
Vendredi 04 Septembre 2026 à 19h30
Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice
Film de Valeska Grisebach, Allemagne, 2026, 2h42, vostf.
À Svilengrad, une petite ville à la frontière bulgare, aux confins d’une Europe délaissée, Veska, archéologue, renoue avec Said, un ami d’enfance, dont la voiture vient d’être volée. En voulant l’aider, Veska glisse progressivement au coeur d’une société criminelle dont l’emprise règne sur la ville. Veska va devoir affronter ce monde à la fois trouble et dangereux.
Après avoir tourné Western en Bulgarie, Valeska Grisebach a eu envie d’y retourner pour un autre film : « Ce pays m’avait confrontée à mes propres angles morts sur l’Europe : ayant grandi à Berlin-Ouest, j’avais toujours voyagé dans l’autre sens, et même la réunification n’avait rien changé à ça. Ça m’a frappée de voir combien de temps il m’avait fallu pour me retourner, et de découvrir à quel point l’Europe peut résonner différemment selon qu’on se trouve à Sofia ou à Berlin. » Elle souhaitait traiter des années 1990 dans cette zone géographique, dont elle a souvent entendu dire qu’il s’agissait d’ « une époque d’hommes « , « presque comme un temps de guerre« , pas une époque « pour les femmes« . Cette analogie guerrière s’est entremêlée à son attrait pour les genres cinématographiques, « ces formes à dominante masculine qui nous disent beaucoup sur la façon dont la société construit le genre. Ce qui m’intéresse, c’est de transposer les enjeux qui s’y jouent dans le quotidien, dans des lieux précis : la réalité comme terrain d’expérimentation pour la fiction.«
Avec son précédent long-métrage, Western, Valeska Grisebach s’est aperçue qu’elle accordait malgré elle plus de valeur au héros masculin, tandis que les femmes étaient reléguées au second plan. Elle a voulu rectifier cela avec L’Aventure rêvée : « Si on considère le genre comme un espace architectural intériorisé, le sous-texte pour moi a toujours été l’image d’une femme qui observe depuis les coulisses, puis entre sur scène. Qui regarde qui ? Qu’est-ce que ça change quand c’est la femme (qui est traditionnellement celle qu’on regarde) qui regarde à son tour, avec son propre désir ? Je vois Veska comme quelqu’un qui perçoit, qui observe et prend ses décisions en fonction de ça.«
Comme pour ses précédents films, la réalisatrice tourne exclusivement avec des acteurs non-professionnels. Toute la préparation de ses comédiens repose sur la transmission orale. Elle ne veut pas qu’ils apprennent le scénario par coeur : « Je mets donc le texte de côté, et tout se négocie verbalement : la scène, le dialogue. Les acteurs se les approprient, en font quelque chose qui leur appartient, ce qui peut modifier le texte à certains endroits. Une vraie fusion s’opère : ils apportent leur expérience de vie, leurs connaissances, c’est une richesse immense. Il y a bien sûr des moments d’improvisation, mais ce n’est pas le principe fondateur de notre travail. » Elle connaît la plupart du casting depuis plusieurs années et fonde les répétitions sur « l’objectif d’établir des relations, de rendre les amitiés palpables, d’apprivoiser la caméra et le regard du public.«
La réalisatrice, accompagnée de ses assistantes, Rita Kudrina et Henrike Meyer, ont effectué des recherches en Bulgarie durant cinq ans. Une étape incontournable pour Valeska Grisebach : « Un projet commence toujours par des thèmes et des questions, jamais par une intrigue finie : des fragments qui prennent vie au fil des rencontres. Recherches, casting et construction vont toujours de pair. Puis vient le moment d’écrire, ce que j’aborde avec enthousiasme mais aussi difficulté. Pour moi, écrire c’est tisser des sous-textes et les traduire en intrigue mais avec cette question constante : quand brouiller les pistes, quand abattre ses cartes ?«
Ce film a été présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026 et a obtenu le prix du Jury.
Notre critique
par Bruno Precioso
Il faut prendre au sérieux le titre du 4ème long-métrage de Valeska Grisebach, car s’y déroule bien une aventure ; presque rien en revanche de ce que le cinéma d’aventure nous a appris à reconnaître comme tel : pas de conquête, peu d’action, à peine une enquête. Une femme revient ; un homme qu’elle a connu autrefois réapparaît ; une voiture disparaît ; des trafics se nouent dans l’ombre. Et le film, plutôt que de chercher une résolution, laisse sédimenter. Cette lenteur n’est pas une coquetterie d’auteur mais le sujet même du film. À Svilengrad, où se rencontrent Bulgarie, Grèce et Turquie, Veska est archéologue. Son métier fournit à Grisebach une métaphore qui ne tarde pas à devenir une véritable méthode de mise en scène : il faut fouiller. Sous le présent, les apparences ; sous une histoire individuelle qui ne se livre pas aisément.
Après Western (2017), Grisebach retourne donc en Bulgarie, mais son regard s’est déplacé. Le film précédent observait des ouvriers allemands confrontés à une terre étrangère, celui-ci part de l’intérieur. Veska appartient à ce lieu et pourtant elle y revient comme dans un pays devenu étranger. Ce déplacement est essentiel. Il ne s’agit plus de découvrir l’Est depuis l’Ouest, mais de découvrir, depuis ses marges, une Europe que nous croyons connaître.
Habiter la frontière ?
Svilengrad est une ville-frontière. Cela pourrait n’être qu’une donnée géographique ; Grisebach en fait une condition existentielle.
La frontière prend mille visages dans L’Aventure rêvée, organise circulations et trafics, alliances et silences. Se démultiplie. Le géographe Michel Lussault a montré combien l’espace devait être pensé non comme un décor inerte, mais comme le produit des pratiques et des relations qui s’y inscrivent. C’est exactement ce que filme Grisebach : le territoire n’est jamais devant les personnages, il est entre eux. Il se constitue et se redessine par leurs déplacements, leurs habitudes, leurs interdits.
La frontière est donc bien davantage qu’une ligne politique, c’est une manière d’habiter le monde. Plus encore que dans son film précédent, Grisebach rejoint une certaine tradition du western, non sans en retourner les codes. L’espace ouvert du western classique n’est plus la promesse d’une conquête : c’est un espace déjà parcouru, déjà partagé, saturé d’histoires. Les hommes qui le traversent ne sont pas des pionniers. Ils sont les héritiers d’économies et de violences anciennes. Le territoire n’attend plus d’être conquis, il demande à être déchiffré.
« Ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité. » (Georges Perec)
L’attention est de mise, car si rien ne distingue le banal de l’essentiel, une conversation apparemment anodine peut contenir une menace. Un visage porte une histoire dont nous ne saurons presque rien. Une voiture volée devient le seuil d’un monde criminel, qui pourtant ne se laisse jamais réduire en spectacle.
C’est là que L’Aventure rêvée emprunte au film noir pour mieux s’en défaire. Il y a bien des trafiquants, de l’argent, des rapports de pouvoir, des hommes dangereux. Mais Grisebach ne filme pas la criminalité comme un univers parallèle : elle la montre diffuse dans la vie ordinaire. La violence existe d’abord comme une possibilité, une rumeur, un regard. Il se passe quelque chose, on ne saura pas nécessairement quoi, car comme le réel un récit peut avancer sans progresser. Ses presque trois heures ne servent pas à raconter davantage, mais à regarder plus longtemps, à pénétrer dans l’épaisseur où la durée devient une forme de connaissance.
L’archéologue constitue la figure même du spectateur que Grisebach appelle de ses voeux, les images sont le sol que fouille Veska dont le passé ne revient jamais intact. L’archéologie comme le cinéma de la réalisatrice allemande est une science de l’absence. Elle ne restitue que l’hypothèse d’un monde disparu approché à partir de ses fragments. Cette logique des traces donne au film sa profondeur politique. Derrière les histoires particulières se dessine une histoire plus vaste : celle d’une Bulgarie passée du communisme à l’économie de marché, celle des transformations brutales de l’Europe post-socialiste, celle d’une périphérie où les frontières européennes produisent simultanément circulation et exclusion.
Grisebach ne fait jamais de ce contexte un discours, elle le laisse affleurer. La médiation dans ce western tourné vers l’Est passe par le personnage de Veska. Interprétée par Yana Radeva, comédienne non professionnelle que Grisebach a rencontrée après un vaste casting, Veska n’est ni l’héroïne conquérante du film de genre ni la victime désignée d’un récit masculin. Sa position est plus singulière : la formule de Grisebach – Veska doit « être maîtresse de son regard » – éclaire la mise en scène.
Dans un univers où les hommes semblent contrôler les routes, l’argent et les réseaux, Veska maîtrise autre chose : la mémoire. Elle connaît les visages, les anciennes histoires, les changements du lieu. Son savoir n’est pas celui de la force, il est patience.
« Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. » (Marc Augé)
On pourrait être tenté de voir dans Svilengrad un « non-lieu », au sens que M. Augé donne de ces espaces contemporains de circulation où on ne peut se fixer. Dans L’Aventure rêvée, la ville-frontière n’est jamais sans mémoire. Les marchandises y transitent, les hommes circulent, mais souvenirs et histoires s’accumulent. La frontière qui sépare fait apparaître des symétries clandestines. Le périphérique devient alors un révélateur qui oblige à regarder l’Europe depuis un endroit que ses représentations dominantes regardent peu.
Dans Western, l’étranger était l’Allemand qui arrivait en Bulgarie. Dans L’Aventure rêvée, l’étrangeté se déplace : c’est le regard européen lui-même qui devient étranger, qui manque d’épaisseur historique. Grisebach filme une Europe sans monuments, sans capitales, sans discours institutionnels. Une Europe des routes secondaires, des cafés, des corps et des mémoires, où l’histoire est encore déposée dans les gestes quotidiens. Cette attention au territoire est indissociable de la méthode de Grisebach. Elle travaille avec des acteurs professionnels et non professionnels, laisse les lieux transformer le scénario et accepte, selon ses propres termes, la tension entre « ce que nous écrivons et ce qui arrive ». Là se définit son geste cinématographique tout entier, comportant une éthique du non-savoir : ne pas tout prévoir, ne pas tout expliquer, ne pas tout réduire à une fonction narrative. Le réel n’est pas ce que prévoit le scénario ; c’est ce qui lui résiste – d’où la qualité presque documentaire de certaines scènes. Le cinéma de Grisebach ne cherche pas à abolir l’opacité du monde. Il en fait sa matière.
Peut-être une aventure ne consiste-t-elle pas à aller vers l’inconnu, mais à découvrir l’étrangeté de ce que l’on croyait connaître, au prix de fouilles qui ne peuvent rien retrouver sans donner sa part au rêve. L’enquête porte donc moins sur une disparition que sur les traces d’un monde disparu sous celui qui lui a succédé.
Ainsi se dessine, sous l’apparence d’un film criminel, une oeuvre sur l’Europe contemporaine : une Europe périphérique, fragmentée, traversée de frontières mais aussi de circulations, où le présent continue de porter les ruines du siècle précédent. Il faut alors prendre le titre au mot une dernière fois. L’aventure est « rêvée » parce qu’elle appartient autant à la mémoire qu’au présent, autant au désir qu’à l’expérience. Et le rêve, chez Grisebach, n’est pas l’antithèse du réel ; c’est peut-être la façon la plus juste de rechercher ce qui, dans le réel, refuse encore de se laisser connaître.
Sur le web

« … L’Aventure rêvée est avant tout un film d’échanges, qui touche à des transactions mais aussi au simple plaisir de bavarder. On y cause un peu de tout, on y boit beaucoup, on évoque le présent et l’époque communiste, on fanfaronne, on médit. Beaucoup de personnages défilent, paysans, travailleurs clandestins, mères au foyer, prostituées, adolescents. C’est une exploration ambitieuse, d’ordre historique, géographique, sociologique. Qui parvient à saisir les multiples facettes du capitalisme sauvage régnant aux confins de l’Europe… L’Aventure rêvée refuse ainsi le spectaculaire, la tension à rebondissements. C’est sa force. Le film privilégie la parole, le vivant… » (telerama.fr)
« … Du fait de sa construction narrative atypique, L’Aventure rêvée n’est pas un film facile d’accès. Néanmoins, cette perte d’accessibilité fait aussi sa singularité, déployant un récit qui cherche à surprendre en permanence, au gré de thèmes et de trajectoires de personnages qui ne se dessinent que par sédimentation, à mesure que le film progresse. C’est un cinéma de la patience, qui exige du spectateur qu’il accepte de se perdre au risque, parfois, de le laisser sur le bord de la route.

Là où le long-métrage s’avère passionnant, c’est dans sa manière de transformer son décor de polar poussiéreux en un réquisitoire politique et historique. À travers les fouilles de son héroïne, la cinéaste déterre littéralement les fantômes enfouis de l’Europe de l’Est : le poids invisible de la dictature communiste et les violences physiques et psychologiques subies par les femmes à travers les époques, avant comme après la chute de l’URSS…
… Fidèle à la méthode ultra-réaliste qu’elle avait déjà éprouvée dans Western, Valeska Grisebach mêle habilement des visages d’acteurs professionnels et non professionnels pour composer des portraits d’une justesse documentaire saisissante. La réalisatrice filme à hauteur d’homme l’ambiance lourde, la précarité des corps et ce vent incessant qui balaie les plaines frontalières…
… L’Aventure rêvée s’impose comme un objet cinématographique singulier. Valeska Grisebach livre un anti-western féministe rigoureux qui, s’il manque d’un peu de la fluidité narrative, compense par une puissance évocatrice et un sens du réalisme. Une proposition parfois âpre, mais indéniablement habitée…
…L’Aventure rêvée s’impose comme l’un des films les plus intéressants du Festival de Cannes 2026. En déplaçant les codes du western aux confins de la frontière et porté par une héroïne archéologue, véritable justicière des temps modernes, le film répare le traumatisme intime des femmes face à la brutalité des hommes. » (linfotoutcourt.com)

« … L’aventure rêvée n’est pas un film gai ou onirique en dépit du titre. Le récit prend un parti très austère pour restituer l’ambiance pesant qui règne dans cette ville, dominée par quelques organisations mafieuses qui imposent leur pouvoir et leurs règles… L’Aventure rêvée ne vend absolument pas du rêve, bien au contraire. La mise en scène très dépouillée se veut une insertion dans un monde froid, où les paysages, les rues, les maisons dénotent une atmosphère renfermée où chacun tente de trouver sa place. L’enjeu pour les habitants est de résister à la pression des groupes mafieux, notamment pour les femmes, qui font face à un système dirigé par des hommes sur un modèle assumé de patriarcat. La présence d’une femme lettrée, absente un certain temps de son village d’enfance, avec un fort caractère, constitue pour les femmes du village une occasion de renverser ces rapports de force et de domination.
On n’avait pas revu sur les écrans Valeska Grisebach depuis 2017, année où elle présentait à la sélection d’Un Certain Regard son film Western. Elle proposait déjà une perspective très naturaliste d’une partie de l’Europe de l’Est où elle interrogeait la question des identités culturelles, sociales et de surcroît masculines. Dans L’Aventure rêvée, elle balaie des thématiques assez similaires, mais n’aborde pas directement la condition ouvrière en Bulgarie ; l’enjeu scénaristique rapproche ainsi le film du western, mais dans une approche épurée et austère. La violence n’est jamais frontale, mais sous-tendue par un climat poisseux où les rapports de force s’impriment dans l’usage de la brutalité que les habitants ont approprié comme une composante de leur existence. Chacun semble en sursis dans un contexte où sa survie et sa tranquillité dépendent de l’acceptation passive des règles de jeu imposées par les groupes mafieux et les hommes… La connotation politique de L’aventure rêvée est évidente, comme elle l’était pour Western. » (avoir-alire.com)

« … L’errance proposée par le long-métrage déjoue rapidement les attentes. Rien de spectaculaire ne semble pouvoir surgir d’un environnement aussi sec, où les humains paraissent parfois moins nombreux que les roches qui les entourent. Pourtant, sous cette surface immobile, se dissimule tout un système souterrain, un monde d’hommes où le crime est devenu une coutume et où la violence constitue l’unique loi véritable…L’Aventure rêvée dépeint ainsi un étrange western bulgare où la violence affleure dans chaque situation. Dans ce système où les dominations paraissent immuables, la pauvreté mène souvent à l’exil ou à la disparition, tandis que ceux qui restent semblent condamnés à survivre sur les vestiges d’un monde déjà consumé.
Cette violence porte avant tout un visage masculin. À mesure que ses recherches l’enfoncent dans les mécanismes de cette pègre silencieuse, Veska se confronte à des hommes persuadés de leur supériorité. Son statut de femme l’expose et la désigne comme une cible facile aux yeux de ceux qui confondent pouvoir et intimidation. Mais ce serait céder trop rapidement au cliché que de réduire Veska à cette vulnérabilité supposée. C’est bien elle qui finit par imposer sa présence, soutenir les regards et tenir tête aux figures locales. Une forme de shérif contemporaine émerge alors progressivement, capable de protéger les plus fragiles tout en continuant à creuser les profondeurs d’un territoire gangrené. L’archéologie se déplace ainsi du passé vers le présent : protagoniste et spectateur déterrent ensemble la complexité d’une région abandonnée, où l’avenir semble déjà recouvert de poussière. »(lebleudumiroir.fr)

« … Situé sous le soleil brûlant de la Bulgarie, L’Aventure rêvée ne cherche aucun raffinement esthétique dans ses plans. Aussi simples et bruts que les paysages ruraux du sud-est européen, les images reflètent la banalité de ce territoire et de ceux qui l’habitent. Tourné principalement avec des acteurs non professionnels, le film accentue cette impression d’approche quasi documentaire, laissant apparaître sa véritable intention : non pas tant raconter l’histoire de Veska et de son passé endurci, mais imprimer sur pellicule les marges de l’Europe où les guerres et les crises économiques de la fin du XXe siècle ont laissé une empreinte durable. En effet, les références aux guerres de l’ex-Yougoslavie voisine, à la pression soviétique et aux violences constantes de la vie dans cette région de l’Europe dans les années 1990 traversent les conversations sur presque tous les sujets, expliquant en partie les difficultés et la morale déformée de cette terre… (movierama.fr)

… En ancrant ce récit labyrinthique à Svilengrad, ville proche des frontières de la Bulgarie avec la Grèce et la Turquie, l’Allemande Valeska Grisebach – réalisatrice de Désir(s) (2007) et de Western (2017) – crée un suspense naturaliste qui décrit comment cette frontière extérieure de l’Union européenne constitue un lieu de passages et d’échanges économiques qui génèrent forcément des activités de contrebande. Mais la cinéaste parvient surtout à montrer comment ce monde criminel essentiellement masculin s’appuie depuis des décennies sur des pratiques sexistes et des codes misogynes qui excluent et exploitent les femmes. Le film dessine en cela une héroïne de cinéma unique en son genre à travers cette archéologue de 60 ans (soit la même génération que la réalisatrice) qui tient tête à de menaçants mafieux phallocrates. Jetant rétrospectivement une lumière éclairante sur plus de trente ans de violences exercées sur les femmes dans la région et souhaitant protéger les jeunes filles d’aujourd’hui, telle une figure angélique qui les met en garde contre la domination masculine, Veska représente un modèle de bravoure qui doit beaucoup à son interprète Yana Radeva. Cette comédienne non professionnelle, qui fut géologue avant de devoir se reconvertir dans l’industrie des casinos, porte sur ses épaules toute une lignée de femmes bien décidées à lutter contre la reproduction des mêmes schémas de domination sexiste. Une mission difficile que ce film et son admirable actrice réussissent pourtant haut la main. » (troiscouleurs.fr)
Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso.
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