur. »

À l’instar du jeune musulman Selim, Alain Guiraudie a choisi de s’intéresser à un autre paria de la société : une prostituée. Le réalisateur, comme son héros, est contre l’idée d’acheter le corps de l’autre : « Je ne refuse pas la liberté à une femme (ni à un homme) de se prostituer mais dans les faits ce sont surtout des personnes qui ont connu des violences sexuelles dans leur enfance et, de toute façon, c’est toujours des gens dans le besoin, des gens qui n’ont pas vraiment le choix qui ont recourt à la prostitution. »

« J’ai conscience que mes films sont plutôt vus par un public qui n’a pas forcément besoin d’être convaincu que c’est pas bien de battre sa femme ou de rejeter les étrangers. De toute façon, je ne pense pas que mes films et que les films en général influent tant que ça sur les prises de conscience politiques », confie Alain Guiraudie. Pour lui, le cinéma est une manière de présenter un autre regard sur le monde et de replacer les enjeux sociétaux et intimes.

Pour le rôle de Médéric, le réalisateur cherchait un homme jeune, commun et moderne mais la tâche n’a pas été facile : « On s’aperçoit vite que quelqu’un de commun, ça n’existe pas vraiment et quand on trouve quelqu’un qui s’en rapproche, il n’est pas très intéressant. Et comme souvent, j’ai trouvé le contraire de ce que je cherchais, Jean-Charles Clichet n’est pas vraiment commun donc, pas si jeune que ça non plus, pas non plus dans les canons de la modernité masculine. »

« Les deux dernières œuvres d’Alain Guiraudie L’Inconnu du lac et Rester vertical étaient des hymnes non dissimulés aux ébats gays entre jeunes et vieux. Dans ce film présenté en ouverture du Festival de Berlin, le cinéaste ouvre la voie à des personnages féminins forts, dont essentiellement une prostituée avancée en âge, Isadora, dont le personnage principal tombe amoureux. Le scénario se plaît à accumuler les scènes ambiguës où l’on ne sait plus dans ce réel sublimé par la narration, quelles sont les identités véritables des uns et des autres. Car Guiraudie est un magicien du renversement narratif. Le récit fuit toute velléité de simplisme pour offrir des scènes de vie où les personnages sont tout à la fois victimes et auteurs de leurs aventures pour le moins décalée

Le long-métrage est tourné à Clermont-Ferrand. Les familiers de la capitale du centre de la France reconnaîtront la fameuse place de Jaude qui subit un attentat terrible. Deux des terroristes ont succombé à leur attaque, alors qu’un troisième est en fuite. Il pourrait être ce jeune garçon maghrébin, très sensuel, qui supplie Médéric, personnage central du film, de lui offrir une place pour dormir dans le hall de son immeuble. On ne peut s’empêcher de penser que cette rencontre fortuite débouchera sur une longue scène de sexe comme Guiraudie aime le faire. En réalité, si parfois les dialogues jouent de l’ambiguïté des rôles et des places de chacun, le regard du cinéaste reste centré sur la relation hétérosexuelle entre Isadora et Médéric. Mais rien n’est figé. Les stéréotypes s’invitent dans une histoire à la limite de l’absurde où tous les personnages participent à tronquer l’imagination.

Viens je t’emmène joue avec le style épuré et inventif d’un cinéma à la Bruno Dumont. Il y a beaucoup de candeur et de désinvolture dans cette histoire d’amours multiples, avec au cœur, un attentat que les journaux télévisés se délectent à répéter à longueur de journée et à transformer. En ce sens, le propos est très moderne. Guiraudie critique les discriminations, la place des médias télévisés. Il regarde aussi une jeunesse désenchantée qui ne se préoccupe pas de norme ou de bien-pensance. Il juge les adultes durement, à l’exception peut-être d’Isadora qui cultive la liberté sexuelle et intellectuelle comme mode d’existence. Mais l’intérêt du film s’arrête toutefois à une mise en scène assez racoleuse et des facilités d’écriture qui font parfois pencher le film vers le ridicule. » (avoir-alire.com)

« Alain Guiraudie revient avec une comédie grinçante et foutraque, généreuse et saugrenue, dans laquelle il met en place une mécanique du carambolage qui fonctionne un moment, puis s’enraye.

Le regard singulier que porte Guiraudie sur le monde fait souffler sur le cinéma français un courant d’air frais depuis 20 ans. Lieux inédits, corps aberrants, amours libres et histoires insolites constituent un terrain de jeu dans lequel Alain Guiraudie bafoue les normes avec jubilation, repoussant le réel aux frontières du genre (western, policier, conte…). Six ans après Rester Vertical, le cinéaste tente de remettre l’époque à sa place, plongeant le quidam parfait dans une récit rocambolesque où se télescope le constat désolant d’une société confortablement chloroformée dans l’ère du soupçon et les marottes guiraudiennes… (lebleudumiroir.fr)

Dès lors, Viens je t’emmène sera le film qui se débat avec ce trop-plein de réel, comme si Guiraudie ne pouvait plus détourner le regard et qu’il était temps de prendre en charge cet appauvrissement de la réalité. Un cinéaste doit répondre au monde selon BFMTV, reprendre à son compte ses notions malades qui tournent dans nos cerveaux fous : attentats, Grand Remplacement, islamophobie, burka, jeunes à capuche.

Que faire avec ? Les délier encore un peu plus, en faire des braises pour nourrir le feu de la fiction. Une fiction qui se nouera autour de Selim (Iliès Kadri), jeune SDF arabe qui traîne en bas de l’immeuble de Médéric. Selim se fait le corps révélateur autour duquel se cristallisent les émotions les plus contradictoires au sein de l’immeuble, et qui sont d’abord les nôtres : on l’aide, on le craint, on le dénonce, on le cauchemarde, on l’héberge.

Viens je t’emmène n’est jamais là pour trancher au milieu de cette tourbe d’affects, comme l’aurait fait une médiocre fiction de gauche donneuse de leçons. Non, le film déplie chaque peur pour lui trouver une issue cathartique, la porte à incandescence jusqu’à ce qu’elle se retourne en son contraire : la peur mène ainsi au désir et Selim devient ce corps qui n’a rien demandé, mais qui se retrouve l’objet de tous les fantasmes, et bientôt ce miroir tendu à tous les habitants de l’immeuble.

Alors, on retombe sur la grande question guiraudienne, que posait aussi son dernier roman, Rabalaïre : que peut-on faire ensemble ? Qu’est-ce qui peut relier deux personnes, et puis trois, quatre ? Le film hésite à répondre, préférant tournoyer autour de personnages totalement paumés, à qui on a inculqué un individualisme qui, ils le sentent, commence à devenir trop étriqué mais qui est la seule manière de vivre que l’on connaisse. Ils bricolent un rêve, mais ne savent pas encore lequel. Alors, le cinéma servirait à cela, à imaginer cette merveilleuse catastrophe : cette première nuit post-individualisme, foutraque et improvisée, où l’on aurait soudain besoin et envie des autres. » (lesinrocks.com)

« Mêlant désir et paranoïa, Alain Guiraudie trousse un vaudeville sur fond d’attentat à Clermont-Ferrand et dresse le portrait de toutes les névroses de notre pays sans se départir de son style joyeux et provocateur.

Si ce n’était l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui jette un voile sombre sur l’ensemble de l’actualité, le dernier film d’Alain Guiraudie pourrait presque paraître salutaire au beau milieu d’une campagne présidentielle dominée jusque-là par les questions sécuritaires et identitaires. Le réalisateur corrézien, réputé pour son cinéma radical et engagé (L’Inconnu du lac, Rester vertical) tourné dans son Sud-Ouest natal, élargit son spectre avec cette comédie inclassable dans laquelle il tente de dresser le portrait de toutes les névroses qui se sont emparées de notre pays depuis les attentats de 2015. Mais il le fait sans esprit de sérieux aucun, dans le style débridé et provocateur qui est sa marque de fabrique…

… Il faut un certain culot pour croiser le vaudeville et la politique dans un film qui ne cesse jusqu’au bout de déjouer les attentes. Alain Guiraudie n’en manque pas. S’il parvient habilement à restituer un certain air du temps, il manie les clichés pour mieux les faire voler en éclats, témoignant au fond de sa foi en l’homme. Et surtout en ses désirs. Car pour le cinéaste, tout est toujours une affaire d’attirance des corps. Une pulsion de vie et de sexe – filmé dans toute sa trivialité – plus forte que les différences et les oppositions. Chez Guiraudie, dont la frontalité à aborder ces sujets peut déranger, la chair n’est jamais triste et les passions restent intactes. » (la-croix.com)

« … C’est dans un style ouvertement léger et humoristique de petit théâtre de vaudeville, avec croisements à répétition de personnages à la fois paradoxalement banals et très haut en couleurs, dosage accentué de dérision sans aucune méchanceté, emprunts quasi parodiques au genre policier (des filatures d’amateur, une arrestation, une fusillade) et à la comédie de boulevard (des histoires de voisinage avec moult coups de sonnette aux portes et autant de malentendus possibles) que Guiraudie aborde obliquement un très sérieux portrait de la France d’aujourd’hui.

Car il est question d’attentat, de paranoïa collective (alimentée par les chaînes d’information continue), de xénophobie et de défense de son territoire, y compris du côté des mieux intentionnés à priori. En effet, que se passe-t-il dans un contexte anxiogène, quand un jeune arabe comme Selim (Iliès Kadri), sans domicile fixe, s’abrite de l’hiver dans la cage d’escalier de votre immeuble ? À travers Médéric (Jean-Charles Clichet), inquiet mais tiraillé par sa conscience et surtout totalement obsédé par sa passion pour la prostituée Isadora (Noémie Lvovsky), il se produira beaucoup d’événements insolites, surprenants, voire stupéfiants, impliquant ses voisins (menés par l’hilarant Michel Masiero), une collègue collante (Doria Tillier), un duo sybillin de réceptionnistes (Miveck Packa et Yves-Robert Viala), un mari très jaloux (Renaud Rutten), un policier hyper soupçonneux et intrusif (Patrick Ligardes), etc.

Jouant avec les clichés et dressant un portrait particulièrement drôle, dans une ville de Clermont-Ferrand très cinégénique, des Gaulois contemporains, Viens je t’emmène déconcertera peut-être ceux qui ne connaissent Guiraudie qu’à travers ses deux derniers opus (L’inconnu du lac et Rester Vertical), mais les admirateurs de la première heure du ton singulier et libre du cinéaste, injectant de l’extravagance au réalisme, apprécieront le film à sa juste mesure. » (cineuropa.org)

« … Le récit de Viens je t’emmène se divise en deux quêtes : retrouver Isadora et la libérer de son mari d’une part, découvrir si Selim, qui s’incruste chez lui, fait partie de la bande de terroristes ayant commis l’attaque d’autre part. Quêtes perturbées par les multiples mensonges et jeux de dupe des personnages qu’il croise. Mensonges concernant aussi bien leurs motivations que leurs natures profondes, chacun dissimulant, trichant et se révélant autre que ce qu’il affirme au départ, tout en soutenant des contre-vérités évidentes, comme si de rien n’était. Médéric n’est pas épargné par ces vilaines manies et, à mesure que le récit progresse, Alain Guiraudie perd ainsi efficacement son spectateur dans les méandres d’un univers où le vrai et le faux comme le bien et le mal sont devenus indiscernables. Matérialisant efficacement le monde de post-vérités actuel où chacun se contente de la vérité qu’il croit la bonne, tout en créant un suspense, ainsi qu’une paranoïa, puissants et étouffants. Aspect parachevé par l’usage que les personnages font des technologies informatiques : l’utilisation d’un portable, comme d’un ordinateur étant surtout utile pour espionner, suivre l’autre ou avoir accès à de la propagande. Donnant corps à l’idée d’une société de surveillance augmentant par elle-même, ironiquement, la suspicion générale, la psychose et une vision fantasmagorique de la réalité.

Ce qui est surprenant, c’est la facilité avec laquelle Alain Guiraudie parvient à désamorcer la nature hystérique, et aujourd’hui polémique, des sujets contemporain qu’il aborde, soit : le terrorisme, le rapport homme femme et la sexualité. Désamorçage permis par l’utilisation d’un contre-pied : une dysharmonie entre les événements, les actions des personnages, d’avec les réactions de Médéric, ainsi que son attitude. Il agit et réagit dans une relative décontraction, voire flegmatiquement, quels que soient les événements se produisant. Ce qui rend ainsi les situations d’autant plus incongrues et créer un état d’esprit décalé permettant à un sens de l’humour noir, pince-sans-rire et grinçant, de nimber les séquences. Cet humour est accentué par une forme esthétique glaçante et clinique : Guiraudie évite tout effet de styles voyant et prend le temps de poser ses cadres pour filmer lentement un environnement urbain, celui de Clermont-Ferrand l’hiver, plein d’une lugubre et froide banalité (le rythme du film s’animera tout de même progressivement à mesure de la progression des mésaventures de Médéric). Cette banalité est mise en avant par l’usage de multiples décors sans grande identité (si ce n’est la cathédrale gothique en pierre noire de Clermont-Ferrand) et essentiellement composés de chambres, d’appartements ou de rues. Cet aspect d’une modernité banale est parachevé par un usage minimal de la musique qui, ainsi, n’embellit rien. Jean-Charles Clichet incarne talentueusement, et avec un calme désarmant, Médéric, mais le beau parti pris de la distribution consiste en ce qu’elle est majoritairement constituée d’acteurs peu connus. Système avantageux, car contribuant à plonger le spectateur dans cet univers ubuesque que Guiraudie veut être celui de « Monsieur tout le monde. » Et on ne peut que saluer le courage comme le cran de Noémie Lvovsky, incarnant Isadora, qui s’expose durant des scènes de sexe à la crudité perturbante, car accentuée par la frontalité du cadre.

C’est à une satire sociale au ton grinçant prenant la forme d’un doux cauchemar éveillé auquel nous convie Alain Guiraudie. Il est ainsi très proche du style de certaines œuvres tournées par Bertrand Blier, du type Buffet froid ou Notre histoire. Comme lui, Guiraudie parvient à prendre le pouls de l’époque et à mettre en scène de multiples sujets qui fâchent : terrorisme, sexualité, racisme, chantage, escroquerie, abus, frustration, hypocrisie… sans jamais énoncer de jugement, ni de morale. « Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver », avait dit en substance Alfred Hitchcock ; Alain Guiraudie applique cette loi en s’amusant à mettre en scène et à se réapproprier de façon presque bonhomme, les passions tristes de l’époque et autres fantasmes sordides du type « le grand remplacement » ou « la guerre civile menace. » En résulte un film formidable de suspense, prenant, mettant en scène autant de sujets casse-gueule qui, par le ton satirique avec lequel ils sont traités, témoignent d’un état d’esprit corrosif, voir anarchiste, digne de fluide glacial ou Hara Kiri. La liberté de ton, l’ironie acide, ainsi que la sobriété et la maîtrise efficace de la mise en scène de Viens je t’emmène en fait un classique instantané qui satisfera les amateurs de films de suspense, de films paranoïaques, comme ceux d’un très bon cinéma d’auteur. » (iletaitunefoislecinema.com)

« Six ans après Rester Vertical, Alain Guiraudie nous revient en forme avec Viens je t’emmène, une tragi-comédie creusant encore un peu plus le sillon politique et furieusement contemporain de son cinéma, une oeuvre qui n’a peur de rien et encore moins de ses hypothétiques faiblesses. Migrant de la perversité rurale vers la calamité paranoïaque urbaine (ici le microcosme d’une Clermont-Ferrand faisant face au terrorisme), le cinéaste, qui résiste avec audace à la tentation de l’autosatisfaction (il n’est jamais vraiment là où on l’attend, et c’est tant mieux), suit les atermoiements d’une poignée de personnages haut en couleurs dans leur manière de se débattre face aux réalités inconfortables de la France d’aujourd’hui…

… En chevauchant les idéaux passés et présents, tout en télescopant avec une générosité folle des personnages et territoires de cinéma qui n’ont pas forcément grand chose à voir entre eux (une prostituée nymphomane au grand cœur, un informaticien loser et lâche mais attachant, un jeune arabe SDF et en rupture avec les siens), Guiraudie nourrit une sorte d’agora politique où toutes les âme (dissemblables mais finalement complémentaires) sont sommés par les contours savoureux de la comédie libertaire et gentiment singulière, d’échanger leurs peurs sur une société qui ne tourne plus vraiment rond, embrassant en quelque sorte la possibilité d’une camaraderie pleine d’espoir dans un monde gangrené par la paranoïa, l’égoïsme et les désirs réprimés…

… Volontairement tourné vers l’absurde, où le désir et la luxure se font audacieusement une distraction des peurs sous-jacentes de l’islamophobie (et plus directement du racisme quotidien outrageusement normalisé, mais pas uniquement en France), Guiraudie fait de son nouvel effort une fable détendue et frivole s’appuyant sur un sens de la responsabilité communautaire (il prône la coexistence sociale, même si elle est de plus en plus mise à l’épreuve), une oeuvre enlevée qui démontre la facilité avec laquelle nous sommes infectés par les stéréotypes et les préjugés, autant que celle de nous complaire dans une incompréhension culturelle et une défense morale (et souvent de classe) plus proche du mépris qu’autre chose. Une déconstruction/reconstruction des comportements communs qui tombe incroyablement à pic en somme, alors que les présidentielles polarisent toutes les attentions nationales. » (focus-cinema.com)

« Circulant en funambule entre drame et vaudeville, le nouveau long-métrage d’Alain Guiraudie invente une sarabande contemporaine où les angoisses, les désirs et les émotions multiplient les courts-circuits, à la fois ludiques et lucides. Une ligne de crête, on sait ce que c’est. Mais plusieurs en même temps ? Cela semble impossible, et pourtant voilà exactement où court et cabriole ce film tout d’audace et d’invention… Alain Guiraudie cultive cet art du métissage généralisé depuis une trentaine d’années: à ses sept longs-métrages, parmi lesquels ces films repères que sont L’Inconnu du lac et Rester vertical, il faut dans son cas adjoindre comme propositions à part entière les courts et moyens métrages, depuis Les héros sont immortels en 1990, et notamment les fondateurs Ce vieux rêve qui bouge et Du soleil pour les gueux

… Ce métissage, Guiraudie l’a le plus souvent mis en œuvre dans des films-contes situés dans les campagnes de son Sud-Ouest natal revisitées par son regard mêlant féérie et politique, et avec un côté intemporel. Cette fois-ci, entièrement en ville et indubitablement à notre époque, il renouvelle les éléments de son récit sans avoir rien perdu de sa verve.

Sans qu’on puisse identifier tous les tenants et aboutissants, il est clair que la pandémie et les confinements sont aussi passés par là. En lieu et place d’un film déjà tourné mais bloqué par le Covid-19, Alain Guiraudie a publié l’été dernier un roman-fleuve, où figurent nombre des éléments de Viens je t’emmène. Récit échevelé dévalant d’une seule traite ses 1.100 pages, Rabalaïre, sans doute ce qui s’est publié de plus important en langue française en 2021 (mais ce devait être un peu trop volumineux, un peu trop cru, un peu trop charnel, un peu trop plein de choses pour les jurys des prix littéraires [1]) comportait aussi bien des éléments renvoyant à cette comédie radicale, tendre et tempétueuse qu’est Le Roi de l’évasion, film absurdement passé quasi inaperçu à sa sortie. Avec Viens je t’emmène, Guiraudie assemble de nouveau le désir physique et les réflexes quotidiens d’égoïsme, les grandes peurs de l’époque et l’affection qui peut surgir entre des personnes dont rien ne laissait prévoir qu’elles se rencontrent…

…Selon des dynamiques joueuses, mais aussi révélatrices sous leurs airs parfois loufoques, circulent sans cesse et en tous sens les violences dans leur apparente hétérogénéité – des hommes contre les femmes, des jeunes pauvres racisés contre ce qu’ils perçoivent comme hostile, des inégalités discriminantes dans les habitats et les activités professionnelles, de ceux qui ont un peu contre ceux qui ont moins, des terroristes contre la démocratie, des représentations de l’existence policières ou néo-libérales…

La virtuosité sans esbroufe de la narration et de la mise en scène, mais aussi de l’interprétation, consiste à faire emprunter exactement les mêmes canaux que ces flux noirs aux gags et ou éclats de joie, au vertige sans garde-fou des attirances sexuelles et aux vacillements des pseudo-appartenances identitaires, à la tendresse en réserve chez un voisin pas prévu dans ce registre. Cela vaut aussi pour la sensualité exubérante de celle qui semblait, par son métier (prostituée), son âge (plus de 50 ans), son physique (pas précisément une bimbo, ni une cougar) et sa situation (maltraitée par son mari) vouée à la souffrance et à la dépréciation – ou à leurs symétriques charitablement positifs, condescendants et bidons. Grâce aussi à la formidable interprétation de Noémie Lvovsky, cette Isadora traverse le film en être vivant, imprévisible, irréductible. Elle est l’exemple le plus évident de la manière dont chaque protagoniste semble habiter l’espace de la fiction selon ses propres lois physiques, ses propres vitesses, ses propres lourdeurs, sa propre luminosité. C’est ce qui fait de Viens je t’emmène, qui semble se dérouler dans un cadre très circonscrit, un film-galaxie.

Et voici comment, conte de science-fiction sociale, éthique et politique qui ne laisse jamais en repos, le nouveau film d’Alain Guiraudie malgré sa petite forme se révèle d’une puissance de déplacement impressionnante, à la fois jubilatoire et troublante. » (slate.fr)

« L’œuvre d’Alain Guiraudie est celle d’un conteur et d’un topographe. Originellement ancrée entre Sud-Ouest et Occitanie, elle y a progressivement agrégé d’autres morceaux de l’Hexagone, pour construire son propre territoire de paroles et de légendes. Dépassant le pittoresque, ce cinéma est littéralement excentrique, conçu et filmé loin des centres, esquivant les récits attendus, n’hésitant pas à juxtaposer humeurs rigolardes et drames passionnels, cherchant constamment des chemins de traverse en quête de nouveaux horizons à la fois concrets et fantasmatiques, visibles et insaisissables.

Alain Guiraudie a surgi, au début des années 2000, avec une doublette de moyens métrages, Du soleil pour les gueux et Ce vieux rêve qui bouge installant la dualité fondatrice de son cinéma. Du soleil pour les gueux : un film de course-poursuite sur le causse Méjean, portant en étendard son picaresque va-nu-pieds et son imaginaire de bric et de broc. Ce vieux rêve qui bouge : l’étrange visite d’un jeune mécanicien dans une usine en cessation d’activité, force de l’unité de lieu et de l’ancrage social. Comment un même cinéaste pouvait-il signer, coup sur coup, d’un côté un film extravagant (étymologiquement : « errant au-delà »), hors monde et en fuite, et de l’autre un film réaliste, compact et concerné ?

Poser la question, c’est oublier que l’art de Guiraudie rend ces caractéristiques réversibles. Du soleil pour les gueux, film irréaliste ? Au contraire, l’abracadabrant chassé-croisé du bandit d’escapade, du guerrier de poursuite, du berger et de la coiffeuse est on ne peut plus ancré dans la matérialité de ses grands espaces, amphithéâtre naturel générant sa propre mythologie. Ce vieux rêve qui bouge, simple chronique ? Plutôt la fable du « dernier ouvrier face à la dernière machine », dérivant vers une étrange valse de désirs au sein de cette petite communauté masculine. La suite de la filmographie de Guiraudie confirmera ce tropisme : réimplanter du désir au sein de situations politiques, expérimenter la parole comme force motrice, et par là même, en faire l’instrument d’une évasion désirante.

Ses deux premiers longs métrages, Pas de repos pour les braves et Voici venu le temps dévoient le quotidien de sous-préfecture par les rebondissements du feuilleton populaire, l’esthétique de la ligne claire et l’oralité merveilleuse du conte. Si les trois films suivants ont mis de côté cet imaginaire exogène de chevaliers sans montures et de bandits de départementales, ils ne se sont en rien normalisés. Le Roi de l’évasion, L’Inconnu du lac et Rester vertical restent gouvernés par un picaresque indomptable où le sens du mythe et du danger sont en perpétuelle réinvention. Ces trois films partagent une source commune, les affres d’un héros masculin démuni (Le Roi… en slip, L’Inconnu… à poil, le cinéaste en goguette de Rester vertical en pleine angoisse de la page blanche) devant faire face à l’étendue de désirs connus et inconnus. De cette racine (aussi décapante que celle de la « dourougne » du Roi de l’évasion ?) germent trois récits qui explorent chacun de nouvelles voies vers la comédie (Le Roi de l’évasion), le thriller (L’Inconnu du lac) et l’épopée (Rester vertical).

Pool Oxanosas Daï, le « guerrier de poursuite » de Du soleil pour les gueux nous avait déjà prévenus : « Ici, les routes ne mènent qu’à d’autres routes. » De fait, ce cinéma ne fait que connecter les plus belles entre elles. Les départementales ou les chemins de bords de lacs viennent y croiser la route du désir, la route du politique, la route du mythe. Son cinéma en devient une terre de rencontres, une terre de paroles, une terre de collisions, qui n’a de cesse de toujours déplacer les repères.

Dressons l’inventaire géographique de cette terre : villages labyrinthes (Tout droit jusqu’au matin, Pas de repos pour les braves), plaines terrains de jeux (Du soleil pour les gueux, Voici venu le temps), sous-bois érotisés (Le Roi de l’évasion), lac arène (L’Inconnu du lac). Autant de lieux qui modèlent leurs propres règles du jeu et de dramaturgie, mais qui portent nettement plus loin. Les sauts de puce de Rester vertical, entre aridité du causse Méjean, humidité du Marais poitevin, minéralité du centre-ville de Brest, redessinent un insolite « collage de France » tout en prenant le pouls d’un pays déboussolé. Quant aux panneaux routiers de Pas de repos pour les braves, ils nous signalent que Bairoute, Oncongue et Riaux de Jannerot restent à portée de R16. Ce cinéma construit son pur oxymore géographique : un territoire de fiction arrimé aux spécificités locales (langue, topographie, lumière), non pas pour célébrer les vertus du local, mais déjà construire un ailleurs. Dans la cour de l’usine de Ce Vieux rêve qui bouge, l’alignement de parasols ramène la plage sur le lieu de travail ! La touche d’humour visuel réimplante l’utopie précisément là d’où elle avait été chassée. Guiraudie prend l’utopie au mot, et la défie. Démentant son étymologie (« hors lieu »), il la fait advenir, par la force du collage et de ses déplacements, dans une France qui n’a rien d’utopique.

Le déplacement guiraudien va bien plus loin que le seul mélange des genres ou le goût du contre-pied. La filmographie de Guiraudie aime aussi à changer de cap. Quoi de commun entre l’épure de L’Inconnu du lac et le foisonnement feuilletonesque des films qui l’ont précédé ? Quel fil dérouler entre ce conte de passion cruelle, mettant Eros et Thanatos dans le plus simple appareil, et par exemple, Le Roi de l’évasion, conte comique se terminant dans une nouvelle cabane des trois petits cochons ? Au-delà des variations de registre, ce qui perdure d’un film à l’autre, c’est une approche à la fois détendue et vitale de l’art de raconter. Basile Matin, le héros de Pas de repos pour les braves, est persuadé que s’il s’endort encore une fois, il va mourir. À la fin de Rester vertical, le héros, cerné par les loups, comprend qu’il est condamné à rester debout, vigoureux, désirant. À leur instar, Alain Guiraudie est une Schéhérazade d’aujourd’hui. Habité par la fièvre de toujours inventer et raconter ses propres légendes pour ne pas s’endormir, ne jamais défaillir. » (cinematheque.fr)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri.

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