Deux jours pour Gaza : Voyage à Gaza et À Gaza



Samedi 18 Octobre à 19h et Dimanche 19 Octobre 2025 à 17h

Théatre Ouest du 109, 89 Rte de Turin 06300 Nice.

Films documentaires de Piero Usberti, Italie, 2024, 1h07, vostf et de Catherine Libert, Palestine, 2024, 1h42, vostf


Voyage à Gaza

À Gaza, il faut arriver le soir au printemps, s’enfermer dans sa chambre et écouter les sons qui entrent par les fenêtres ouvertes… Nous sommes en 2018. J’ai 25 ans et je suis un voyageur étranger. Je rencontre de jeunes palestiniens de mon âge.

Originaire de Toscane, Piero Usberti a suivi une formation théâtrale au Teatro della Pioggia de Sienne. Interprète au cinéma dans plusieurs films de fiction, il obtient une licence de philosophie à l’Université de Turin (2017) et réalise un premier film documentaire sur cette ville (Un altro giorno, 2018). S’inscrivant dans un programme d’échange universitaire avec la Palestine mis en place par son père, il passe trois mois à Gaza au printemps 2018.

« … Pour son documentaire qui relate son séjour à Gaza en 2018 et ses rencontres avec de jeunes Palestiniens, Piero Usberti (dont on entend le récit en voix off) convoque en ouverture une pièce de percussions de Steve Reich (Drumming – Part I & Part II), une oeuvre phare du minimalisme musical, explorant des motifs rythmiques simples qui se développent progressivement à travers des variations. Ces notes percussives répétées donnent une impression d’un rythme hypnotique et le sentiment d’une urgence. Après cette entrée en matière, la musique s’absente au coeur des images de gaza et des témoignages. La musique revient clore ce documentaire poétique et édifiant par le blues de Odetta (Sometimes I Feel Like a Motherless Child), chant traditionnel afro-américain qui évoque les thèmes de la perte et de la résilience. » (cinezik.org)


Notre Critique

par Josiane Scoleri

Voir Voyage à Gaza, déjà au moment de sa sortie, il y a un an – et encore plus aujourd’hui après deux ans de guerre où l’horreur s’est ajouté à l’horreur jour après jour – c’est a contrario prendre la mesure de ce qu’était la vie à Gaza avant cette 2ème Naqba. Et pourtant, en 2018, au moment où Piero Usberti essaie de saisir la réalité qui s’offre à lui, ça fait déjà 12 ans que Gaza est sous blocus total, à la fois terrestre, aérien et maritime. 12 ans que vivre, c’est survivre, suffoqué par l’étau du triple siège dont parle Ali dans le film, celui des Israéliens, celui de l’Autorité Palestinienne et celui du Hamas… En dépit de toutes les difficultés, de l’enfermement, de la surveillance perpétuelle, du manque de liberté et de la menace latente d’une énième guerre, il se dégage néanmoins du film un sentiment de grande tendresse. Beauté des visages qui ont quelque chose d’antique. Douceur du regard, du sourire, douceur jusque dans les paroles et les éclats de rire de tous les jeunes gens que nous rencontrons dans ce Voyage à Gaza. C’est une sensation étrange qui ne laisse pas d’interroger le spectateur, dans une sorte de grand écart permanent entre la dureté de ce qui nous est raconté et la pulsion vitale qui transparaît dans le moindre geste, la soif de connaissance, la soif d’ailleurs, la certitude absolue de la justesse du combat. Une détermination tranquille et tourmentée à la fois.

Piero Usberti prend soin de poser le cadre dès le départ avec des paroles claires qui racontent sans détours à la fois le présent et l’Histoire, la mort du jeune photographe gazaoui, Yasser Mortaja, qui vient d’être abattu par un sniper et 1948. La voix est posée, retenue, mais l’émotion est là, qui affleure. Les convictions aussi. Lorsqu’à 8’30’’, le titre du film apparaît à l’écran, nous savons déjà très précisément où nous nous situons, prêts à rencontrer Sara, Jumana, Mohanad et les autres. Et puis, bien sûr, ce qui rend la vision de ce film si puissante, c’est l’ombre portée du présent qui est collé à nos rétines depuis deux ans. Un hors-champ colossal où pendant toute la durée du film, nous avons un pied – ou un oeil – en 2018 et l’autre en 2025. Qu’à chaque rencontre, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander; Est-il encore vivant ? A-t-elle réussi à partir à temps ? Pour les lieux, les cafés, les écoles, les centres culturels que nous découvrons à l’écran, nous ne nous posons même pas la question, nous savons bien qu’ils n’existent plus, qu’ils ne peuvent plus exister, emportant dans les décombres tout un mode de vie. Cela crée en nous une tension constante qui contredit le sentiment de douceur évoqué plus haut et qui rend les personnages encore plus attachants. La caméra elle-même participe de cette sensation, comme une suspension fragile qui peut voler en éclat à tout moment. Elle nous transmet toute la curiosité du réalisateur qui a 25 ans au moment du tournage. On sent qu’il déploie ses antennes, ouvre grand les yeux et le coeur pour essayer de comprendre comment vivent des jeunes de son âge dans cet autre monde. C’est précisément ce que peut – entre autre – le cinéma. Et ici, en plus, il redonne ses couleurs à Gaza, un lieu où les champs sont verts et les fraises bien rouges comme partout ailleurs, où le soleil qui se couche sur la mer embrase l’horizon. Et nous regardons, presque incrédules, ces murs blancs peints à la chaux qui reflète toute la lumière de la Méditerranée, si loin du gris omniprésent qui recouvre aujourd’hui la terre, les êtres, jusqu’au ciel lui-même.

Le film chemine ainsi entre voix off classique et dialogues impromptus. Toutes les images de Voyage à Gaza sont chargées de sens, sans jamais le moindre pathos, dans un tempo tranquille et pourtant sans temps mort. C’est étonnant tout ce que le film réussit à nous dire en à peine plus d’une heure dans une imbrication serrée entre le politique et l’intime, quasiment une soudure. Les plans sur le bord de mer nous disent l’interdiction d’aller pêcher à plus de 3 à 6 miles de la côte, les champs d’oignons montrent la zone interdite près du mur où un pas de trop peut signifier la mort. Et en même temps, un couple de jeunes mariés s’est rencontré sur Facebook, lui Palestinien, elle Algérienne. Les réseaux sociaux et la mondialisation sont bel et bien là, à Gaza comme ailleurs. Un jeune homme risque la prison pour pouvoir lire Karl Marx et Gramsci, comme sous tant d’autres latitudes.

Le montage tisse ainsi le film dans ces allers retours où des visages et des silhouettes nous deviennent familiers. Et puis, tout d’un coup, aux deux tiers du film environ, «La grande marche du retour» fait irruption dans le quotidien. 2018-1948, 70 ans que le passé continue à irriguer le présent et à le sur-déterminer. Là encore, les images font écho au présent, en moins pire, ça va de soi, mais c’est toujours la même logique de domination totale, de démonstration de force écrasante, la même rhétorique sécuritaire qui tire sur tout ce qui bouge, hommes, femmes et enfants. En face, les mains nues – au maximum des pierres et peut-être quelques cocktails Molotov – la voix et la détermination qui ne suffisent pas à arrêter les balles. Et pourtant les Gazaouis continuent encore et toujours à se tenir debout, à se relever envers et contre tout. Si le mot résilience a eu un jour un sens, il est incarné par les Palestiniens Ce n’est pas par hasard que la plus grande flottille qui a tenté de briser le blocus à ce jour, s’appelait justement «Sumud». Comme le rappelle la fois off du réalisateur, l’appellation traditionnelle de Gaza en arabe c’est «Gaza djamila», Gaza la belle, comme on dit chez nous «l’Île de beauté» pour parler de la Corse. Mais le nom même de Gaza dont l’histoire remonte quand même à plus de 5000 ans signifie depuis lors quelque chose comme force et fierté. Nous nous en rendons compte tous les jours.

Sur le Web

« … Le réalisateur franco-italien s’attache à capter, par bribes, la beauté des lieux, le bruit des vagues ou la magie de ce petit café où se retrouvent les amoureux. Choc de l’Histoire et des agendas, le montage du film, tourné en 2018, s’est achevé une semaine avant le 7 octobre 2023. Dans l’enfer de la tragédie actuelle, ces images appartiennent irrévocablement au passé. C’est la force douloureuse et amère du film, qui nous entraîne dans un monde aujourd’hui anéanti. » (telerama.fr)

« … Après avoir réalisé un premier documentaire Un altro giorno, consacré à la ville de Turin, le jeune réalisateur souhaite à nouveau s’atteler à la découverte d’une ville. Gaza aura sa préférence. Et pour la raconter, il imagine une série de rencontres et d’entretiens avec des jeunes gens de son âge, pour comprendre leur façon de vivre, aspirations, espoirs, pour en rendre compte.

Tout en déclinant en fil rouge les vicissitudes de cette partie du monde depuis la fin du mandat britannique sur la Palestine et la création de l’État d’Israël jusqu’à «la marche du retour», vaste mouvement de protestation qui fit quelques morts (dont le photographe Yasser Mortaja) et de nombreux blessés en mars 2018, le réalisateur s’arrête sur toute la beauté du lieu : les terres fertiles plantées d’oliviers, la mer sur laquelle le soleil se couche, les plages, l’étendue des champs de fraises. Des territoires situés sur le littoral méditerranéen, coincés entre l’Égypte et Israël, surveillés en permanence par des drones et entourés d’une clôture de haute sécurité qui forme l’une des frontières les plus infranchissables du monde. Car si les infrastructures routières, les enfants sur les manèges, la présence de magasins laissent planer l’illusion d’une vie ordinaire, l’économie, contrôlée par Israël, est exsangue, le travail rare (sans aucune possibilité de sortir pour en trouver ailleurs), l’eau et l’électricité restreintes. Une voix off, délibérément partisane, nous emmène à la rencontre de Sara, humanitaire aujourd’hui réfugiée à Milan, Mohmad, grand collectionneur de livres, et Jumana, devenue journaliste, et de quelques autres, tous tiraillés entre révolte d’être injustement emprisonnés, refus des traditions et rejet du Hamas. Pourtant, et c’est la toute la force du texte, point de plaintes. Juste un amour/haine pour ce pays si vigoureux et si plein de ressources qui est le leur sans vraiment leur appartenir. Malgré l’enfermement permanent, derrière la lassitude et les rêves d’évasion subsistent les rires, les aspirations universelles et surtout une force de résistance exceptionnelle. Voyage à Gaza ne se contente pas d’être un projet cinématographique abouti. Il a l’immense mérite de figer dans le temps le bourdonnement d’une ville, aujourd’hui réduite à néant. » (avoir-alire.com)

 » Présenté au 46e festival international du film documentaire, le film de Piero Usberti montre avec justesse la vie des Palestiniens de Gaza coincés dans une prison à ciel ouvert. Il capture des images de la jeunesse palestinienne en 2018, lors de la mort du journaliste palestinien Yasser Mortaja tué par une balle de l’armée israélienne. Il couvrait la « marche du retour« , un mouvement de protestation civile lancé le 30 mars 2018 dans la bande de Gaza pour dénoncer le blocus israélien et réclamer le « droit au retour » des réfugiés palestiniens. En salles le 30 octobre 2024. Dans Voyage à Gaza, on découvre ce qui a motivé ces manifestations. On découvre surtout un autre visage de Gaza, à hauteur d’hommes et de femmes. Le point de vue du réalisateur Piero Usberti fait la force du film. Son regard est celui d’un jeune réalisateur italien de 25 ans qui découvre Gaza pendant trois mois, au moment de tourner son film. Sa distance devient un atout. Même s’il dénonce les violences d’Israël envers les civils palestiniens et les privations de droits qu’ils doivent endurer, la réalité transparaît d’elle-même. L’état de siège, la pauvreté, le manque d’eau et d’électricité, la déshumanisation, l’instrumentalisation du terrorisme mais aussi le poids des traditions marquent les Gazaouis prenant la parole dans le film.

«Les Palestiniens n’oublient rien. Le plus précieux, c’est leur mémoire», dit Piero Uberti en italien au début de son documentaire. Sa voix off nous guide pendant plus d’une heure dans le quotidien de Sara, 25 ans, humanitaire dans une association, Mohanad mordu des livres de Marx ou Jumana, aspirante avocate. Piero Usberti souligne le paysage paradoxalement beau de Gaza : les terres sablonneuses, la mer, les sublimes couchés de soleil et surtout la chaleur humaine qui en émane. Il montre des endroits rarement filmés comme les champs de fraises bio de Beit Lahiya longeant la frontière entre Gaza et Israël, près desquels les Israéliens larguent des missiles et empoisonnent les cultures avec du gaz. «Gaza signifie orgueil», précise Piero Uberti. L’orgueil chez les Gazaouis, c’est de rire, de relativiser les horreurs qui traversent leur quotidien. » (franceinfo.fr)

« Voyage à Gaza de Piero Usberti est un chant du cygne scintillant d’une étrange poésie funeste et crépusculaire. Il saisit quelque chose du temps précédant la destruction effective et toujours déjà annoncée des territoires palestiniens. À travers son journal filmé, qui n’est jamais autocentré et qui offre au contraire un saisissant contrechamp aux images médiatiques du conflit, Piero Usberti répond aussi à l’invitation de Jean-Luc Godard à brouiller les frontières entre la fiction qui serait le moyen d’expression d’Israël et le documentaire celui des Palestiniens. Le cinéma n’a pas manqué son rendez-vous avec l’Histoire en se mettant au chevet de Gaza et de tous les territoires palestiniens qui ont subi les violences de l’État d’Israël après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Les images n’ont pas tardé à rapidement circuler sur les réseaux sociaux et à la télévision, pour constituer un très large éventail de témoignages sur les crimes israéliens. Si le cinéma a donc pu témoigner dans la simultanéité des faits et ne pas manquer le bon wagon, que ce soit à travers cette visibilité frontale donnée au conflit ou avec des films tournés sur place ou exploitant le réservoir d’images disponibles, deux films documentaires, dont le sujet n’est pas la guerre qui dévaste en ce moment les territoires palestiniens puisqu’ils ont été tournés avant le 7 octobre, ont pourtant marqué les esprits malgré leur léger anachronisme médiatique : No Other Land (Basel Adra, Hamdan Ballal, Yuval Abraham et Rachel Szor) et Voyage à Gaza (Piero Usberti). Soit deux films majeurs qui, par leur décalage avec la tragique actualité du conflit, ont réussi à parler avec le plus de finesse, de justesse et de dignité de la lutte palestinienne pour sa reconnaissance. Deux films-momies, pour reprendre l’expression d’André Bazin, qui convoquent comme tout film digne d’intérêt de l’invisible et des virtualités. Si le cinéma n’a pas raté son rendez-vous avec l’Histoire, c’est parce que son éthique a été reconduite, au-delà de sa capacité première et nécessaire à enregistrer les faits. Nous savons que Gaza a été détruite mais nous savions moins ce qui s’y passait avant et de quelle manière la ville peuple le coeur de ses habitants (Voyage à Gaza). C’est ainsi un journal filmé, celui de Piero Usberti, qui nous le révèle et qui en dit plus que n’importe quelle image qui n’est pas remise en perspective ou pensée dans une forme de montage. Nous connaissons les images des bulldozers israéliens qui ratissent des villages en Cisjordanie mais les avions-nous déjà vues dans un tel contexte et aux côtés de ceux qui résistent depuis des décennies (No Other Land) ? Les terribles images qui circulent dans les médias sont le nécessaire champ qui appelle un contre-champ tout aussi essentiel que seul le cinéma peut apporter… Voyage à Gaza se déroule quant à lui juste avant la guerre du 7 octobre 2023. Un panneau à la fin du film précise que le montage s’est terminé quelques semaines avant le début du conflit, transformant rétrospectivement le film de Piero Usberti en une sorte de chant du cygne de Gaza scintillant d’une étrange poésie funeste et crépusculaire, qui est peut-être une des seules formes de poésie possibles sur les territoires palestiniens. Voyage à Gaza en saisit les lambeaux, juste avant la destruction effective et toujours déjà annoncée. Voilà un exemple de contre-champ d’une guerre que peut apporter le cinéma, et qui permet de saisir une forme de quotidien quand certaines images boucheraient tout travail sur le sens. Car ces images-là ne portent pas moins de traces du réel qu’un plan de Gaza détruite par les bombes…

… Le film de Piero Usberti parvient à capter ce terrible contraste entre une beauté poétique funeste et une clôture des possibles, soit un monde profondément enclavé qui a tout d’un petit enfer si on ne s’invente pas des petits refuges. Une des facettes de l’horreur du conflit israélo-palestinien prend cette apparence-là : celle du contrôle des horizons et de l’appropriation des représentations. Un contrôle qui impose une nuit généralisée. Résister face aux colons israéliens, ce que font tous les protagonistes du film, va ainsi de pair avec une « pratique fictionnelle » qui se révèle proche de la beauté là où elle brille encore et même si celle-ci est crépusculaire, à l’image de ce garçon qui se perd en mer avec son cheval, vers on ne sait où, vers on ne sait quoi, ayant trouvé un petit quelque chose qui permet de tenir et d’espérer alors que la fuite, à tous les niveaux, est impossible. » (rayonvertcinema.org)

« En 2018, entre deux guerres, celle de 2014, et celle de 2024, Piero Usberti, réalisateur, était à Gaza. Le but de son voyage : rencontrer la diversité d’une société… Des rêves, des images, des vies, des visages de celles et ceux dont on parle tant en ce moment et que pourtant l’on connaît si peu. Ces existants, ce sont celles des Gazaouis qu’un film documentaire intitulé Voyage à Gaza raconte avec sensibilité et proximité. Piero Usberti explique son projet : « L’envie principale qui m’a poussé au départ vers ce pays. C’était de découvrir cette jeunesse, donc de rencontrer des gens de mon âge. Moi, j’avais 25 ans à l’époque. Des rencontres m’ont permis de nouer des amitiés assez rapidement avec ces personnes qu’on voit dans le film et qui m’ont ensuite amené dans leur quotidien qui s’est rapidement teinté d’une portée très politique parce que 15 jours après mon arrivée à Gaza, c’était le début inattendu la « grande marche du retour », en 2018… »  » (radiofrance.fr)

« Le documentariste italien Piero Usberti filme Gaza avant les événements tragiques du 7 octobre 2023 et le début du conflit actuel. L’enclave palestinienne, désormais écrasée sous les bombardements, se dévoile à travers les images d’une ville meurtrie et les témoignages d’habitants exprimant leur appartenance à un peuple emprisonné et privé d’une terre qui leur est due. Alors que la guerre au Proche-Orient s’intensifie, ce documentaire poignant montre une population prise au piège.

Alors que le conflit ne cesse de s’intensifier, ce documentaire arrive à point nommé, expliquant comment un peuple s’est retrouvé dans ce qui est véritablement une prison à ciel ouvert. La bande de Gaza est un bout de terre créé par Israël pour contrôler quotidiennement les personnes qui y vivent. À l’intérieur de ce petit territoire, les habitants survivent dans une atmosphère quasi-carcérale, où tout est surveillé par des drones qui survolent la ville en permanence. Les témoignages sont précis : les habitants racontent leurs vies confinées, enfermées derrière des barbelés. Voyage à Gaza donne la parole aux Gazaouis, qui expriment leurs aspirations déçues et leur quête d’un avenir qui semble pourtant sans espoir. Le documentaire montre à quel point Gaza est devenue cette prison que tout le monde voit dans les médias, mais que peu connaissent vraiment. En réalité, toute la bande de Gaza est connue pour les guerres successives, les Intifada, les répressions, mais elle n’a jamais été filmée comme dans l’oeuvre de Piero Usberti. Si la présence d’hôpitaux, de magasins ou de routes laisse croire à une existence normale, la situation économique est rarement abordée. Israël contrôle cette économie désastreuse d’une poigne de fer, volontairement conçue pour étouffer la population. Les témoignages vont tous dans ce sens : peu de travail, manque d’investissements, distribution d’eau contrôlée par les autorités israéliennes.Voyage à Gaza est un documentaire édifiant sur une terre où Israël a créé un véritable ghetto. La population y est soumise à une surveillance per manente, souvent violente.

«Quand le son des drones cesse, on a peur. » Ce témoignage d’un jeune homme en dit long sur l’atmosphère angoissante qui règne dans l’enclave. D’autres propos recueillis dressent un tableau alarmant de ce qui est perçu comme une forme de soumission : seulement quatre heures d’électricité par jour, une présence israélienne omniprésente sur les hauts murs qui entourent la ville et interdisent toute sortie. Toute tentative d’évasion est impossible. Les cultures sont surveillées. Tout ressemble à une sinistre télé-réalité. Le voyage proposé par Piero Usberti est dur, et les images témoignent du climat liberticide auquel les Palestiniens sont soumis. Chaque parole, émouvante, décrit des tranches de vie rythmées par la lassitude et l’envie de découvrir le monde. Le documentaire, volontairement empreint d’une grande partialité, met en avant les droits légitimes d’une population qui revendique cette terre. Voyage à Gaza prend également la forme d’un livre d’histoire, expliquant les événements passés, de la création de l’État d’Israël à la Grande Marche du retour. Cette manifestation commémorant la Nakba (l’exil palestinien lors de la première guerre israélo-arabe) a pris une tournure tragique en 2018 avec la mort de plusieurs manifestants. Voyage à Gaza démontre une force exceptionnelle, et doit être vu pour saisir et analyser le contexte actuel. » (movierama.fr)

« Assemblé à partir d’images anciennes juste avant les attentats perpétrés par le Hamas le 7 octobre et les attaques menées en retour par l’armée israélienne, le récit de Piero Usberti ne se prétend pas neutre : les rencontres du cinéaste avec les Gazaouis informent nécessairement sa vision. Mais son point de vue reste celui d’un étranger, qui fait de sa distance avec la situation une force. Il nous invite à tout reprendre à zéro, posant les données de base constitutives de Gaza : la Naqba, l’état de siège, le manque d’emplois et d’électricité, l’instrumentalisation du terrorisme de quelques-uns pour soumettre tout un peuple, le poids des traditions. Si Piero Usberti dénonce les violences d’Israël envers les civils palestiniens, les privations de droits qu’ils doivent endurer, transparaissent surtout au fil de son voyage des aspirations universelles, que la situation particulière de la région ne fait qu’exacerber. À rebours des comptes-rendus médiatiques qui généralisent à l’excès, le film égrène des rencontres avec des jeunes gens dont il sait mettre en avant la singularité : Sara, humanitaire, Mohanad, communiste convaincu, Jumana, aspirante avocate… Le texte sensible mais sans emphase qui guide le récit revient toujours à l’émotion du narrateur, modeste humain parmi les humains. C’est à cette hauteur qu’apparaît avec le plus de clarté une vérité incontestable et pourtant trop facilement oblitérée : le respect dû à toute vie humaine. » (film-documentaire.fr)


À Gaza

Mahmoud, jeune chirurgien, témoigne en direct de la destruction de l’hôpital dans lequel il travaille comme urgentiste à Khan Younés, et filme la débâcle de son évacuation. Motaz, dans son lourd gilet pare-balle bleu marine dont les inscriptions blanches « press » ne le protègent plus des tirs des snipers, sillonne Gaza dévastée, caméra au poing, pour honorer sa fonction de journaliste. En suivant ces deux personnages pendant 90 minutes, c’est la « guerre » vue de l’intérieur que nous livre « À Gaza », à l’instant T, quelques semaines après le 7 octobre jusqu’en avril 2024.

Catherine Libert est née en avril 1971 à Liège, en Belgique. Diplômée en réalisation cinéma à l’INSAS à Bruxelles, elle tourne son premier court-métrage Dans le noir dans des conditions classiques de cinéma de fiction 35 mm. Malgré le bon accueil que reçut ce premier film, elle se rend compte que son cinéma n’est pas à cet endroit. Elle entame alors un parcours plus autonome en réalisant deux long-métrages documentaires Benjamin, portrait d’un départ et Nul ne sait ce que peut un corps. Elle réalise ensuite son premier long-métrage de fiction Un été avec Sébastien Koeppel (qui a signé l’image de tous ses premiers films) tourné en super 8 Kodachrome. Elle participe également au travail de restauration et de diffusion des films inédits de Pierre Clémenti. En 2009, elle rencontre Stefano Canapa qui deviendra son compagnon de route des «Chemins de traverse», une série de documentaires dédiés au cinéma indépendant en Italie. Le projet se met en place et profitant du fait que la cinémathèque de Paris leur laissait carte blanche pour projeter un premier portrait de cinéaste, ils tournent rapidement et avec un budget dérisoire le premier épisode de la série: Les champs brûlants. Tourné entre Rome et Naples et consacré au cinéma de Beppe Gaudino et Isabella Sandri, ce premier épisode a reçu un très bon accueil du public : sélectionné au festival de Locarno et au festival du Cinéma du réel à Paris, mais également reconnu au festival de Turin 2010 où il a reçu le prix spécial du jury. Elle est également monteuse de plusieurs films tels que Le Dos Rouge de Antoine Barraud (2015), Le portrait interdit de Charles de Meaux (2017), L’instant infini de Douglas Beer (2019), Libre de Michel Toesca (2018), Le regard de Charles de Marc de Domenico (2019), Le c?ur du conflit de Judith Cahen et Masayasu Eguchi (2020), Navigators de Noah Teichner (2023).


Notre article

par Josiane Scoleri

Le film de Catherine Libert se présente comme un cas à part parmi le petit nombre de films qui osent affronter le réel de Gaza et qui sont sortis en salle ou dans les festivals depuis quelques mois. Le réel, c’est la guerre, cette guerre d’extermination, de nettoyage ethnique, ce génocide qui se passe sous nos yeux, littéralement sous les yeux du monde entier depuis deux ans. À Gaza est une exception d’abord parce que c’est un film de montage, fabriqué entièrement à partir d’images filmées par les Gazaouis eux-mêmes pendant les 6 premiers mois de la guerre, Ensuite et surtout, c’est un film qui prend le parti du cinéma, de ce que «seul le cinéma» peut faire, comme disait Godard, à partir – qui plus est- d’images qui ne lui étaient pas destinées au départ. C’est un pari risqué. Le pari de sortir de la sidération dans laquelle nous sommes plongés dans une espèce de somnambulisme délétère, de cauchemar éveillé, dont nous n’arrivons pas à émerger.

Le film de Catherine Libert est une injonction, une injonction claire et nette à sortir de la léthargie, à cesser de nous abriter derrière
notre «pauvre petite sensibilité», face à tant d’images insoutenables. À Gaza est là pour sonner le tocsin. Pour nous dire que ces images, il va bien falloir que nous arrivions à les soutenir. Parce que c’est précisément le minimum que nous puissions faire. Quand on ne peut rien faire d’autre, on peut malgré tout faire ça, regarder des images, les regarder vraiment, s’en imprégner, les ressentir au plus profond de nous, non pas par masochisme, mais juste par décence. Et c’est là que le cinéma entre en jeu. C’est là que le film se déploie pour nous absorber dans l’image, pour nous tenir, pour nous ferrer, pour nous faire respirer l’image. On ne peut pas cliquer et passer à autre chose. Godard avait coutume de dire que «la différence entre la télé et le cinéma, c’est qu’à la télé, on baisse les yeux, alors qu’on cinéma on les lève». Que dire de nos téléphones portables sur lesquels nous sommes littéralement courbés à longueur de journée ? Comment élever le regard ? Comment prendre réellement la mesure de ce que ces images veulent dire ?

Si Catherine Libert réussit son pari, c’est qu’elle n’a pas de doute sur la fonction même du grand écran, de la durée propre au film et de l’émotion collective qui se dégage d’une projection en salle. En un mot l’infrastructure même du cinéma, préalable nécessaire au film lui-même. À partir de là, nous prenons conscience que ces images, ces mêmes images qui ont pourtant circulé sur les réseaux dits «sociaux» pendant des mois, nous les voyons véritablement pour la première fois. Comme quoi, c’est possible. C’est possible, parce que ces images nous les voyons par le prisme du Cinématographe, grâce au regard et à la sensibilité d’une cinéaste qui nous sert de passeuse en ces eaux troubles. Une passeuse solide sur laquelle nous allons pouvoir nous appuyer. Et nous sentons bien que nous sortis grandis de l’épreuve, renforcés dans notre capacité à faire face. Cette force, c’est exactement ce dont nous avions besoin et où nous savons désormais que nous pourrons puiser à chaque fois que ce sera nécessaire. C’est à dire souvent, de plus en plus souvent face aux nuages qui s’amoncellent de toutes parts. Y compris chez nous, soyons en sûrs. Parce que la fameuse identification aux personnages, moteur même du cinéma, sert justement à ça, à nous faire découvrir des choses de nous-mêmes que nous ignorions jusqu’ici ou dont nous n’avions pas encore conscience. À condition bien sûr que le film ne cède pas à la manipulation indigne, ce qui arrive plus souvent qu’à son tour. Il ne s’agit pas d’oublier que l’industrie du cinéma, c’est d’abord un business qui doit rapporter et que c’est plus facile en jouant sur la fameuse corde sensible (cf plus haut…).

À ce propos, il n’est pas anodin de souligner que À Gaza a été entièrement réalisé, monté, produit de façon bénévole. Tout est dit sur la question. Enfin, encore un mot sur la bande-son du film. Sur le tout premier plan du film, un plan fixe sur le bleu de la Méditerranée, nous commençons par entendre la voix claire de la réalisatrice elle-même nous raconter un rêve où il suffit de tirer sur le fil de la Palestine pour que le monde entier se défasse petit à petit. Parce que, oui, nous sommes tous concernés. Puis viennent les sons ambiants, le bruit de la guerre, des explosions et des drones. Les voix affolées de ceux qui sont là, qui assistent à l’effondrement des immeubles, qui découvrent les blessés et les morts. La voix contenue des journalistes au bord des larmes qui persistent à documenter le réel. La voix de tous ceux qui racontent ce qu’ils vivent, pour nous le faire savoir, comme une bouteille à la mer dont ils espèrent malgré tout qu’elle nous parviendra. Le ballet incessant des véhicules de tous types qui transportent les blessés à l’hôpital, les klaxons, les sirènes. Et soudain, un poème de Refaat Alareer, chanté à la guitare par un jeune homme devant trois de ses amis. Un poème de deuil. Le poète vient d’être assassiné par frappe dite «chirurgicale» le 6 décembre 2023. Un poème qui dit, au même titre que le cinéma, la vie telle qu’elle est. Et la mort. Car la poésie marche main dans la main avec le politique. On l’oublie trop souvent. Le marché et les bonnes manières cherchent à la dévitaliser, la rendre présentable, inoffensive. Mais la poésie n’a que faire des bonnes manières. C’est aussi, avant tout, un sport de combat. Les poètes palestiniens sont sans doute – et depuis si longtemps- les mieux placés pour le savoir. À nous d’entendre leur parole et celle des Gazaouis. C’est tout le propos du film de Catherine Libert.

Sur le Web

«Tout a commencé après la mort de Refaat Alareer, en décembre 2023. Devant l’étendue et la durée des massacres à Gaza, je me sentais impuissante, mais je percevais un mouvement d’images différent des autres génocides restés invisibles (comme en Irak, par exemple), et que c’était donc au cinéma de poursuivre ce travail. J’ai écrit à plusieurs Gazaouis que je suivais sur les réseaux sociaux, en leur demandant s’ils étaient d’accord que j’utilise leurs images. La plupart ont accepté. J’ai constitué un stock entre les vidéos archivées depuis plusieurs mois et celles que mes correspondants à Gaza m’envoyaient. J’ai visionné près de 300 heures de génocide. Mon désir était de redonner une durée perceptible à ce qui se passait là-bas. La brièveté des reels sur Instagram ne permettait pas de comprendre réellement l’ampleur de cette violence.

Hana Albayaty, qui avait travaillé pendant plusieurs années sur le génocide en Irak, m’a aidée à comprendre les enjeux politiques et historiques. Comme la plupart des images que je recevais étaient en arabe, elle a aussi monté une équipe de traduction au Caire, pour m’aider à comprendre ce que je montais, mais aussi pour traduire certains échanges avec les Gazaouis. Fred Piet a finalisé le montage image, et il a fait un montage son très fort à partir des sons reçus. En parallèle, j’ai écrit la voix off, avec l’aide de trois amis – Christine Merville, Valérie Massadian et Oncléo – qui ont chacun laissé leurs belles empreintes dans le texte. Loupio Dolla a filmé la Méditerranée pour tracer le lien entre Gaza et nous. C’est un film totalement autoproduit, réalisé bénévolement, par engagement pour la Palestine.

La voix off et les poèmes de Refaat Alareer accompagnent les récits de Gaza, explorant sans cesse les limites de ce que les mots et les images peuvent transmettre de la tragédie. Je voudrais savoir comment la parole, l’écriture et la poésie ont participé à la composition du film lors de la phase de montage. La voix off était pour moi la condition sine qua non pour légitimer ma place dans ce film. Je ne suis pas palestinienne, je ne vis pas à Gaza. Il était donc essentiel pour moi de parler de l’endroit d’où je suis pour monter ces images, essentiel aussi d’interroger notre regard d’occidentaux face à ces images, mais aussi face la manière dont elles nous parviennent, entre coupées par les publicités et les selfies des réseaux sociaux quand elles ne sont pas tout simplement censurées. Je pense que le cinéma devrait interroger plus souvent notre relation à ces déferlements d’images, à ce qui en perdure dans notre imaginaire.

Le film est un témoignage qui met en avant l’urgence et la force des images lorsque l’on ressent l’impuissance face à la violence du génocide. Pouvez-vous partager vos réflexions sur ce sujet aujourd’hui, alors que la brutalité perdure et les images de la souffrance s’accumulent ? Depuis la fin du montage, la violence à Gaza n’a cessé. Le film paraît déjà dépassé. Mais À Gaza n’a jamais été pensé comme un film d’actualité : c’est un témoignage pour l’histoire, une bouteille à la mer, pour ceux qui, plus tard, se demanderont : comment survivait-on à Gaza pendant le génocide ?» (Propos de Catherine Libert recueillis par Margot Mecca – fidmarseille.org)

« Gaza, territoire palestinien occupé depuis 1967 et vivant sous blocus depuis 2007, est quasiment coupé du monde depuis le 8 octobre 2023. Ce jour-là, Israël a démarré son opération de représailles contre les meurtres et les prises d’otages organisés la veille par le Hamas et d’autres groupes palestiniens. Mais il s’est rapidement avéré que l’opération israélienne poursuivait un objectif beaucoup plus dévastateur : détruire méthodiquement un peuple, une culture, un territoire. La «guerre» de Gaza constitue un paradoxe dans un monde globalisé, où l’image est omniprésente. Depuis le 8 octobre 2023, la presse n’est plus autorisée à entrer dans l’enclave. Les journalistes, caméramans et youtubeurs restés sur place en sont souvent pour leurs frais : à l’heure d’écrire ces lignes, 210 d’entre eux ont été tués par l’armée israélienne. Pourtant, nous recevons quotidiennement des images en provenance de Gaza, le plus souvent prises au téléphone portable. Elles témoignent, comme celles que Catherine Libert a rassemblées dans son film À Gaza, d’un monde disparu sous les bombes et les bulldozers. Un monde que Voyage à Gaza, tourné quelques années plus tôt par Piero Usberti, nous permet de redécouvrir. » (stuut.info)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Piero Usberti, Catherine Libert et Josiane Scoleri.

Merci de continuer à arriver suffisamment à l’avance pour être dans votre fauteuil à 19h et 17h précises.

N’oubliez pas la règle d’or de CSF aux débats : La parole est à vous !

Entrée : Tarif adhérent: 6,5 €. Tarif non-adhérent 8 €. Adhésion : 20 € (5 € pour les étudiants) . Donne droit au tarif réduit à toutes les manifestations de CSF, et à l’accès (gratuit) au CinémAtelier et à l’atelier Super 8. Toutes les informations sur le fonctionnement de votre ciné-club ici


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