23ième Festival annuel : Vivre et voir la ville



DU VENDREDI 06 AU SAMEDI 14 FÉVRIER 2026

Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice

Notre Festival annuel : « Vivre et voir la ville« .


  • Chaque film est précédé d’une présentation et suivi d’une discussion avec le public.
  • Tous les films sont en version originale sous-titrée.
  • Présentation des films et animation des débats: Vincent Jourdan, Sylviane Socci, François Simard, Bruno Precioso et Josiane Scoleri.

Edito

La ville et le cinéma, une histoire d’amour.

On peut dire je crois sans grand risque de se tromper que le cinéma est un art urbain par définition. Il est né à la fin du XIXème siècle, avec l’essor des grandes villes qui deviendront très vite de véritables métropoles. La ville a donc servi de décor à d’innombrables films dès les tout premiers temps du Cinématographe. Mais dans notre approche pour cette sélection, nous nous sommes plutôt intéressés à la ville en tant que personnage de cinéma à part entière. C’est à dire une ville active, qui influe sur le sort des personnages, qui détermine les relations humaines, qui définit une façon d’être au monde. Mais aussi la ville, en tant qu’organisme vivant qui évolue au fil du temps et dont les mutations entraînent à leur tour une nouvelle organisation de l’espace, de nouvelles manières d’habiter ou de vivre.

Pour toutes ces raisons, la Grande Ville s’est rapidement imposée comme l’axe principal de la programmation de cette édition 2026. Et puisque nous sommes à Cinéma sans Frontières, comme toujours pour notre festival, nous avons tenté de faire un rapide tour du monde de la planète Cinéma, dans un grand écart tout en souplesse entre 1931 (M. le Maudit) et 2025 (TWST, Things We Said Today) allant de New York au Caire, de Lisbonne à Calcutta en passant par Berlin, Mexico et Rome, dans un mélange des genres entre film noir, mélo intimiste, fresque historique ou documentaire inclassable.

Un seul titre fait exception à cette série de grandes villes, c’est le film de Béla Tarr, Les Harmonies Werkmeister, tourné dans une petite ville perdue au fin fond de la morne plaine hongroise. L’hommage au maître qui vient de disparaître s’est inséré tout naturellement dans le programme. À l’opposé de la ville-mouvement ouverte à tous les vents du monde, la petite commune figée, refermée sur elle-même où le moindre cheveu qui dépasse fait figure d’événement. ( je reconnais que la métaphore est un peu osée, vu que ce qui fait irruption, ce n’est rien moins qu’une baleine!).

Nous commençons donc par un film qui est une véritable déclaration d’amour. Dans Fellini Roma (1972) Fellini raconte sa ville d’adoption. Il le fait à sa manière, entre sublime et grotesque, avec ce sens de l’observation et de l’outrance qui n’appartient qu’à lui. Des découvertes archéologiques qui ont accompagné le percement du métro au défilé de mode du Vatican, sans oublier les spectacles de cabaret de la période fasciste, nous sentons battre le cœur de celle qui était tout simplement «La» Ville dans la devise de l’Empire romain (Urbi et Orbi).

Vu le thème, le film policier ne pouvait évidemment pas manquer à l’appel. On aurait d’ailleurs pu faire tout un festival, entre films noir, thrillers, films-enquête et serial killers… Avec M, le Maudit (1931) premier film parlant de Fritz Lang, nous tenons le film noir par excellence. La ville, comme lieu de tous les excès, espace de foules anonymes et de milieux sociaux les plus divers, siège des représentants de l’ordre comme de la pègre. Tous les ingrédients dont Hollywood fera plus tard son miel sont déjà présents et se déclinent aujourd’hui encore dans une infinité de variantes. Revoir M. le Maudit, près de 100 ans après sa réalisation, nous montre une fois de plus à quel point l’expressionnisme allemand continue à être la matrice de ce genre emblématique, présent dans toutes les cinématographies du monde.

Jours d’automne (1963) est sans doute, sur le plan formel, le film le plus classique du festival. Son scénario, cependant, est des plus surprenants. La grande ville est ici le lieu qui permet de s’inventer la vie qu’on voudrait vivre, de donner le change devant les autres au risque de finir par y croire soi-même… Roberto Gavaldón reprend tous les codes du mélo et les retourne comme un gant.

La Grande ville (1963) de Satyajit Ray nous offre un autre aspect, moins fantasmé et bien plus réel de la manière dont la ville peut entrer comme par effraction dans la vie de M. et Mme Tout-le monde et changer irrémédiablement la donne. Calcutta, pourtant très peu montrée dans le film, est néanmoins omniprésente. De la maestria dans l’art d’utiliser le hors-champ.

Et puis, il y a la ville-ferment de toutes les révolutions, quand les foules jusque là anonymes se lèvent et deviennent corps collectif, dans une puissance démultipliée capable d’abattre toute les Bastilles. C’est l’ambition du film de Tamer El Saïd dans Les derniers jours d’une ville (2016), avec la conviction intime que c’est précisément la place du cinéma d’être là, en phase avec l’Histoire en train de se faire. «Le cinéma et seul le cinéma», pour reprendre les mots de Godard.

Autre aspect de la ville -et non des moindres dans le monde contemporain-, la ville-bidon, la ville de la marge qui s’invente au jour le jour portée par la nécessité. Vitalina Varela (2019) de Pedro Costa, ou la ville et l’Europe vues par une femme qui les a rêvées toute sa vie depuis le Cap Vert et qui se retrouve brusquement plongée dans l’envers du décor. Son regard constate, impassible en toutes circonstances, alors que l’œil-caméra perce le cœur des ténèbres dans un chiaroscuro digne des plus grands peintres.

Et pour finir un OFNI (objet filmique non identifié) pour parler de New York, la mère de toutes les villes des temps modernes. Loin des grands titres qui ont rendu le célèbre skyline presque plus familier que les rues de notre quartier, nous avons choisi un film de found footage, TWST pour Things We Said Today (2025) qui puise dans tous les formats, possibles et impossibles, pour saisir la vibe de la Grande Pomme au beau mitan des sixties.

Un festival où chaque film est un monde, un genre, une époque, une écriture pour essayer de rendre compte de ce phénomène singulier qui réunit pourtant les humains et les termites, les taupes ou les abeilles…

Josiane Scoleri

Programmation :

Vendredi 06 février à 20h : Fellini Roma (Federico Fellini, Italie, 1972, 2h08, vostf). Billetterie CSF.

« Un film comme une déclaration d’amour à Rome, la Ville éternelle « .

Samedi 07 février à 20h : M, le Maudit (Fritz Lang, Allemagne, 1931, 1h52, vostf). Billetterie CSF.

« Le film noir matrice de tous les polars, thrillers et autre detective stories – Berlin« .

Dimanche 08 février à 14h : TWST (Andrei Ujică, Roumanie, 2025, 1h25, vostf).

« Le film de found footage le plus inventif sur la Grande Pomme et l’esprit des sixties aux USA« .

Lundi 09 février à 20h : Jours d’automne (Roberto Galvadón, Mexique, 1963, 1h35, vostf).

« Merveille de l’âge d’or du cinéma mexicain. Le faux mélo au bord de la folie à Mexico« .

Mardi 10 février : RELÂCHE

« La ville-bidon, refuge des Cap-Verdiens de Lisbonne« .

Jeudi 12 février à 20h : Les derniers jours d’une ville (Tamer El Saïd, Egypte, 2016, 1h58, vostf).

« Le Caire, le soulèvement qui vient… peu de temps avant le « printemps« .

Vendredi 13 février à 19h30 : La grande ville (Satyajit Ray, Inde, 1963, 2h15, vostf). Billetterie CSF

« Les bouleversements induits par la grande ville dans les relations humaines. Un grand film féministes – Calcutta« .

Samedi 14 février à 19h30 : Les Harmonies Werckmeister (Béla Tarr, Hongrie, 2000, 2h25, vostf)

« Étroitesse de la petite ville de province ou « La mélancolie de la résistance ». Hommage au grand maître hongrois disparu récemment ».

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