22ième Festival Annuel : Les confins



DU VENDREDI 28 FÉVRIER AU SAMEDI 08 MARS 2025

Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice

Notre Festival annuel est consacré aux confins.


  • Chaque film est précédé d’une présentation et suivi d’une discussion avec le public.
  • Tous les films sont en version originale sous-titrée.
  • Présentation des films et animation des débats: Sylviane Socci, David Nigris, François Simart, Bruno Precioso et Josiane Scoleri.
  • Programmation : Cinéma Sans Frontières

ÉDITO

Les confins, un terme qui évoque immédiatement une terre lointaine, mystérieuse, peu ou mal connue. Mais aussi une limite, une frontière ou un point de bascule, pas seulement géographique. Confiner à la folie, confiner au ridicule, confiner à l’absurde ou au sublime. Il est intéressant de voir comme nous sommes presque aux antipodes de ce confinement dont nous avons tous pâti il n’y a pas si longtemps. Les confins, presque toujours au pluriel dans l’usage courant, portent en effet quelque chose de l’air du large, de la découverte, de l’aventure au bout du monde.

Nous nous sommes dit que ce serait un bon thème de cinéma, en essayant d’en explorer justement la polysémie, nous qui sommes par définition sans frontières. Nous voici donc embarqués pour notre modeste tour du monde annuel de la planète cinéma, traversant les époques et les genres tenter de cartographier les multiples approches d’un tel sujet par les moyens propres au Cinématographe. D’ailleurs, comment ne pas penser que, très vite, les opérateurs Lumière se sont éparpillés jusqu’aux confins des mondes habités à la fois pour montrer des images en mouvement au public ébahi et pour ramener de toutes ces contrées les célèbres « vues photographiques animées » dans un double mouvement du centre vers la périphérie et retour. Plus de 30 pays furent ainsi couverts en moins d’un an après le tournage du premier film le 19 mars 1895. Mais nous sommes à Cinéma sans frontières, pas d’inquiétude, nous n’allions pas vous concocter un programme Points de vue et images du monde.

Et même pour le western, premier genre cinématographique associé spontanément à l’idée des confins – le mythe de la frontière, le choc de la conquête – nous avons choisi de vous surprendre. Loin des classiques hollywoodiens du genre, notre choix s’est porté sur un film argentin relativement récent Jauja de Lisandro Alonso (2014) qui se passe en Patagonie. Ni les cow-boys, ni les soldats, ni les Indiens ne sont les mêmes et pourtant, tous les ingrédients sont là : espaces infinis, danger, survie, violence, isolement et préjugés. Nous sommes à 100% dans un western qui ne ressemble à aucun autre.

Autre Finis Terrae à l’autre bout du continent américain, Atanarjuat, la légende de l’homme rapide de Zacharias Kunuk (2001) sera le premier film de l’histoire du cinéma écrit et tourné par un réalisateur inuit, avec des acteurs et une équipe de tournage inuits, dans une langue inuite. Mais au-delà de l’éloignement – au nord du cercle polaire – le film lui-même se situe aux confins du documentaire et de la fiction, entre document ethnographique et grand film d’action. Dans un décor à couper le souffler qui révèle peut-être plus que jamais au cinéma le blanc comme couleur essentielle.

Notre sélection aborde également la séparation entre monde des vivants et monde des esprits, frontière qui demeure poreuse sous de nombreuses latitudes. Nous programmons ainsi un film rare d’un cinéaste tout aussi rare : Kuroneko de Kaneto Shindô (1968) qui revisite le traditionnel film de fantômes japonais et relève le défi de se confronter à l’héritage de Kurosawa et de son film emblématique, Rashomon (Lion d’Or à Venise en 1950) dans une fulgurance esthétique radicale et un Noir et Blanc qu’on aurait facilement qualifié d’expressionniste sous d’autres latitudes.

Ne pouvait manquer dans cette approche des confins au sens métaphorique du terme, la trouble proximité entre création artistique et « folie » dont le cinéma s’est souvent emparé en jouant de ses ressorts dramatiques les plus puissants pour brosser des portraits d’artistes maudits, incompris et rejetés par la société de leur temps. Il suffit de songer, entre mille exemples, au Van Gogh de Minelli (1956) et à celui de Pialat (1991), deux approches et deux écritures bien différentes pour aborder le sujet. Deux conceptions du cinéma et de la place de l’artiste aussi. Rien de tel avec le film que nous avons choisi, Aloïse de Liliane de Kermadec (1975), là aussi un film rare d’une cinéaste cruellement tombée dans l’oubli il y a bien longtemps. Aloïse est tout sauf un biopic, même si le film retrace la vie d’une artiste majeure de l’Art Brut, reconnue à l’époque par Jean Dubuffet. C’est un film qui dit l’impasse d’un destin de femme, Aloïse Corbaz, rêvant de devenir cantatrice et qui passa plus de 40 ans de vie dans la grisaille d’un hôpital psychiatrique où elle s’inventa un monde éclaboussant de couleurs vives.

Mais nous tenons sans doute avec La Clepsydre, (Wojciech J. Has 1973) le film du festival qui plonge le plus loin dans l’exploration visuelle des confins entre réalité et imagination, passé et présent, perception et hallucination, souvenirs et cauchemars. La Clepsydre est un film où il faut accepter de perdre ses repères pour que se dégage malgré tout un chemin dans la nuit et le brouillard.

Dans un tout autre registre, nous vous proposons East of noon (Hala Elkoussy, 2024), découvert à la Quinzaine des cinéastes l’an dernier. Quelque part, nulle part, au bord d’une mer qui ferme l’horizon, dans un lieu indéterminé où règne un Père Ubu de pacotille, East of noon déroule une fable allégorique sur le pouvoir, l’aliénation et la nécessité absolue de la résistance. Une fable qui -par ses moyens détournés- résonne fortement avec la situation de cette région du monde aujourd’hui.

Enfin, en ouverture et clôture du festival, deux immenses réalisateurs et deux chefs d’oeuvre du cinéma : L’éternité et un jour (Theo Angelopoulos, 1998) et Stalker (Andrei Tarkovski, 1979). Nous sommes très heureux d’avoir pu programmer ces deux films. D’abord, parce que pour des raisons différentes – succession, d’un côté, embargo de l’autre- ils sont pratiquement invisibles en salle aujourd’hui. Mais surtout parce que ce sont deux oeuvres phares qui illuminent chacun à leur manière le thème des confins de toute l’intensité de leur engagement dans le medium cinéma. Réflexion sur la condition humaine, les deux films sont un voyage, tant physique que métaphorique, au tréfonds de la psyché des hommes, de leurs peurs et de leurs sentiments les plus violents. Mais aussi de ce qui les tient debout, entre rêve et désespoir. Un voyage dangereux, dont beaucoup ne réchappent pas. Plus ancré dans le réel chez Angelopoulos, plus imaginaire chez Tarkovski, mettre ces deux films en regard fait surgir des correspondances et des échos insoupçonnés. Le poète qui n’a pas assez de mots d’un côté, l’écrivain qui déteste écrire de l’autre. La quête du sens et l’impossible renoncement. Angelopoulos le matérialiste et Tarkovski le mystique se retrouvent dans leur questionnement sur l’aventure humaine dans l’amour du cinéma.

Programmation :

Vendredi 28 février à 20h : L’éternité et un jour (Théo Angelopoulos, Grèce, 1998, 2h10, vostf).

« Premier film de la trilogie des frontières, L’éternité et un jour nous embarque dans un face à face entre l’enfance -où tout peut encore se jouer- et le moment tant redouté où s’impose de faire de bilan d’une vie. Bruno Ganz, magnétique comme lui seul savait l’être au cinéma et le jeune Ahileas Skevis, dont l’instinct de survie transperce l’écran.« 

Samedi 01 mars à 20h : East of noon (Hala Elkoussy, Egypte, 2025, 1h49, vostf) – Film non distribué en France. Billetterie CSF.

« Film hybride entre satire politique burlesque et rêverie poétique, East of noon est une oeuvre inclassable d’une réalisatrice égyptienne à découvrir de toute urgence.« 

Dimanche 02 mars à 14h : Atanarjuat (Zacharias Kunuk, Canada, 2002, 2h47, vostf) – Film non distribué en France. Billetterie CSF.

« Caméra d’or à Cannes en 2001, invisible depuis en France, Atanarjuat a marqué toute une génération de cinéphiles en Europe. Il était temps de le redécouvrir après cette longue éclipse.« 

Lundi 03 mars à 20h : La Clepsydre (Wojciech Has, Pologne, 1973, 2h04, vostf).

« Film emblématique du renouveau du cinéma polonais dans les années 60/70, La clepsydre continue à nous hanter 50 ans après sa sortie par son audace filmique et visuelle, entre baroque, onirisme et satire.« 

Mardi 04 mars : RELÂCHE

« La distribution exceptionnelle du film, Isabelle Huppert et Delphine Seyrig, mais aussi Michael Lonsdale et Roger Blin pour n’en citer que quelques uns, suffit à montrer à quel point Liliane de Kermadec était considérée comme une voix qui compte dans «le cinéma différent» des années 70 (appellation de Marguerite Duras). Une cinéaste rare dans le paysage cinématographique français.« 

Jeudi 06 mars à 20h : Jauja (Lisandro Alonso, Argentin, 2015, 1h50, vostf).

« Comment faire un western qui ne ressemble à aucun autre et qui est pourtant indubitablement 100% western? Rendez-vous en Patagonie avec un officier danois cartographe et sa fille de 15 ans. Dépaysement garanti.« 

Vendredi 07 mars à 20h : Kuroneko (Kaneto Shindô, Japon, 1968, 1h40, vostf).

La beauté formelle de Kuroneko tout en épure graphique a quelque chose d’éblouissant, comme si le Noir et Blanc n’avait jamais été à ce point au service de son sujet, entre monde des vivants et monde des esprits.

Samedi 08 mars à 19h30 : Stalker (Andreï Tarkovski, URSS, 1979, 2h43, vostf) – Film non distribué en France. Billetterie CSF.

« On se sort jamais indemne d’un film de Tarkovski. Stalker nous entraîne au plus profond de nos rêves, de nos peurs et de nos désirs, là où se chevauchent conscient et inconscient, là où nous ne savons pas toujours que nous sommes. »

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