
Vendredi 20 Juin 2025 à 20h
Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice
Film de Louise Hémon, France, 2025, 1h38.
1899. Hautes Alpes. « Soudain » est un hameau encerclé par la neige sur les hauts plateaux d’une montagne reculée. Ses habitants voient arriver, par une nuit de tempête, Aimée, une jeune institutrice, laïque et républicaine, qui restera le temps de l’hiver pour faire l’école à une poignée d’enfants. Mais peu après son arrivée, une avalanche engloutit un premier montagnard…

Louise Hémon réalise des films et met en scène des pièces. Elle signe plusieurs documentaires tels que L’Homme le plus fort, Voyage de documentation de Madame Anita Conti (Prix du Public au Champs-Elysées Film Festival). Cocréés avec Émilie Rousset, ses spectacles Rituel 4 : Le Grand Débat, Les Océanographes, Rituel 5 : La Mort sont montrés au Festival d’Automne à Paris et au Centre Pompidou.
Le scénario a été écrit avec Anaïs Tellenne, en collaboration avec Maxence Stamatiadis. Louise Hémon explique : « Cette co-écriture est pour moi une histoire forte d’amitiés. Je me suis liée à Anaïs en résidence d’écriture au Groupe Ouest alors qu’elle écrivait L’Homme d’argile. Je l’ai embarquée dans l’aventure de L’Engloutie car nous avions le même appétit des contrastes forts, entre lyrisme et grotesque, et de l’économie de dialogues. Mon ami cinéaste Maxence nous a rejointes pour la dernière version de scénario. Comme moi, c’est un fan absolu du roman Un Roi sans divertissement de Jean Giono. Donc écrire un huis-clos sous la neige, dans un climat de mystère, ça lui parlait et il m’a aidé à resserrer le scénario, aller à l’os« .
Interrogée sur l’origine du film, elle raconte: « Du côté de ma mère, je suis issue d’une famille dauphinoise où se sont succédé plusieurs générations d’institutrices, envoyées pour leur premier poste dans des villages alpins reculés, coupés du monde par la neige et la glace… On m’a transmis leurs récits et mon imaginaire y a donc baigné. Comme dans un western, une étrangère débarque dans un village inhospitalier et va devoir s’imposer : c’est un bon début !«
A propos du casting, elle ajoute: « En premier m’est venue l’envie de travailler avec Galatea Bellugi car sa prestation dans le film Une apparition de Xavier Giannoli m’avait durablement marquée. Avec Marie Cantet, la directrice de casting, nous avons lancé un grand et long casting sauvage dans les Hautes-Alpes pour constituer la communauté de montagnards qui lui ferait face. En parallèle, nous avons choisi d’autres acteurs professionnels (Matthieu Lucci, Samuel Kircher, Sharif Andoura) car j’avais envie de créer une dynamique fertile au sein de ce groupe. Les pros avaient la connaissance des tournages, les non-pro avaient la connaissance de la montagne. Ça les a mis sur un pied d’égalité qui était beau à filmer… C’est le froid qui donnait le La sur le plateau. Je crois que les conditions extrêmes ont aidé les acteurs, qu’ils soient professionnels ou non. Le vent qui gèle le nez, la neige dans laquelle on s’enfonce ou glisse, ça engage le corps. Leur jeu est marqué d’une incarnation immédiate. Idem à l’intérieur des maisons, peuplées d’animaux : ça crée une présence organique, un surplus de vie. Tout est habité. J’aime travailler avec le réel, avec ce qu’on ne peut pas maîtriser, et en faire la matière dont je vais tirer le romanesque« . (extrait de l’entretien paru dans le filmfrancais.com)
« Émile Sornin (connu pour son projet Forever Pavot et, au cinéma, pour Simple comme Sylvain) signe la musique du film… La partition façonne l’environnement hostile et les états psychologiques des personnages. Elle s’appuie sur un alliage d’éléments sonores traditionnels et d’une sensibilité contemporaine pour créer des atmosphères spectrales et hantées. Celles-ci, empreintes de résonances folkloriques et d’une forte étrangeté, sont obtenues grâce à des sonorités singulières (boîte à bourdon, flûte, Ondes Martenot) qui évoquent l’isolement, l’austérité et une tension psychologique. La musique apporte également une touche de chaleur à cet univers glacial grâce à l’ajout de bongos et de piano. Cette instrumentation a été inspirée par la partition d’Ennio Morricone pour le film Quando l’amore è sensualità. Elle comprend une chanson originale, « Dès que l’ombra ven d’arriba« , sorte de chant funèbre sur des paroles de Louise Hémon adaptées en occitan ». (cinezik.com)
Notre Article
par Josiane Scoleri
L’Engloutie, le titre en soi annonce déjà la couleur. Le terme, malgré ses connotations sensorielles, énonce d’emblée un rapport de force qui ne laisse aucune chance. Et pourtant, malgré ce titre sans appel, L’Engloutie est un film qui se situe tout entier dans une tension, une résistance où il faut s’arc-bouter et tenir. Face aux forces aveugles de la Nature avec un grand N, face à la superstition et à l’obscurantisme, face aux pulsions de l’inconscient, face à la solitude, face à la mort. Il existe mille façons de se faire ou de se laisser engloutir. C’est l’expérience que va faire Aimée, jeune hussarde de la République, qui croit dur comme fer à la mission civilisatrice de l’Education. Nous sommes au tournant du siècle, le XXième du nom.
Sur un canevas classique de l’étrangère qui vient littéralement d’un autre monde et du « choc des civilisations » qui s’en suit nécessairement, le film se situe sur une trajectoire hautement improbable où viendrait se croiser Ermano Olmi et Céline Sciamma. Olmi pour la dimension ethnographique du propos, Céline Sciamma pour cette capacité à filmer sans une once de voyeurisme l’incandescence du désir. Ce n’est pas donné à tout le monde, loin s’en faut.
Le film oscille constamment entre ces deux pôles. D’un côté, de magnifiques scènes d’intérieur très sombres, éclairées à la bougie ou au feu de cheminée grâce entre autres au travail impeccable de la cheffe op, Marina Atlan. Ou encore les plans somptueux de la montagne elle-même où le blanc le plus éclatant règne sans partage. Le film nous offre à ces moments-là des images certes spectaculaires, mais sans doute encore un peu lisses. Là où le film décolle véritablement pour gagner en puissance et trouver son souffle véritable c’est bien plutôt dans la peinture du corps et de l’intime, avec un remarquable travail sur la bande-son.
Louise Hémon joue ainsi de multiples oppositions, certaines évidentes, (le Français/le patois, les règles d’hygiène/les vertus de la crasse, le rationnel/la superstition, etc…), d’autres plus formelles (intérieur/extérieur, exiguïté/immensité, l’ici et l’ailleurs, obscurité/lumière, refoulé/exposé, corps emmitouflés/corps dénudés, etc…), dans une sorte de profusion qui forme un entrelacs serré autour du personnage principal.
Dans une une des toutes premières scènes du film, nous découvrons la jeune Aimée fraîchement débarquée en train de lire Descartes à la chandelle dans son lit, tout en s’émouvant fortement d’une épaule nue sommairement dessinée sur une page. La réalisatrice n’hésite pas à suggérer clairement la masturbation, sans s’appesantir mais sans rien éluder non plus. Reste ce télescopage entre Descartes et la sexualité. Il y a sans doute plus d’humour qu’il y paraît à première vue dans cette étonnante Engloutie. Le film est ainsi plein de surprises qui constituent de multiples indices lancés comme autant de cailloux du Petit Poucet.
Nous sommes en 1899 et les enfants de ce minuscule village perdu connaissent l’existence de l’Algérie, de la Californie et de la Prusse. Trois endroits du monde fortement liés à l’histoire de la France à l’époque. La Prusse, car la guerre de 1870 n’est pas encore bien loin. L’Algérie, colonie française de peuplement où viendront s’installer des centaines de milliers de Français en provenance des régions les plus pauvres. Enfin la Californie, terre mythique de la Ruée vers l’Or depuis le milieu du XIXième siècle. Le vaste monde est ainsi présent par bribes au fond des Alpes, mais ça reste des noms, derrière lesquels on ne peut rien se représenter. Raison pour laquelle sans doute, la cinéaste n’approfondit pas cette piste qui raisonne pourtant avec bien des sujets contemporains.
Car même si elle vient du documentaire, Louise Hémon a visiblement à coeur de nous livrer une fiction qui n’explicite pas tout. Et c’est sans doute le pari le plus audacieux du film, de nous laisser avec des idées suggérées et des scènes plus ou moins énigmatiques.
C’est la longue scène de la fête du Nouvel An (et du nouveau siècle) qui est le point de bascule. C’est une scène collective très belle où tous les habitants du village sont réunis: repas plantureux, musique et danse, alcool bien sûr. Les corps et les regards se délient. On pourrait presque dire qu’ à partir de là, dans le dernier tiers du film, le scénario fait mine de nous embarquer vers un film de genre qui ne dit pas son nom. Mystère, disparitions répétées, le statut d’Aimée bascule aux yeux des villageois et les vieux préjugés vis à vis d’une jeune femme, seule, indépendante, différente, reprennent vite le dessus. La sorcière n’est pas loin. Dans cette dernière partie, Louise Hémon semble avoir choisi de donner encore une autre dimension cinématographique à son film. Rêve, réalité, cauchemar, fantasme, il devient par moments difficile pour le spectateur de s’y retrouver. Les pistes sont brouillées et les clefs multiples. C’est précisément ce foisonnement un peu casse-gueule qui fait tout le prix de ce premier long-métrage.
On pourrait dire la même chose de la bande-son qui mixe instruments anciens (viole à roue, viole à bourdon), ondes Martenot et instruments plus classiques, tout en faisant la part belle aux bruitages et aux sons naturels. La musique ici est partie prenante du récit, avec son propre rythme. La première descente d’Aimée au village est à ce titre totalement significative, avec un « décalage » inexpliqué entre image et musique qui crée d’entrée de jeu le sentiment de quelque chose d’insolite, de mystérieux, voire de dangereux. Enfin un dernier mot sur les acteurs, tous formidables, professionnels et non-professionnels confondus et tout particulièrement Galatea Bellugi qui porte le film de part en part.
Sur le web

« Avec L’Engloutie, présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Louise Hémon fait ses premiers pas à Cannes sous le signe de la neige et du mystère, et signe un (presque ?) film de genre au minimalisme magnétique. D’un scénario d’une simplicité bienvenue – une institutrice tente de s’intégrer au sein d’un minuscule hameau enneigé aux confins des Hautes-Alpes – la cinéaste parvient à installer une atmosphère envoûtante, et nous emprisonne petit à petit dans une toile bien moins inoffensive qu’elle n’y paraît… Malgré la blancheur virginale de ses sommets enneigés, c’est bien de désir dont nous parle L’Engloutie. Délestée de ses innombrables fourrures, le corps vibrant d’Aimée se rappelle à elle dans l’intimité de sa petite chambre. Et tout est bon pour incarner ses fantasmes : des images qui habitent ses vieux livres d’école aux nouveaux voisins, qui défilent dans l’intimité de sa chambre-étable. Autour d’elle, il n’y a par ailleurs que des hommes, toutes les femmes du village étant descendues dans la vallée pour occuper des fonctions de domestiques jusqu’au printemps. C’est un troublant duo de garçons de son âge – incarnés par Samuel Kircher et Matthieu Lucci – qui l’aide à tromper la solitude. En suggérant plutôt qu’en montrant, et grâce à un travail d’orfèvre sur le son, Louise Hémon excelle dans la mise en scène de l’érotisme souterrain et puissant qui lie ses protagonistes. Une respiration, un geste de la main et quelques braises rougeoyantes lui suffisent pour attiser la flamme entre ses héros. Mais derrière les images d’Épinal, l’horreur gronde et se rapproche : seraient-ce les avalanches, les préjugés des villageois, ou autre chose de plus sauvage encore ? À grand renfort d’images épurées, presque sans paroles, la réalisatrice distille les réponses, ou pas, laissant à notre imagination le soin de combler les blancs. Le résultat ? Une énigme délicieuse, un premier film diablement érotique, suspendu entre superstition et réalité ». (sofilm.fr)
« … Dans le huis clos rude des montagnes, l’espace se plie au souffle du vent des neiges comme un sortilège dont Aimée (Galatea Bellugi) tire sa force. Le film distille une atmosphère incantatoire, où l’eau se décline dans tous ses états : celle du bain qui purifie, la vapeur qui embrume les pièces glaciales, et la glace qui se brise et aspire. Hémon filme les visages mordus par le froid, les mains plongées dans l’eau brûlante, les bouches entrouvertes qui laissent échapper des souffles de givre. Il y a quelque chose d’organique, une osmose entre le charnel et le minéral.
L’engloutissement ne se limite pas au paysage : il est aussi métaphorique, charnel. Le sexe s’y vit comme une dissolution, une perte de soi dans l’autre, une fusion organique. Aimée envoûte les jeunes hommes, les conduit à leur perte dans une spirale de désir qui s’apparente à une malédiction. Le film joue avec les motifs de l’enfermement, du secret : un cercueil posé sur le toit, faute de pouvoir enterrer les morts dans un sol trop gelé, qui laisse les défunts veiller sur les vivants et entendre leurs rires. L’espace se tend et se détend au rythme des désirs d’Aimée.
L’espace s’épaissit encore lorsque Aimée s’approche de la grotte, lieu de rencontres clandestines, métaphore évidente de la matrice féminine, de la faille, de la brèche. Enoch (Matthieu Lucci) et Pépin (Samuel Kircher), amants secrets, s’y retrouvent, explorant leurs corps dans l’ombre humide de la roche. Mais l’engloutissement est aussi celui d’un désir contrarié, de la frustration. Au retour du printemps, dans la littérature classique, le désir renaît ; ici, il s’enlise dans la boue fondue, se perd dans les vapeurs des maisons aux fenêtres scellées. Hémon capte avec une acuité rare cette privation, cette suspension dans le temps, posant sur les corps un regard qui les pétrifie et les transcende à la fois.

L’Engloutie est un film qui se déploie comme un envoûtement, une exploration viscérale des éléments de la nature qui se répercute sur les corps, où chaque geste, chaque souffle semble marquer la chair comme le gel s’inscrit dans les veines du bois. Un cinéma de la sensation, brut et lyrique, une déflagration poétique dans la blancheur des montagnes. Car c’est bien là toute la beauté des films dans la montagne : voir les personnages engloutis par les hauteurs du monde ». (tsounami.fr)
« … C’est dans les terres de son enfance, les vallées de la Clarée, des Cerces et de la Vallouise, que Louise Hémon est allée filmer son premier long métrage de fiction, L’Engloutie. Puisant dans la mémoire collective de sa famille, ses souvenirs glacés, ses légendes murmurées, la réalisatrice formée à l’Atelier documentaire de La Fémis présente à la Quinzaine des Cinéastes une œuvre où se mêlent la rencontre avec l’autre, la confrontation entre modernité et croyances ancestrales, la pression du huis-clos et une sensualité troublante… Avec son esthétique rétro, ses teintes sépia et bleutées, un fort grain, Louise Hémon nous transporte aisément dans cet hiver 1899-1900. Plus encore, ces effets teintent d’un halo onirique, parfois doux ou inquiétant, l’histoire qui se déroule sous nos yeux. Le film fait l’économie des dialogues, au service du réalisme. Lentement mais sûrement, au grè des avalanches, L’Engloutie trouve un dénouement en deux temps, saisissant, et prend alors toute sa force. Il fait partie de ces films où les cinq dernières minutes emportent tout avec elles, et en font une oeuvre au scénario inoubliable ». (movierama.fr)
« … A première vue, L’Engloutie ressemble à un film en costumes de plus, mais peu à peu l’ensemble dévoile sa merveilleuse personnalité singulière. Cela passe d’abord par certains détails, notamment dans les dialogues où les certitudes de chacun qui s’entrechoquent avec poésie. Puis cela contamine progressivement la mise en scène, comme cette scène dans une grotte dont les paroies paraissent haleter de plaisir. Aimée est censé représenter la raison mais nul ne la prend très au sérieux, et elle-même commence à ressentir une attirance particulière pour certains garçons du village. La culture n’arrive pas à imposer sa supériorité face à la nature, tel est le bras de fer qui se joue dans ces chaumières.
Devant certaines scènes de L’Engloutie, on ressent une quasi certitude d’être devant une comédie doucement moqueuse. Face à d’autres, devant un ambitieux cours de philosophie sur le libre arbitre. A d’autres moments encore, on se demande si on n’est pas en train de regarder de la folk Horror depuis le début. La rencontre entre le nouveau et l’ancien monde selon Louise Hémon possède bien de facettes différentes, et travaille une délicieuse imprévisibilité tranquille derrière de sages apparences. L’ambition derrière la simplicité, voilà sans doute la marque des grands scénarios ». (lepolyester.com)

« … “Depuis que je suis petite, je passe énormément de temps dans la montagne”, confie la réalisatrice, d’abord connue pour ses documentaires et ses mises en scène au théâtre. “Comme j’aime chercher des histoires partout autour de moi, j’ai beaucoup lu sur ces vallées qui entourent la maison de mes parents. Il se trouve que, dans la famille de ma mère, il y a toute une lignée d’institutrices de l’école laïque qui ont été envoyées faire leur stage dans des villages où personne ne voulait aller, car trop éloignés.” En choisissant les hauteurs givrées pour tourner son premier long-métrage, Louise Hémon sait parfaitement ce qu’elle cherche à provoquer : une ambiance romanesque qui subjugue, autant qu’elle inquiète. L’austérité du paysage est accentuée par une photographie filmée en quatre tiers, créant un huis clos étouffant au sein même de ces grands espaces. Le travail du son joue également un rôle important pour rendre compte des manifestations de la nature qui voit de nombreux phénomènes inexpliqués se produire. “C’est ce que j’appelle le réalisme magique”, déclare Hémon. Son envie de se frotter à l’étrange est palpable. À travers son objectif, chaque parcelle de la montagne se colore d’un symbolisme incroyable. Le village se nomme tout de même Soudain… Soudain quoi ? L’avalanche ? La mort ?
“Mon imaginaire est tel que, parfois, le réel me paraît beaucoup plus fou que ce que je pourrais inventer”, reconnaît la réalisatrice. Il y a une séquence qui le montre très bien dans le film : un homme, probablement le plus âgé du village, meurt et les habitants doivent s’occuper de ses funérailles. Sachant qu’il est impossible de l’enterrer sur le sol gelé, ils décident d’installer son cercueil sur le toit de l’école en attendant le retour des beaux jours. Un rituel qui, selon eux, empêcherait les bêtes de venir le manger, tout en lui faisant bénéficier des rires des enfants. L’institutrice, en revanche, en fait des cauchemars.
Le film avançant, Louise Hémon emmène son spectateur dans un imaginaire de plus en plus horrifique, porté par une Galatéa Bellugi troublante. Dans ce terrain hostile qui lui semble être à ceci près le pays de l’ignorance, il n’y a que sur ses sens qu’elle peut se fier. Elle observe, goûte, sent et écoute les moindres signes jusqu’à en être fascinée. C’est ainsi qu’elle s’aventure dans une caverne, avant que les bruissements érotiques de deux hommes de son âge (Samuel Kircher et Matthieu Lucci) ne la surprennent. Le son de leurs ébats rebondit dans l’obscurité, rendant l’acte presque irréel. “Comme la caméra se balade dans l’humidité noire de la grotte, le spectateur est amené à fouiller le plan pour tenter d’y voir quelque chose, sans y parvenir”, explique la réalisatrice pour qui “le cinéma est un outil de voyeurisme sublime”. Il se déploie dans de très belles scènes intimes. Qu’il s’agisse d’un moment de plaisir solitaire ou de la rencontre sexuelle de différents êtres, Louise Hémon capture la sensualité avec une dextérité impressionnante ». (vogue.fr)

« …Filmé avec une intensité et une proximité quasi documentaire dans un imposant décor enneigé et une topographie très visuelle, L’Engloutie est une œuvre originale à l’atmosphère très forte, notamment grâce au travail « bergmanien » sur l‘obscurité de la chef-opératrice Marine Atlan et à la musique hantée d’Émile Sornin (qui utilise entre autres des ondes Martenot, une boîte à bourdon, de la flûte et des percussions). Une ambiance d’étrangeté de premier ordre qui distingue une réalisatrice encore perfectible, mais dotée d’un vrai style distinctif ». (cineuropa.org)
« … Le film endosse, dans un premier temps, un registre de film d’époque romantique : Aimée semble intéressée par Enoch (Matthieu Lucci) mais il passe du temps à découvrir des plaisirs sensuels dans une caverne aux côtés de Pépin (Samuel Kircher), lui-même poussé par son père à séduire Aimée… Ce triangle amoureux, aussi improbable qu’attachant, captive le spectateur, qui n’a rapidement qu’une idée en tête : savoir qui gagnera finalement le cœur d’Aimée. Mais le scénario déjoue constamment nos attentes, car à peine pense-t-on avoir parié sur le bon prétendant que celui-ci s’avère introuvable le matin venu. Et le film de basculer dans un thriller mystique des plus plaisants.
Aimée est-elle responsable ? Quelqu’un les aurait-il vus et s’en serait pris au jeune homme ? Si pas, faut-il voir en Aimée une meurtrière ou une sorcière ? Autant de questions avec lesquelles la réalisatrice joue, elle qui a déjà présenté son film comme une œuvre sensuelle où la chair est reine et noble à la fois. Pas besoin d’être cru pour montrer des jeunes découvrant leur sexualité ou le corps de l’autre. C’est parfois maladroit, parfois un peu étrange, mais il y a ici dans l’approche de la sexualité une volonté d’être universel. Louise Hémon présente le plaisir masculin et féminin sur un pied d’égalité grâce à des gros plans subtils et des actions et des sons hors-champs particulièrement prenants.
Le trio d’acteurs principaux est redoutable, mais c’est sans surprise Galatéa Bellugi qui nous happe… Voilà un film particulièrement froid qui vous tiendra chaud ! » (ecrannoir.fr)
Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri.
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