Fellini Roma



Vendredi 06 Février 2026 à 20h – 23ème Festival 2006

Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Federico Fellini, Italie, 1972, 2h08 , vostf.


La vie à Rome de 1930 à nos jours vue par un de ses admirateurs, Federico Fellini. Fresque monumentale où réalité et fantasmes du réalisateur sont étroitement mêlés.

« Qu’est-ce que Rome ? (…) Quand je pense à Rome, je pense à une grosse bouille rougeâtre qui ressemble à celles des acteurs Alberto Sordi, Franco Fabrizi, Anna Magnani, une expression rendue grave et soucieuse par des exigences gastro-sexuelles. Je pense à un lourd terrain brun et boueux. À un vaste ciel déchiré comme une toile de fond à l’opéra, avec des couleurs violettes, des lueurs jaunâtres, noires, argentées, des couleurs funéraires. Mais tous comptes faits, c’est un visage réconfortant parce que Rome te permet tous types de spéculations verticales. Rome st une ville horizontale d’eau et de terre, une ville allongée, et donc la plateforme idéale pour des envols fantastiques. Les intellectuels, les artistes qui y vivent, se frottent toujours à deux dimensions différentes, le réel et l’imaginaire, y trouvent l’élan libérateur qui convient à leur activité mentale. Avec le réconfort d’un cordon ombilical qui les rattache solidement au concret. C’est que Rome est une mère. C’est une mère qui a trop d’enfants. Elle ne peut pas se consacrer à tous. Elle ne te demande rien, elle n’attend rien. Elle t’accueille quand tu arrives, et elle te laisse partir quand tu t’en vas. » (Federico Fellini)

Fellini Roma ne comporte pas de narration classique. La chronologie n’est pas linéraire, passant des années 70 aux années quarante et il n’y a pas de personnage principal en-dehors de la capitale romaine. Enfin ce film balance entre le documentaire et la fiction alternant avec des scènes où Federico Fellini se montre en train de faire son film et des séquences qui sont le fruit de ses fantasmes.

Quelques séquences de ce film sont restées célèbres. Celle du boulevard périphérique, reconstitué en studio, celle d’un défilé auquel assistent des dignitaires ecclésiastiques, ou encore celle où les ouvriers du métro romain découvrent des fresques antiques qui disparaissent à l’air libre.

A l’origine, le film durait 128 minutes mais il a été raccourci à 119 minutes pour sa sortie. La version italienne ne comporte que de rares commentaires de Federico Fellini tandis que la version anglaise dispose d’un véritable narrateur dont la voix off est beaucoup plus explicative.

Ce film a été tourné en grande partie à Cinecitta du mois de mars à octobre 1971. La comédienne Anna Magnani, qui n’avait jamais tourné sous la direction de Federico Fellini, apparaît ici dans son propre rôle.

Depuis son premier long métrage Le Cheik blanc en 1952, Federico Fellini confie la musique de ses films à Nino Rota. Le compositeur travaille ainsi sur quinze films du réalisateur, signant entre autres les mélodies de La Strada, La Dolce Vita, Huit et demi, ou Amarcord. Leur collaboration est interrompue par la mort de Nino Rota en 1979.

Ce film a reçu le Grand Prix Technique à Cannes en 1972.

Notre critique

par Bruno Precioso

Charles Baudelaire a prouvé, en 1857, que la décomposition d’une Charogne pouvait abriter le plus grand raffinement poétique et peut-être même faire bon ménage avec le sentiment amoureux. Si Fellini n’a sans doute pas tourné son ode à la Ville éternelle sous le patronage des Fleurs du Mal, on ne peut pas dire que son souci ait été de présenter sa ville et ses habitants sous leur meilleur profil. En 1972, le film d’Ettore Scola est encore à 4 ans de sa sortie, mais un certain nombre des personnages de Roma auraient pu à bon droit réclamer l’honneur d’être qualifiés d’Affreux, sales et méchants.

Qu’importent ici les personnages puisque c’est incontestablement la ville qui est l’unique protagoniste de ce 13ème long métrage du maestro, Emilien de naissance mais dont l’exclusif terrain de jeu depuis l’arrivée de son train en gare de Termini à 19 ans, juste à l’heure pour l’éclatement de la deuxième guerre mondiale, fut la Ville éternelle. C’est d’ailleurs logiquement à son ombre bienveillante que commence sa carrière au cinéma, comme jeune assistant de Rosselini sur… Rome ville-ouverte en 1945 ; il a alors 25 ans. Désormais le destin de Fellini épouse celui de la Cité du cinéma inaugurée le 28 avril 1937 pour la théâtralité d’un Mussolini qui eût campé à la perfection un héros fellinien, grotesque et inquiétant. Jusqu’au bout de sa carrière (La voce della luna, 1990) Fellini s’est confondu avec le Studio n°5 qui porte désormais son nom.

De son 1er long, Lo sceicco bianco en 1952 (il ne lui faudra attendre qu’une année et un 2e film pour que vienne la reconnaissance avec Les Vitelloni en 1953) à sa palme d’or en 1960 (La Dolce vita), d’un oscar (Huit et demi) à l’autre 10 ans plus tard en 1973 (Amarcord), les réalisations de Fellini ont fait briller l’étoile des studios au plus haut, puis les ont portés à bout de bras dans le temps des crises de plus en plus récurrentes de la décennie 1975-85.

Au moment où Fellini approfondit la veine autobiographique de son oeuvre, Les Clowns (1970), Roma, Amarcord, c’est le travail de Nino Rota, double véritable et complice du réalisateur, qui accentue la résonance interne de l’oeuvre. Sans sa musique en effet, cette fantaisie déambulatoire serait comme amputée. C’est elle qui coud ensemble La Dolce vita et Roma par de souterrains clin d’oeil mélodiques, la reprise de certains thèmes musicaux, d’un film l’autre, à 12 ans de distance …

« Les souvenirs sont une espèce de point d’arrivée, et peut-être sont-ils aussi la seule chose qui nous appartient vraiment. » (Marcello Mastroianni)

Et en effet, la Ville éternelle constituait déjà le cadre de La Dolce Vita, mais non le coeur de son sujet ; avec le Satyricon (1969), c’est tout une fantasmatique littéraire à laquelle Fellini donne ses traits, mais la série de tableaux truculents de Roma sont une véritable déclaration d’amour du cinéaste à la capitale insomniaque en même temps qu’un geste d’appropriation plus assumé que jamais jusqu’à présent dans son oeuvre, geste que prolongera en l’approfondissant Amarcord l’année suivante. En cela, le Grand Prix Technique du Festival de Cannes 1972 récompense une oeuvre charnière dans la filmographie du maestro : en abordant plus frontalement ses souvenirs et sa jeunesse, Fellini s’ouvre au grand public, n’hésite plus à se mettre en scène directement. Cette forme de confidence est soulignée dans les différentes versions doublées du film, la version italienne ne comportant que de rares commentaires du réalisateur quand le doublage français ajoute des interventions à la première personne – et un fort accent italien – et que la version anglaise impose un véritable narrateur dont la voix off est encore plus (trop ?) explicative.

Il faut admettre que lorsque Fellini se met en devoir de retracer l’histoire de la Ville éternelle, il ne peut évidemment se plier ni à la chronologie ni à la didactique, et propose un rêve éveillé – un cauchemar diraient certains, dans lequel se mêlent ses propres souvenirs, ses fantasmes et ses interrogations sur l’avenir. Son écriture se fait automatique pour donner vie à son bric-à-brac intime : ses marginaux, ses monstres, ses paysages dans la brume, sa musique familière, son amour du baroque et de l’imaginaire, son sens de la démesure, son insatiable appétit pour les corps, son italianité.

« Peut-être que l’Antiquité n’a pas existé, mais il est incontestable que nous avons rêvé. »

Sous des dehors d’équilibre de hasard, le film se révèle extrêmement élaboré. Structuré en trois époques – Rome vue de loin (de Rimini) ; puis l’arrivée à 18 ans, dans la Rome fasciste ; enfin Rome contemporaine, sous les yeux du réalisateur en action – le film se construit sur 2 axes, celui du temps et de l’espace. On navigue sans ordre particulier de l’enfance à la période contemporaine en passant par les âges d’or de la cité, en un système d’échos fondé sur les liens et les contrepoints. La ville est un palimpseste infini, une série d’alcôves vibrantes reliées entre elles à la fois par les voies urbaines et les filiations historiques que suivent les mouvements de caméra souvent latéraux et embarqués. Fellini réincarne ici un Homme à la caméra, attentif au pouls de ce lieu-foule dont la contemplation passionnée motive le montage.

La dynamique de Roma repose sur la reconstruction progressive de la ville, plus encore que sur sa découverte : la monumentalité constitue le moteur principal de l’intrigue (tout Roma a été reconstruit dans les studios de Cinecittà). Paradoxalement pour un cinéaste ayant fait ses armes dans le néo-réalisme, Fellini avait horreur des décors naturels – mais le réalisateur et son cinéma ne sont jamais aussi à l’aise que dans le paradoxe.

C’est aussi ce que proclament les multiples mises en abyme de tous niveaux qui traversent cette Roma de carton-pâte ô combien réelle, où Mamma Roma (Anna Magnani) interpelle la caméra pour lui rappeler l’heure du sommeil, soulignant plus sûrement que toutes les auto-références disséminées que la vie est un songe, un songe qui finit par se regarder lui-même et se démasquer à l’écran. Surgissement qui montre sans doute pour éviter d’avoir à expliquer, comme Fellini le dit lui-même : « Il me semble qu’un metteur en scène (…) ne peut réellement parler avec un minimum de compétence que de l’aspect artisanal de son travail. Mais parler du processus créatif, du message (…) équivaut, du moins en ce qui me concerne, à ne dire que des bêtises approximatives. (…) Rome m’a créé, alors à mon tour je crée Rome. »

Sur le web

… Plus de quarante ans après sa sortie, ce film continue de décontenancer et de fasciner par ses trouvailles et son rythme aussi bien que par son refus de la narration. Une grande et belle déambulation entre réalisme et fantastique.

Sans doute Fellini Roma est-il le moins, ou l’un des moins narratifs parmi les films de Fellini. Peu de personnages, à part le maestro lui-même, jeune ou à l’époque du tournage, mais c’est un personnage évanescent et très épisodique. Car, le titre l’indique assez, la capitale est le sujet principal, le seul …

… La prolifération des images force l’admiration : qui à part Fellini pouvait filmer un embouteillage avec autant de détails surprenants, qui pour faire d’un bordel un lieu aussi cinématographique ? Avec cette invention permanente les ruptures de ton fascinent également : la belle séquence dans le métro en construction commence comme un documentaire et se termine dans la pure poésie de fresques disparaissant au contact de l’air, reprenant sur un mode dramatique un travail permanent sur le fugace. Quant aux moqueries continuelles, elles s’adressent même au réalisateur, avec le magnifique «Federico, va dormir», que lui envoie une Anna Magnani malicieuse.

… On n’en finirait pas de citer les trouvailles ou les beautés inattendues de ce film virtuose, osé, qui se passe d’une histoire pour jouer sur la fascination des images. Son rythme singulier entraîne son spectateur dans une série de séquences apparemment sans suite, mais qui dressent un portrait très subjectif d’une ville que Fellini adorait, portrait dans lequel la menace affleure, sourde et floue. Regard d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens, mais certainement pas apaisé : son oeil aux aguets déniche des visages ou des situations exceptionnelles et proches à la fois, qui éblouissent à chaque vision. Tourné juste avant un autre chef-d’oeuvre, Amarcord, Fellini Roma fait partie des réussites incontestables de Fellini, sans doute moins chatoyante que certaines, moins moderne que d’autres, mais d’une richesse inépuisable. (avoir-alire.com)

Le réalisateur italien Federico Fellini retrace avec ce film l’histoire de la Ville éternelle, non de manière chronologique et didactique, mais comme un rêve éveillé, dans lequel se mêlent ses propres souvenirs, ses fantasmes et ses interrogations sur son avenir…

… A l’instar de ses contemporains Michelangelo Antonioni, Akira Kurosawa, Ingmar Bergman ou Jean-Luc Godard, Federico Fellini incarnait une part énorme du cinéma dit d’auteur. Chacun de ses films était attendu comme un événement, depuis le triomphe cannois de La Dolce Vita (1959) et la bombe Huit et demi (1963).

On pouvait mesurer ce qu’un génie visuel et artistique pouvait faire de ce médium, pour se raconter, en atteignant l’universel, à partir de son bric-à-brac visuel : ses cirques, ses monstres, ses paysages dans la brume, sa musique entêtante, son goût pour le baroque et l’imaginaire, son sens de la démesure, son insatiable appétit pour les femmes plantureuses, son italianité…

… Réalisé entre Satyricon (1969) et Amarcord (1973), Fellini Roma, le 12ème film de Federico Fellini est une oeuvre charnière dans la filmographie du maestro. Présenté au Festival de Cannes, il reçu le Grand Prix Technique au Festival de Cannes 1972. En abordant plus frontalement ses souvenirs et sa jeunesse, Fellini s’ouvre au grand public plus qu’il ne l’avait fait jusque-là. Et il n’hésite plus à se mettre en scène directement. Cette veine baroque et mémorielle trouvera son apothéose dans son film suivant, Amarcord. En l’état, Fellini Roma est une oeuvre monumentale, consacrée à la ville qui l’a accueilli en 1938, jeune provincial issu de Rimini : Rome. Certes, la Ville éternelle constituait déjà le cadre de La Dolce Vita, mais non le coeur de son sujet. Composée d’une série de tableaux et de saynètes truculentes, Fellini Roma est une véritable déclaration d’amour du cinéaste à sa ville d’adoption…

… Fellini avait horreur des décors naturels. Paradoxe, quand on sait qu’il fut l’un des co-scénaristes de la pièce maîtresse du néo-réalisme, Rome ville ouverte, de Roberto Rossellini. Rome reconstituée en studio, cela donne une plongée dans le dédale du chantier du métro romain, où s’effacent les fresques antiques au contact de l’air : une chevauchée nocturne dans Rome abandonnée aux motards ; la reconstitution apocalyptique du périphérique romain, d’où surnage un cheval blanc apeuré ; ou un défilé de mode, non de mannequins internationaux filiformes, mais d’archevêques en soutanes clignotantes, tels des sapins de Noël ambulants ! Autant de visions inoubliables issues de l’imaginaire débordant d’un cinéaste protéiforme et généreux, qui s’impriment durablement dans la rétine du spectateur. En brossant le portrait d’une Rome fantasmée, c’est l’occasion pour Fellini de rendre hommage au cinéma. (revusetcorriges.com)

… Dans ce film construit comme une série d’apparitions successives, sans autre protagoniste que la conscience accueillante de l’auteur, rien n’est cédé à l’ordonnancement de la dramaturgie ordinaire, tout aux logiques capricieuses de la mémoire, des affects, des visions qui semblent surgir dans le désordre.…

Fellini a toujours été un amoureux de sa ville d’adoption : Rome. Dans Roma, il lui rend en quelque sorte hommage et nous livre un film très original sur «sa» Rome, celle qu’il aime, qu’il connaît, la Rome de ses fantasmes aussi. Aborder le rôle de la «Ville» dans ce film est un travail assez particulier ; le titre nous donne un aperçu de ce qu’il va être : un film sur Rome. La ville joue un rôle plus qu’important dans ce film, c’est le personnage central, et jamais le film ne s’éloigne de son sujet et nous offre un portrait enchanté de Rome.

… C’est en effet le souvenir qui nous ouvre les portes et nous plonge parmi les cercles concentriques de la Rome intime de Fellini. Tout d’abord, les réminiscences d’une enfance provinciale : un maître d’école qui rejoue avec solennité le franchissement du Rubicon, une diapositive érotique projetée par mégarde en classe, provoquant l’euphorie des élèves et la panique des prêtres… Puis le temps du fascisme et des portraits de Mussolini placardés sur les murs, avec l’arrivée du jeune double de Fellini (Peter Gonzales) à Rome, Stazione Termini, son installation dans une grouillante pension de famille, sa découverte des grands dîners collectifs sur les places de la ville, des théâtres de variétés, des bordels plus ou moins chics. Survient entre-temps la Rome moderne (celle du début des années 1970), bardée de hippies et d’étudiants politisés, lors d’une époustouflante virée sur le périphérique dont les embouteillages s’invitent jusqu’aux pieds du Colisée. Ou encore à l’occasion du percement problématique du métro, sans cesse interrompu par l’exhumation de nouveaux vestiges (une villa patricienne dont les fresques murales s’effacent au contact de l’air). Rome saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui, mais dont les strates empilées à l’air libre renvoient le visiteur toujours plus loin dans le passé… (lemonde.fr)

La Rome de Fellini est reconnaissable bien sûr, mais elle est aussi inventée par l’esprit du réalisateur et elle aussi, bien qu’elle ne porte pas un nom de femme, elle est symbolisée par une, et pas n’importe laquelle. Etudier le rôle de la ville dans ce film est assez particulier, puisque celle-ci en est le personnage principal et qu’elle ne joue donc pas le rôle de simple décor à l’action. Elle est le scénario du film et elle est la ville réelle et imaginée de Fellini. Essayer d’interpréter ce qu’il a voulu montrer n’est pas une mince affaire. Ville subjective, ville temporelle, mais on passe facilement d’une époque à l’autre, et dans une même scène on peut voire des personnages d’époques différentes. Aussi, on passe du jour à la nuit, du beau temps, à l’orage violent en un clin d’oeil… Marco Bertozzi écrit dans le recueil La Ville au cinéma que «dans l’horizon poétique fellinien, arrive un moment où la relation avec la ville représentée l’emporte sur l’idée de simple ambiance urbaine.» Et c’est exactement le cas de Roma. La ville ne joue pas qu’un rôle de décor, d’ambiance, d’environnement ; non, Rome est dans le film à la fois le décor et le sujet.

La bande sonore du film est toujours assez bruyante, assez chaotique, désordonnée; à l’image, il y a souvent foule de personnages et mouvements incontrôlables. La caméra bouge beaucoup, travellings et panoramiques, ce qui crée une atmosphère particulière d’agitation, qui fait de Rome une ville qui est en pleine ébullition, en pleine transformation permanente, une ville qui bouge de tous les côtés, qui évoluent. Rome donne l’impression d’être un lieu incontournable… (jcinema.wordpress.com)

… Rome est un carrefour de civilisations différentes, haut-lieu du catholicisme, ce n’est pas pour rien qu’elle est devenue le théâtre du cinéma fellinien et la matrice dans laquelle baigne également Fellini. Rome peut donc bien être représentée sous les traits d’une bonne mère, d’une mauvaise mère, d’un être double, multiple. Et elle arrive, cette mère, sous les traits d’une prostituée de la Via Appia Antica, les poings sur les hanches, se détachant sur fond de ciel en feu, pourpre, annonciateur de catastrophes et de fin du monde, mais aussi rappel de la couleur du sang… Elle ressemble un peu à une photo de Brassaï, cette prostituée, les poings sur les hanches, mais en plus elle acquiert avec Fellini, une dimension autre, plus humaine qui la sépare du côté sordide où l’on a trop souvent tendance à la classer, qui la divinise en quelque sorte, en fait une mère universelle et bienveillante, ange tutélaire et maudit en même temps. Car il ne faut pas oublier que la mort habite Roma d’un bout à l’autre, que ce soit sur le périphérique, au Vatican avec ce défilé de mode pour morts-vivants. Mais aussi dans ce refus plus ambigu de cette déesse-mère statufiée pour l’éternité dans l’humidité vaginale du métro romain. Elle nous tourne littéralement le dos comme si elle était offusquée par les investigations des technocrates dans les méandres de la partie cachée de Rome, comme si elle nous rejetait, nous refusait définitivement parce que nous avons transgressé un tabou. Cette déesse-mère de la fécondité, Gaïa ou Demeter, reste aussi de marbre à l’approche de ces drôles de mineurs de fond, dont les lampes font mourir les fresques antiques, avec ce vent de l’Histoire qui, comme toujours chez Fellini, s’engouffre dans les espaces laissés libres par le temps. Ce vent entre avec son bruit lancinant, nous l’entendons déjà au début du film et toujours il sera présent pour signifier l’indicible, la marque du temps que l’on ne peut rattraper, que l’on ne peut dompter… (iletaitunefoislecinema.com)

… Ayant pleinement intégré sa ville d’adoption, Fellini aime y rouler en voiture la nuit et dépasse rarement le périphérique. Il en fait le cadre de la plupart de ses films. En 1972, dans Fellini Roma, le cinéaste choisit d’investir la ville éternelle de ses fantasmes et tente d’en percer le mystère. Ce film biographique raconte la découverte de la ville par un jeune homme provincial de 19 ans, partant à la découverte de lieux insolites, de l’Appia Antica des prostituées jusqu’aux merveilleux décors des salles de music-hall; des chantiers du métro qui révèlent les fresques éphémères d’une villa romaine, jusqu’au défilé de mode ecclésiastique qui culmine avec l’apparition du pape. C’est une Rome populaire des faubourgs, des saltimbanques et des marginaux; une Rome à la foi catholique impénétrable et rédemptrice, que l’on retrouve dans ce premier cinéma fellinien, encore empreint d’un certain néoréalisme. Fellini y dépeint la misère existentielle d’une certaine Italie qui peine à se relever des désastres de la guerre. (radiofrance.fr)


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