CinémAtelier



Vendredi 13 Décembre 2024 de 14H15 à 17H45 – CinémAtelier

Maison des Associations Nice-Garibaldi, Place Garibaldi (TRAM: Garibaldi)

Animation : Philippe Serve, fondateur et animateur de CSF (2002-2012)


Des anciens grands films ramenés à la mémoire à partir de résumés-montages de quelques minutes proposés par l’animateur.

Lors de cette séance :

(Terence Davies, Grande-Bretagne, 1988)

et

(Irezumi, Yasuzô Masumura, Japon, 1966)


Cette saison autour du thème :

2/5

(Ken Loach, Grande-Bretagne, 1966)

Réalisé par Ken Loach en 1966, Cathy Come Home est un téléfilm britannique qui a eu un impact considérable sur la société britannique et le paysage du cinéma social. Produit par la BBC, il est souvent cité comme un exemple emblématique du réalisme social et a joué un rôle clé dans la sensibilisation aux problèmes de logement et de pauvreté au Royaume-Uni.

Cathy Come Home appartient à la série des Wednesday Plays, ces téléfilms produits par la BBC pendant neuf ans (1969-1974), 175 œuvres uniques qui ont permis à un large éventail d’écrivains et de réalisateurs à la fin des années 1960, tels que Dennis Potter, Ken Loach, David Mercer et John Hopkins, de faire leurs débuts. Parmi les films demeurés les plus célèbres, et outre Cathy Come Home, il faut citer Up the Junction, Stand Up Nigel Barton, Vote, Vote, Vote For Nigel Barton, On the Eve of Publication et Son of Man. La série abordait souvent des questions controversées, telles que les sans-abri et l’avortement.

Le film suit l’histoire de Cathy, une jeune mère de famille qui se retrouve confrontée à des difficultés financières après que son mari Reg a perdu son emploi. Dans leur lutte pour joindre les deux bouts, le couple et leurs enfants sont forcés de quitter leur appartement. Ils se retrouvent alors dans un système de logement social qui se révèle défaillant et inhumain.

Au fil de l’histoire, Cathy et Reg font face à des épreuves de plus en plus difficiles, notamment la séparation familiale, la perte de leur domicile et le désespoir croissant qui en résulte, entraînant une lente descente aux enfers. Le film dépeint de manière poignante la dégradation des conditions de vie et les défis auxquels sont confrontées les familles vulnérables.

Cathy Come Home aborde des thèmes profonds tels que la pauvreté, la lutte pour la survie, l’aliénation sociale et l’impact du système sur les individus. Ken Loach utilise un style de narration réaliste et des performances authentiques pour créer une connexion émotionnelle avec le public. Le film est tourné avec une approche se situant dans la tradition de la grande école documentariste anglaise des années 30 et 40, ce qui renforce son impact et sa crédibilité. On ne sait jamais vraiment où se situent la fiction et la réalité, qui est acteur ou véritablement témoin. On pense forcément aux faux documentaires de Peter Watkins, The War Game (La Bombe), Privilege, Punishment Park, La Commune (Paris 1871).

Le film met également en lumière les défaillances du système de protection sociale et les inégalités qui persistent dans la société. Il soulève des questions cruciales sur la responsabilité collective envers les plus vulnérables et la nécessité d’une réforme sociale.

Cathy Come Home a eu un impact profond sur le public et a suscité nombre de débats sur les problèmes de logement au Royaume-Uni. Il a contribué à sensibiliser l’opinion publique et a été un catalyseur pour des changements dans les politiques sociales. Il est souvent cité, comme dit précédemment, comme l’une des œuvres les plus importantes de la télévision britannique.

Cathy est magnifiquement interprétée par Carol White, que l’on retrouvera l’année suivante dans le rôle principal du premier long métrage de Loach, Poor Cow (Pas de larmes pour Joy en VF) au côté de Terence Stamp. Quant à Reg, il est joué par Ray Brooks qui avait triomphé l’année précédente à la tête de la distribution de The Knack… and How to Get it (Le Knack… et comment l’avoir), réalisé par Richard Lester et Palme d’Or au Festival de Cannes 1965. Deux des trois enfants de Cathy sont ceux de Carol White, renforçant encore l’impression de réel.

Ken Loach, en tant que réalisateur, a continué à explorer des thèmes sociaux tout au long de sa carrière, et Cathy Come Home reste l’un de ses films les plus mémorables. Il est considéré à juste titre comme un classique du cinéma engagé, et il continue d’inspirer des générations de cinéastes et de militants.

Philippe Serve.


(Neuvième saison)

L’ÂGE D’OR

(1930-1939, 5e partie)

LE RÉALISME POÉTIQUE (Suite)

MARCEL CARNÉ

(Deuxième partie)

Après sept séances consacrées à l’immense — et trop souvent sous-estimé — Julien Duvivier, le CinémAtelier a entamé lors de son dernier rendez-vous l’étude d’un autre géant de l’époque, figure fondamentale du cinéma français et mondial, et comme Duvivier l’un des plus parfaits représentants du Réalisme poétique : Marcel Carné.

Nous avions vu que, cadet de dix ans de Duvivier, Marcel Carné (né en 1906) se passionna pour le cinéma dès son plus jeune âge. Il débuta dans le métier comme assistant de Jacques Feyder, sous les bons auspices de l’épouse de ce dernier, l’actrice et grande vedette des écrans de l’époque, Françoise Rosay. Carné participa ainsi à trois œuvres majeures de Feyder : Le Grand Jeu (1934), Pension Mimosas (1935) et La kermesse héroïque (1935).

Il s’était auparavant essayé dès 1929 à un court métrage de quinze minutes — sur lequel nous nous étions penchés lors de cette séance du mois d’octobre —  : Nogent, Eldorado du Dimanche.
Cette première réalisation s’inscrivait dans un genre très prisé de la décennie, celui des films, courts, moyens et longs métrages de type documentaire peignant la réalité des citadins et dénommés souvent « Symphonies urbaines », tels que Manhatta (Charles Sheeler et Paul Strand, USA, 1921), Rien que les heures (Alberto Cavalcanti, France, 1926), Berlin, symphonie d’une grande ville (Walther Ruttman, Allemagne, 1927), Études sur Paris (André Sauvage, France, 1928), Un Rayon de Soleil (Jean Gourguet, France, 1929), et bien sûr L’Homme à la caméra (Dziga Vertov, URSS, 1929, le plus expérimental). Quelques films de fiction aux intrigues réduites se rattachèrent aussi très directement au genre. Ainsi, Paris qui dort (René Clair, France, 1924) ou les embléma- tiques Lonesome (Solitude, Paul Fejos, 1928) et Les hommes le dimanche (Robert Siodmak, Allemagne, 1929)… Le cinéaste canadien Guy Maddin s’inspirera bien plus tard de ces symphonies urbaines pour son excellent My Winnipeg (2007).

Il faudra ensuite — après son apprentissage en tant qu’assistant-réalisateur auprès de Feyder, mais aussi de Richard Oswald (Cagliostro, 1929) et René Clair (Sous les toits de Paris1930) — attendre sept ans et 1936 pour voir Carné tourner son premier long métrage, dont nous montrerons de larges extraits : JENNY.

Jenny(1936)

Le mélodrame a quelque peu vieilli sans doute, mais il demeure marqué par une réalisation déjà maîtrisée, et une solide distribution avec cinq interprètes majeurs de l’époque : Françoise Rosay, Albert Préjean, Charles Vanel, Lisette Lanvin, Jean-Louis Barrault, auxquels on peut rajouter dans des seconds rôles Robert Le Vigan, Sylvia Bataille, Roland Toutain…

Il s’agit aussi de la première collaboration de Carné avec Jacques Prévert, co-auteur avec Jacques Constant des dialogues et de l’adaptation du roman de Louis Ribaud, La Prison de Velours, publié deux ans plus tôt. Joseph Kosma participa également à la composition de la musique du film… 

Prévert, Kosma, deux noms qui resteront associés aux futurs chefs d’œuvres de Carné sur lesquels les prochaines séances du CinémAtelier se pencheront. 

Et pour commencer, l’irrésistible chef d’oeuvre de nonsense (et pour cause, puisqu’adapté d’un roman anglais signé J. Stoter Clouston) : DRÔLE DE DRAME (1937).

Qui ne connaît et revoit toujours avec la même délectation la mythique scène du dîner au canard à l’orange entre le bégayant Irwin Molyneux (Michel Simon) et son implacable cousin, l’évêque Archibald Soper (Louis Jouvet), ponctué par le « Bizarre, bizarre…Vous avez dit « bizarre » ? Comme c’est bizarre… » ?

Des extraits du film, dont celui-ci bien sûr, seront également montrés à cette séance.

DRÔLE DE DRAME est comme une immense bouffée d’air frais et de rire avant l’enchaînement de CINQ chefs d’oeuvre dramatique – appréhendés lors des prochaines séances : LE QUAI DES BRUMES (1938), HÔTEL DU NORD (1938), LE JOUR SE LÈVE (1939), LES VISITEURS DU SOIR (1942), LES ENFANTS DU PARADIS (1945).

Drôle de drame (1937)


La troisième séance (3/5) du CinémAtelier pour cette saison 2024-2025 aura lieu le Vendredi 14 février 2025, même heure et même lieu.

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