Salvation



Vendredi 02 Octobre 2026 à 20h

Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Emin Alper, Turquie, 2026, 2h, vostf


Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.

Pour élaborer le scénario de Salvation, le réalisateur Emin Alper s’est inspiré d’un drame survenu en 2009 dans un village kurde du sud-est de la Turquie. Lors d’une cérémonie de mariage, un groupe de gardiens de village y avait massacré quarante-quatre personnes. Le cinéaste ne souhaitait pas faire une reconstitution exacte, mais s’en servir comme point de départ pour étudier les comportements humains : « Je voulais simplement prendre cet événement comme point de départ et construire une sorte de laboratoire psychologique dans lequel je pourrais observer comment la peur, la paranoïa et les luttes de pouvoir peuvent conduire une petite communauté au bord de la folie. »

Le tournage s’est déroulé dans le sud-est de la Turquie, entre les régions de Batman et de Mardin. Si Emin Alper a déniché un vieux village de pierre perché sur une colline à Batman, il manquait un élément fondamental au récit : un village voisin situé en contrebas dans la plaine. L’équipe de production a résolu le problème en filmant un second village près de Mardin, puis en le déplaçant numériquement à l’écran pour l’intégrer au paysage de la plaine.

La géographie des lieux de tournage a directement influencé l’écriture du script. La maison du personnage de Mesut, dénichée par l’équipe, était en effet une demeure singulière bordée d’escaliers labyrinthiques. Séduit par l’architecture du lieu, le metteur en scène a décidé de modifier et de réécrire plusieurs séquences sur place afin de tirer pleinement parti du décor et de l’atmosphère unique qu’il offrait aux scènes.

Interrogé sur la place qu’occupe Salvation dans son parcours, Emin Alper répond : « Je crois que ce sont mes thèmes de prédilection. J’ai toujours voulu raconter des histoires qui m’ont profondément bouleversé et qui traitent de la folie humaine et de catastrophes produites par certaines faiblesses propres à notre espèce. En tant qu’historien et cinéaste, j’ai toujours été fasciné par ces désastres que personne ne parvient à empêcher alors même que chacun en pressent l’arrivée, la tendance à attribuer son malheur à des « ennemis », la propension à désigner des « autres », souvent parmi les groupes les plus vulnérables. Ces mécanismes exigent une observation psychologique minutieuse. J’ai toujours cherché à construire de petites communautés comme des laboratoires où les relations humaines déclenchent une sorte d’effet boule de neige psychologique entraînant le groupe vers des destinations imprévues. Même si ces communautés sont petites et relativement isolées, je les ai toujours conçues comme des microcosmes, des reflets de sociétés beaucoup plus vastes. Les dynamiques que j’y décris me paraissent universelles, même lorsque les histoires sont profondément celle-ci. La chose que je redoute le plus serait que le public considère ces récits comme exclusivement turcs ».

Lorsqu’on lui fait remarquer que son film emprunte parfois aux codes du fantastique ou du western, il reconnaît qu’il a toujours eu une attirance pour le cinéma de genre. Il ajoute : « L’effet de choc et de surprise me fascine. C’est pourquoi j’utilise souvent des éléments empruntés au thriller, voire au cinéma d’horreur. Les paysages anatoliens m’incitent naturellement à convoquer l’imaginaire du western qui partage beaucoup de thèmes avec ceux qui m’intéressent : les dynamiques psychologiques d’une petite communauté, le sentiment d’être assiégé par des bandits, le combat entre le bien et le mal. Plus généralement, puisque je travaille souvent sur la peur, la paranoïa et la manière dont ces sentiments peuvent rendre folles de petites sociétés, les conventions du genre servent parfaitement mes ambitions politiques. Lorsque l’on commence à voir le danger partout, lorsque l’on sombre dans le délire, ces éléments de genre permettent de recréer la psychologie des personnages ».

Pour la musique de Salvation, Emin Alper s’est associé au compositeur Christiaan Verbeek. Les deux hommes ont collaboré très tôt, échangeant leurs propositions musicales au fil des étapes du montage avant de se retrouver à Amsterdam pour le mixage sonore. C’est au cours de leurs recherches d’ambiances à la fois entraînantes et inquiétantes qu’ils ont intégré des sonorités inédites, comme le cor tibétain, qui a transformé la couleur sonore de plusieurs séquences.

Contrairement à des tournages où l’improvisation prime sur le plateau, Emin Alper a privilégié une préparation minutieuse en amont. Toutes les scènes de débats et d’échanges d’idées entre les villageois ont été longuement travaillées à la table et répétées avec les comédiens. Ces séances de travail avant tournage ont permis au réalisateur d’affiner ses dialogues et de réécrire certaines séquences en tenant compte des retours et des propositions de ses interprètes.

Pour constituer sa distribution, Emin Alper a privilégié lors des auditions des comédiens capables de parler kurde et familiers de la région. Le réalisateur en a profité pour retrouver des visages connus, notamment Berkay Ateş (qui incarne Yilmaz). Les deux hommes avaient déjà collaboré sur le film Abluka : Suspicions en 2015, rôle pour lequel l’acteur avait d’ailleurs remporté le prix de la révélation masculine au Festival du film d’Adana.

Sur le web

« Même si sa filmographie n’est pas encore aussi reconnue que celle de son grand aîné Nuri Bilge Ceylan, le Turc Emin Alper s’est imposé dès son premier long métrage, Derrière la colline (2012), comme un cinéaste majeur explorant les mécanismes de peur et de ressentiment dans de petites communautés promptes à se construire un ennemi. Salvation, Ours d’argent au dernier festival de Berlin, creuse ce sillon de manière impitoyable, avec, comme toujours chez Alper, une mise en scène qui se nourrit à la veine du cinéma de genre… La portée de Salvation est universelle tant le film met en lumière chaque ressort psychologique, individuel et collectif de la « nécessité » d’une élimination physique du bouc émissaire… » (telerama.fr)

… Nous immergeant dans la couleur cuivrée, presque irréelle, de sa photographie, souvent nocturne, le film exploite à merveille la dichotomie entre un village haut à flanc de formation rocheuse, aux rues torturées, et un village bas situé dans la plaine, là où se situent des champs fertiles. Car entre les deux c’est un conflit qui va progressivement couver, avec le retour annoncé d’un clan venu récupérer ses terres et l’opposition grandissante de ceux dont les familles se sentaient autrefois exploitées par celui-ci…

… Le scénario s’épaissit rapidement, aidé par son brillant interprète principal (Caner Cindoruk), au regard de plus en plus habité , et tend à l’universel et à la parabole politique. Il s’appuie ainsi sur le complotisme alimenté par un homme détournant les croyances au profit de son propre pouvoir, et aborde intelligemment la notion de frappe préventive (l’un des personnages déclare notamment « finissons en avec cette guerre, avant qu’elle ne commence »), la menace terroriste devenant un instrument à d’autres fins. Il en résulte un redoutable thriller aux résonances politiques chocs très actuelles, qu’il s’agisse de parler du sujet de l’immigration, de l’utilisation belliqueuse de la religion ou de l’armement individuel. Salvation restera ainsi sans doute l’un des meilleurs films de cette année 2026. » (abusdecine.com)

… Emin Alper s’inspire ici d’un authentique fait divers survenu en Turquie en 2009, mais il serait réducteur de qualifier le film de reconstitution tant le cinéaste démontre une nouvelle fois son expertise pour faire de ces contes réalistes des paraboles universelles. Salvation n’apporte peut-être pas grand chose de très nouveau à son oeuvre, mais c’est sans doute celui de ses films dans laquelle la métaphore politique est la plus cinglante. Alper ne mâche pas ses mots et sa critique du régime turc en place lui a valu un procès qui a d’ailleurs servi d’inspiration au cinéaste germano-turc Ilker Çatak pour Yellow Letters. Avec ce terrible drame peuplé de fanatiques prêts à sacrifier leurs propres enfants au nom d’un acte de propriété fantasmé, Alper se ne contente pas de viser la Turquie. Il inclut dans son viseur les colons et les leaders fous du monde entier, des Etats-Unis à l’Iran et Israël. » (lepolyester.com)

« … Salvation est époustouflant dans sa capacité à faire monter la tension : les situations et les propos auxquels sont mêlés les protagonistes suggèrent constamment l’arrivée imminente du pire. Un huis clos quasi théâtral, dont l’atmosphère n’est pas sans évoquer La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux, confère à l’oeuvre des accents de tragédie. Une tragédie combinée à des éléments du cinéma de genre, le réalisateur n’hésitant pas à en reprendre différents codes…

… Et quand l’onirisme s’invite, à travers la présence récurrente de cauchemars chez les personnages ou les déambulations d’un enfant somnambule, le film prend une dimension troublante et fascinante. Salvation parvient en outre à dénoncer avec acuité la folie meurtrière communautaire, sans tomber dans les poncifs du genre (« La guerre, c’est pas bien »). L’une des qualités du scénario est à cet égard de ne pas prendre parti sur les motifs supposés des revendications des deux villages et de préférer montrer les conséquences d’un combat mené avec pour objectif d’éliminer l’autre camp. Au-delà de la situation des Kurdes en Turquie, Salvation pourra ainsi faire écho à de nombreux affrontements contemporains, notamment aux massacres commis par le Hamas et aux atrocités perpétrées à Gaza. Soulignons enfin que le film bénéficie de prises de vue sublimes et d’une partition musicale, notamment marquée par l’utilisation d’un cor tibétain, qui accentue avec force le cadre anxiogène… » (avoir-alire.com)

… Télescopant rêves, cauchemars, fantasmes paranoïaques et joutes verbales, le film accumule les situations de crise et fait monter crescendo la pression : un champ est incendié, une bombe explose, un enfant est séquestré, puis les tirs des fusils automatiques résonnent dans la nuit… Emin Alper maîtrise sa partition et tisse savamment sa toile, passant d’un personnage à l’autre en verrouillant, pas à pas, chaque issue de secours (on pense à The Strangers de Na Hong-jin [2016] ou, plus récemment, R.M.N. de Christian Mungiu [2022] . Le prix de cette efficacité dramatique se trouve alors sur les plans moral et politique du film, qui n’hésite pas à s’aventurer sur une pente assez glissante : oppresseurs et oppressés sont sans cesse confondus et nous sommes, en tant que spectateurs, embarqués auprès d’une communauté qui choisit de devenir bourreau pour ne plus être victime. C’est que le véritable antagonisme se trouve sans doute en réalité entre les communautés subalternes (les Hazeran, les Bezari mais aussi les Kurdes dans le hors-champ, désignés comme des « terroristes ») et l’État-nation lui-même, qui laisse les damnés de la terre régler entre eux leurs contentieux pour mieux cueillir, au petit matin, les fruits mûrs de la division. (revue-etudes.com)

« Avec Salvation, Emin Alper poursuit une oeuvre profondément politique, mais dont la portée dépasse largement le seul cadre turc. Après Burning Days (2022), le cinéaste retrouve un territoire rural isolé, les tensions communautaires et les mécanismes de la paranoïa, mais déplace encore davantage son cinéma vers le thriller et, d’une certaine manière, « l’horreur » suggestive… Le film ne montre pas seulement une communauté qui devient violente, il montre comment elle le devient. Comme dans Burning Days (qui explorait également une société masculine minée par les rapports de domination, la suspicion et la violence), Emin Alper puise dans les codes du western : les villages isolés, les rapports de force, les territoires disputés, les hommes armés, les rivalités de clans et cette impression d’un monde régi par une loi archaïque. Les paysages ruraux de l’Anatolie le lui permettent aisément. Mais le film pousse beaucoup plus loin cette logique en faisant progressivement basculer le récit dans l’horreur. Les nombreux rêves et cauchemars qui traversent le film brouillent ainsi les frontières entre réalité, croyance et hallucination. Les visions deviennent des signes que les personnages cherchent désespérément à interpréter. Le surnaturel n’est jamais complètement confirmé, et c’est précisément cette ambiguïté qui rend le film si oppressant. Alper ne cherche pas à faire peur à travers des effets horrifiques classiques : il installe une inquiétude diffuse qui finit par contaminer chaque geste et chaque parole. Le spectateur se retrouve alors dans la même position que les habitants : ne plus savoir ce qui relève du réel, de la superstition ou de la projection collective…

… Alper vise une nouvelle fois l’État turc, mais son propos ne se réduit jamais à une dénonciation nationale. La Turquie constitue le cadre historique et politique du récit ; la question posée, elle, est universelle. Ce qui intéresse Emin Alper, c’est finalement moins le conflit originel que la manière dont celui-ci est progressivement transformé en guerre. L’autre devient une menace. La rumeur devient une preuve. La superstition devient une vérité. La peur devient une justification. Et la violence finit par apparaître comme une nécessité. Le film rejoint ainsi une réflexion beaucoup plus vaste sur les mécanismes du fanatisme et de la radicalisation. C’est ce qui permet au film de faire écho à tant d’autres massacres et à tant d’autres épisodes de violence collective à travers le monde. Les noms, les territoires et les croyances changent, mais les mécanismes restent étonnamment similaires. En cela, Salvation est aussi un film sur la manipulation. Ceux qui aspirent au pouvoir savent que la peur est un formidable instrument politique. Il suffit de désigner une menace, d’exagérer le danger et de promettre une forme de « salut ». Le titre du film prend alors une dimension ironique : ceux qui prétendent sauver la communauté peuvent être précisément ceux qui la conduisent à sa perte.

La réussite du long métrage tient également à sa mise en scène et à son traitement sonore. Emin Alper possède un sens remarquable de l’espace et transforme le paysage en véritable acteur du récit. La montagne, les chemins, les habitations et les vastes étendues deviennent autant de lieux de surveillance et de menace. La photographie, dominée par les tonalités ocres, donne au film une matérialité presque poussiéreuse. Cette palette semble enfermer les personnages dans un monde desséché, privé d’échappatoire. La beauté des paysages n’a rien de rassurant : elle accentue au contraire l’impression d’isolement. Le travail sur le son est tout aussi impressionnant.

Avec Salvation, film maîtrisé, Emin Alper confirme ainsi qu’il est un cinéaste singulier, en livrant ici une fable politique sur la nature humaine, qui avance comme une tragédie dont chacun connaît progressivement l’issue sans jamais pouvoir empêcher son accomplissement. » (movierama.fr)

… Figure incontournable du nouveau cinéma turc apparu au tournant des années 2000, il appartient à cette génération forte de l’héritage critique de cinéastes comme Yilmaz Güney, et qui a émergé en parallèle à des grands noms tels que Nuri Bilge Ceylan. Emin Alper s’en distingue néanmoins par son approche plus ouvertement politique et allégorique. Historien de formation, il sait mieux que personne sublimer les récits locaux pour dénoncer les mécanismes du pouvoir, les peurs collectives, le nationalisme et l’autoritarisme. Son cinéma se situe à la croisée du réalisme social et du cinéma de genre, recourant au thriller, à la tension paranoïaque, à des atmosphères proches du western et parfois de la dystopie.

Depuis son premier long-métrage, Derrière la colline, primé à Berlin en 2012, Emin Alper s’est imposé comme l’une des figures majeures du cinéma turc actuel, en construisant une oeuvre où les communautés isolées deviennent le miroir de dynamiques politiques plus vastes. Qu’il s’agisse de la paranoïa sécuritaire dans Abluka, des rapports de domination sociale dans A Tale of Three Sisters ou du populisme dans Burning Days, chacun de ses films utilise un territoire pour mettre en lumière des tensions universelles…

… le cinéaste y poursuit avec tant d’ingéniosité son exploration des dérives autoritaires qui traversent la Turquie contemporaine tout en dépassant largement son cadre. Il s’intéresse moins à un régime autoritaire en particulier qu’aux mécanismes qui permettent aux individus de justifier l’injustifiable. Son regard embrasse ainsi les conflits qui déchirent aujourd’hui le monde, de l’Ukraine au Moyen-Orient, en passant par toutes les régions où la peur de l’Autre devient un outil de propagande politique et guerrière… Dans Salvation, derrière les affrontements entre deux clans rivaux se dessine progressivement une réflexion plus vaste sur les massacres de masse, les guerres, les épurations ethniques et les discours de salut collectif qui les engendrent…

… Ce thriller à valeur d’avertissement sans concession sur la radicalisation passe par un travail particulièrement subtil sur les symboles. L’un des plus importants concerne le motif du double, présent à de multiples niveaux du récit, amené toujours avec finesse, sans appuyer sur une interprétation. Les deux villages apparaissent comme des jumeaux ennemis. Les deux frères incarnent des visions opposées. Et l’épouse de Mesut, Gülsüm est enceinte de jumeaux, ce que lui-même voit comme une inquiétante ambiguïté. Avec malice, Emin Alper mobilise en effet une superstition locale selon laquelle le second jumeau serait l’oeuvre du diable. Cette croyance nourrit les obsessions de Mesut et contribue à brouiller sa perception du réel. Peu à peu, ses cauchemars contaminent sa vision jusqu’à devenir de véritables outils de propagande…

… Salvation impressionne par sa cohérence formelle. La géographie montagneuse est le prolongement physique des tensions qui traversent le récit. Là où Burning Days explorait un territoire horizontal, creusé de gouffres, Salvation privilégie une verticalité permanente. Les villages semblent se surveiller mutuellement. Leurs rues sinueuses bordées de maisons en pierre montent ou descendent, se terminant parfois par un à-pic. Les regards plongent vers la vallée, qui parfois paraissent s’embraser sans que l’on puisse affirmer s’il s’agit d’une hallucination, d’un véritable incendie ou simplement des lumières des habitations la nuit. Les décors et paysages gigantesques rappellent ceux des meilleurs westerns.

Toutes ces dimensions symboliques, oniriques et géographiques créent une atmosphère qui emprunte autant au cinéma d’horreur, qu’au polar et au western. Sans jamais délaisser le réalisme, Emin Alper installe un sentiment d’étrangeté croissante. Les nuits paraissent infinies, les frontières deviennent incertaines, les lumières se transforment en visions fantomatiques. On en vient à partager l’état de confusion mentale qui gagne Mesut. Le travail des directeurs de la photographie Ahmet Sesigürgil et Bariş Aygen contribue largement à cette réussite. Leurs cadrages mettent simultanément en valeur la splendeur des montagnes et l’enfermement psychologique des personnages. Quant à la musique composée par Christiaan Verbeek, mêlant percussions primitives, chants religieux et cordes menaçantes, elle accompagne parfaitement cette montée en crescendo vers la folie…

… À la fois thriller politique et étude psychologique conte les populismes et leurs conséquences dramatiques, Salvation s’impose donc comme un film impressionnant de maîtrise formelle, qui conjugue à merveille tension narrative et profondeur de sens et de réflexion. Et Emin Alper de nous rappeler que les catastrophes causées par les humains ne surgissent jamais de nulle part: elles sont précédées de récits, de peurs, de croyances et de discours qui finissent par rendre la violence acceptable. En montrant comment une communauté entière bascule progressivement dans cette logique, le cinéaste a réussi une oeuvre troublante d’actualité, puissante et d’une très grande justesse.

Il émane ainsi de Salvation une mise en garde, un signal universel, un avertissement sans concession: les mêmes mécanismes ressurgissent partout où l’Autre est présenté comme une menace, partout où l’armement est justifié au nom de la sécurité, partout où des leaders promettent le salut. » (trigon-film.org)


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