
Samedi 17 Mai 2025 à 20h
Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice
Film de Juho Kuosmanen, Finlande, 2025, 1h01, vostf
A Kokkola, charmante petite ville finlandaise non loin du cercle arctique, ce ne sont pas les déjantés qui manquent ! Comme Romu-Mattila, un marginal qui décide de partir s’installer en Suède avec son chien, des trafiquants d’alcool accompagnés d’un cochon ou encore une gardienne de phare qui rêve de se lancer dans une grande aventure spatiale.
« L’idée d’une trilogie a commencé à germer au début des années 2010, lorsque j’ai fait la connaissance de Heikki Kossi, ingénieur du son et formidable bruiteur. Heikki avait déménagé à Kokkola et, en échangeant avec lui, je me suis rendu compte que j’avais envie de créer une performance cinématographique où l’on verrait les bruiteurs à l’oeuvre, accompagnant les films en direct sur scène, aux côtés d’un orchestre. J’ai toujours aimé les films muets et je trouve fascinant de constater que, selon la manière dont le son est associé à l’image, un langage complètement nouveau se forme. Une paire de noix de coco peut ainsi faire naître le galop d’un cheval. J’ai pensé que l’expérience serait proche de la magie et du caractère ludique des premières projections de films. » (Juho Kuosmanen)
Les Contes de Kokkola, une trilogie finlandaise se compose de trois courts-métrages :
- Mattila le vagabond et la jolie femme – 2012 – 27min
Le premier film de cette trilogie raconte l’histoire de Romu-Mattila, vieil homme vivant avec son chien qui, après avoir perdu sa maison, décide de vendre le reste de ses biens et de déménager en Suède. L’histoire s’inspire librement de celle de Seppo Mattila (l’acteur qui incarne Romu-Mattila), qui s’est longtemps battu avec la municipalité de Kokkola pour conserver son logement, jugé inhabitable. L’attention suscitée par le film a (peut-être) influencé la décision finale de la ville : Seppo Mattila ayant finalement été autorisé à rester chez lui jusqu’à la fin de sa vie.
- Bouilleurs de cru clandestins – 2017 – 16min
En 2016, Otto Kylmälä, producteur et organisateur de festivals, suggère à Juho Kuosmanen de tourner un remake « à la manière de » du premier film de fiction finlandais jamais réalisé The Moonshiners (1907, Salaviinanpolttajat en finnois), disparu depuis longtemps. L’idée plaît à Kuosmanen qui réalise sa version rapidement afin qu’elle soit projetée lors des célébrations du centenaire de l’indépendance du pays.
- Une planète fort lointaine – 2023 – 17min
Une aventure spatiale dont les décors et les accessoires sont faits-maison. Juho Kuosmanen a choisi de raconter l’histoire de Marlanda, gardienne de phare, et de son petit frère Maximilien, dans leur tentative de survivre à la « fin de tout ».

Le réalisateur est né à Kokkola, il explique: « Kokkola est une petite ville finlandaise en apparence très ordinaire. Quand je dis « ordinaire », il ne s’agit pas d’un terme péjoratif, bien au contraire. Pour moi, les fortes personnalités finissent toutes par se ressembler, tandis que les gens ordinaires, eux, savent surprendre. Kokkola, c’est un peu comme Twin Peaks, mais avec des phénomènes encore plus étranges. Les histoires de la trilogie trouvent leur ancrage dans cette ville surtout à travers ses habitants – les acteurs sont des locaux – et sa géographie, la plupart des lieux de tournage sont situés en son sein. Pour moi, travailler à Kokkola me ramène à l’époque où le cinéma n’était encore qu’un jeu. Avec les longs métrages, tout est devenu plus sérieux, alors ces films me permettent de retrouver une forme d’insouciance. Kokkola est mon terrain de jeu, une source de créativité, d’espièglerie et de naïveté. Autant de valeurs essentielles à mes yeux.«
Interrogé sur les difficultés qu’il a pu rencontré dans la réalisation de ces trois courts-métrages, il répond : « Le premier a été réalisé sans aucun financement public, ce qui a rendu la recherche de fonds particulièrement ardue. Pour le deuxième, c’est le temps qui a fait défaut, le projet ayant été mené à un rythme effréné. Quant au dernier, c’est le scénario qui manquait : je savais seulement que je voulais voir Jaana Paananen en héroïne, mais l’histoire, elle, n’existait pas. Il n’y avait que des idées éparses, sans véritable cohérence. Comment ai-je surmonté tout cela ? En travaillant, sans doute. Le cinéma, c’est 90 % d’obstacles à franchir – sans exception. Je dirais que c’est l’essence même du métier.«
Concernant ses sources d’inspiration pour écrire ses films, il ajoute : « Je ne cherche pas à imiter d’autres films, mais les influences, elles, sont inévitables et viennent de multiples horizons. Je n’en ai pas toujours conscience sur le moment, mais il m’arrive, en revoyant mon travail plus tard, de reconnaître l’origine de certaines idées. Pour Bouilleurs de cru clandestins, qui comporte plus de burlesque, il n’y a pas de référence précise, mais pendant la préproduction, j’ai vu Les Mendiants de la vie de William A. Wellman, et je l’ai adoré. Il a inspiré l’atmosphère un peu « hobo » du film. Pour les autres, je dirais des Chaplin, un peu de Voyage dans la lune de Georges Méliès, un peu de Guy Maddin et aussi du film étonnant Aelita du réalisateur soviétique Yakov Protazanov.«

Sur le travail avec les acteurs, il explique : « Chaque expérience est unique, car les acteurs sont des non-professionnels et abordent le jeu à leur manière. Pour ma part, je crois que les émotions les plus sincères s’expriment souvent sans paroles – les mots, après tout, servent aussi à masquer la vérité. Seppo Mattila et Jaana Paananen sont par exemple des personnalités hors du commun. Mon rôle s’est donc limité à créer les conditions idéales pour qu’ils puissent s’exprimer pleinement. Lorsqu’on a la chance de travailler avec des figures aussi singulières, l’essentiel est de préserver leur authenticité.«
Notre article
par Josiane Scoleri
Kokkola est sans doute à Juho Kuosmanen ce que Winnipeg est à Guy Maddin, la férocité en moins. C’est en tout cas le terreau auquel il se nourrit et où il revient toujours. Ces trois courts-métrages réalisés sur près de 10 ans ont d’ailleurs été tournés avec – pour la plupart – des acteurs non professionnels habitant dans cette ville, souvent des amis du réalisateur ou tout au moins des connaissances. L’ancrage dans le territoire est donc bien réel, alors que nous sommes dans le conte, voire dans le fantastique. C’est un grand écart que le réalisateur assume sans complexe et ce n’est que le premier d’une longue série.
Tout d’abord, il s’agit de trois films muets, tournés en Noir et Blanc et sur pellicule. La pellicule semble même avoir été trafiquée, grattée, rayée, alors que cette aspect vieilli est le simple fait de l’usure de la pellicule sur un projecteur 16mm. Surtout, alors que nous pourrions facilement nous laisser prendre par les apparences (esthétique d’un autre âge, effets spéciaux visiblement bricolés, etc…) Juho Kuosmanen glisse de ci de là des éléments bien du XXIème siècle (le téléphone portable, la carte de crédit, le GPS, etc…), histoire de ne pas oublier que tout ça, c’est du cinéma, donc du faux, mais du faux qui permet d’aller au coeur du réel. Et c’est précisément ce qui rend cette modeste trilogie si touchante et singulière à la fois. Elle vibre d’un amour inconditionnel pour le cinéma. Qu’aujourd’hui, 130 ans après l’invention du cinéma, un réalisateur décide de renoncer non seulement à la plasticité du numérique mais également à la piste son, voilà qui mérite qu’on s’y arrête. D’ailleurs, les premières projections ont eu lieu avec le projecteur installée dans la salle ainsi que les musiciens plus un bruiteur des plus inventifs qui jouaient leurs partitions en direct. Car pour un film muet, Les Contes de Kokkola, sont sacrément sonores. On pourrait même dire que la bande-son constitue un personnage à part entière. C’est d’ailleurs principalement la musique qui sert de fil conducteur et relie les trois films entre eux. Mais au-delà de l’exercice formel qu’on pourrait trouver anecdotique et de la beauté du geste que certains qualifieraient – à tort – de nostalgique, Les Contes de Kokkola sont avant tout une formidable leçon de cinéma qui nous raconte des histoires et crée des personnages comme toute oeuvre de fiction.
Des personnages portés par des acteurs et actrices qui habitent le plan avec force dès qu’ils apparaissent à l’écran, c’est clairement la marque des grands acteurs. Kuosmanen joue bien sûr de physiques atypiques qui accrochent d’emblée le spectateur. Que ce soit la présence minérale de Seppo Mattila dans le court-métrage Mattila le vagabond et la jolie femme ou le tandem frère et soeur – le très grand et très maigre Tomi Alatalo et la très grande et très massive Jaana Paananen dans le court-métrage Les bouilleurs de cru clandestins, on n’est certainement pas dans le standard, Les corps vrais, non formatés, sont rares au cinéma. En France, il n’y a guère qu’ Alain Guiraudie pour oser cette corporalité, cette épaisseur qui donne un ancrage immédiat aux personnages et à tout leur environnement. Car un corps, bien sûr, c’est aussi une manière de se mouvoir et de s’approprier l’espace. Il y a quelque chose de cet ordre là chez Kuosmanen. Mais il y ajoute cette touche d’humour décalé, visiblement une spécialité finlandaise, que nous avons découvert dans nos contrées chez Kaurismaki. Un humour poétique et tendre qui enveloppe les personnages et les rend attachants. Car sinon, comment croirait on à ces histoires abracadabrantes, voire même carrément absurdes? Kuosmanen nous demande de lâcher le rationnel et d’accepter sans rechigner toutes les conventions qu’il nous propose. Là aussi, il s’agit bien, au fond, de l’essence même du cinéma. Car à partir du moment où on accepte de lâcher, non seulement on s’identifie aux
personnages comme dans tous les films, mais on en redemande. L’absurde n’est jamais assez cocasse, le merveilleux n’est jamais assez magique.
La force de cette écriture cinématographique, c’est précisément de situer dans le burlesque avec une aisance rare, sans tomber dans le grotesque qui nous ferait immanquablement sortir du film. Kuosmanen se ballade ainsi en funambule sur le fil du rasoir pour notre plus grand plaisir. Dans cet univers, les petites gens, comme on disait dans le temps, essaient de s’en sortir par tous les moyens, mais ils ont – a fortiori- de petits moyens, à la hauteur de leur vie. Et même quand ils essaient l’arnaque, ça reste totalement dérisoire. Le court-métrage Les bouilleurs de cru clandestins pousse à fond cette logique et on est forcément du côté de ces deux losers qui seraient pathétiques s’ils n’étaient justement aussi tendrement inoffensifs.
Les décors, les costumes et les accessoires jouent leur rôle à plein dans la création de cet univers où l’hétéroclite tient lieu d’esthétique. Kuosmanen nage comme un poisson dans l’eau dans ce bric-à-brac bricolo qui requière autant d’inventivité que d’ ingéniosité, comme aux premiers temps du cinéma. Le dernier court-métrage, Une planète lointaine est bien sûr un hommage au Voyage dans la lune de Méliès, mais si nos deux héros veulent quitter la Terre, ce n’est pas parce qu’ils rêvent aux étoiles, ni par esprit d’aventure, c’est bien plutôt parce que «c’est la fin de tout» et qu’il faut bien essayer de survivre quelque part… Tiens, tiens, finalement pas si déjanté ni déconnecté du réel, l’ami Kuosmanen. Et si malgré les artifices multiples, le noir et blanc, le muet et la cocasserie à tous les étages, le film se voulait aussi une salutaire piqûre de rappel quant à l’extrême fragilité de la condition humaine et à la noirceur des temps présents.
Sur le web
« Il y a des films de niche qui surviennent sur les écrans comme des invitations au bonheur et à redécouvrir les richesses inépuisables du septième art. Les contes de Kokkola, une trilogie finlandaise est de ceux-là, construits dans une langue qui allie non sans ingéniosité, l’héritage direct d’un cinéma d’hier et l’inventivité renouvelée d’un genre artistique. Le film est bâti sur trois courts-métrages, tous tournée dans un noir et blanc assez somptueux, où le son parvient à se fondre dans un théâtre de la vie humaine et les paroles ont été remplacées par la musique. Juho Kuosmanen raconte l’existence à travers des personnages déjantés et attachants qui ont pour traits communs d’être en quelque sorte des exclus de la société. On rencontre un vieil homme qui se fait expulser et tente désespérément de vendre le mobilier qui lui reste, un couple de trafiquants d’alcools forts accompagnés de leur cochon, et une gardienne de phare, veuve de surcroît, dont les yeux penchent vers les astres.
Le contraste entre une affiche très colorée et trois contes pétris de noir et blanc témoignent d’un cinéma finlandais qui emprunte toutes les voix possibles de l’imagination. Devant un tel film, on a évidemment en tête les déambulations sociales et poétiques de Kaurismäki à travers son pays. Juho Kuosmanen offre un regard sur ces gens de la marge tout autant nourri de tendresse que d’humour. Il faut souligner le formidable travail de casting qui a permis de mettre en scène ces gueules de cinéma, comme sorties de la tête de Charlie Chaplin, dans une période incertaine où la modernité se mêle à une forme d’universalité et d’atemporalité.

Juho Kuosmanen assume avec brio un style qui a à voir avec le spectacle de marionnettes. Les décors semblent tout droit dérobés sur les planches d’un théâtre, là où la caméra s’évertue à flouter ce qui pourrait ressembler à des paysages. On se croirait, notamment avec le dernier des trois courts-métrages, propulsé dans l’univers baroque et fantaisiste de Max Ophüls. Juho Kuosmanen joue avec les genres, les époques et les références cinématographiques, dans une matière filmique qui puise son inspiration autant dans l’animation que le réalisme. En effet, le retour au réel vient précipiter à chaque fois les personnages dans la dureté du monde, sauf peut-être pour le dernier personnage qui semble avoir trouvé sur son engin de l’espace la maison du paradis.
L’usage de la musique constitue un intérêt majeur dans ce film. On peut dire qu’elle se substitue habilement aux dialogues, dans des styles très différents d’un court-métrage à l’autre. Le réalisateur dérange les normes du cinéma, pour parvenir à une langue fantaisiste et originale. Les contes de Kokkola, une trilogie finlandaise s’offre comme une oeuvre qui pourra séduire les adultes et les enfants, chacun pouvant trouver dans ces trois histoires un bout d’eux-mêmes. Le format relativement court apporte au film un rythme qui conviendra à tous les publics… Les contes de Kokkola, une trilogie finlandaise est tout simplement écrit et réalisé au bénéfice du rêve, dans la continuité des premiers films muets qui avaient déjà tout dit du cinéma à venir. » (avoir-alire.com)
« …La finitude de tout et tous, l’éclatement de l’espace-temps inspirent à Juho Kuosmanen une magnifique épopée miniature à la Méliès, entre terre et ciel. Où le bricolage ludique des accessoires et des effets spéciaux apportent un contrepoint enluminé à la mélancolie déchirante des adieux. » (telerama.fr).
« … On notera que c’est la seconde fois cette année que le cinéma représente une tentative de capturer la lumière. Après Luigi Comencini dans Prima la vita, qui offrait à sa fille Francesca (réalisatrice du film-hommage à son père), une boule magique, c’est ici une gardienne de phare qui s’empare de la sphère pour l’emporter dans l’espace vers un avenir meilleur. Car c’est aussi l’évocation de la finitude de notre planète que le film, dans toute son extravagance, évoque sérieusement. C’est assez exemplaire du cinéma de Kuosmanen qui semble inscrire la plus profonde sincérité à équidistance du sérieux et de la bêtise…. Les trois courts-métrages se situent aussi résolument entre artificialité et authenticité. Ce sont les corps vrais des acteurs non-professionnels qui instillent une valeur documentaire à des images par ailleurs volontairement marquées par le sceau de la fabrication, jusque dans les imperfections de la pellicule et l’ensemble des sons reproduits par bruitage… Des corps atypiques, burlesques à leur manière comme on peut en voir chez Kaurismäki le grand frère finlandais dont on aperçoit une affiche de La Fille aux allumettes. Du réalisateur des Feuilles mortes, on retrouve également le goût de la musique (essentielle dans chacun des courts ici présentés, qu’elle donne le ton, marque l’humeur ou imprime le rythme) et des rencontres de hasard. Chassé de sa maison, le protagoniste du premier conte, Mattila, le vagabond et la jolie femme, se retrouve sur les routes avec sa chienne Elsa. C’est dans un bar sans joie où on organise spontanément une cagnotte en sa faveur, qu’il recueille quelques piécettes et une alliance. C’est le bonheur du cinéma muet que d’être soumis à la loi de l’image parlante, moteur discret de la narration.

Le conte du milieu, Bouilleurs de cru clandestins est le remake de Salaviinanpolttajat (The Mooshiners), le premier film de fiction finlandais réalisé en 1907, mais disparu depuis si longtemps que Kuosmanen n’a pu le voir. Le film était une commande pour les célébrations du centenaire de l’indépendance du pays. Kuosmanen, à partir d’un synopsis, a imaginé sa propre version. C’est le segment le plus ouvertement burlesque du programme, suivant les péripéties d’un frère et d’une soeur qui touchent un héritage et s’improvisent bouilleurs de cru clandestins. On y croise déjà Jaana Paananen, la « femme de l’espace » d’Une planète fort lointaine, à l’expressivité naturelle. Le film se délecte de courses, chutes et gags visuels dans la grande tradition des géants du muet. Une séance intemporelle et anachronique à s’offrir comme une récréation. » (lebleudumiroir.fr)
« … Le film explore un monde en transition, où le passé se heurte violemment à un présent désenchanté. Les récits, portés par des personnages marginaux et attachants, oscillent entre tristesse et espoir. La maison saisie, le phare abandonné, ou encore les gestes simples du quotidien deviennent autant de symboles d’un monde qui s’effrite. Avec une esthétique romantique et un usage subtil du silence, Juho Kuosmanen livre une oeuvre contemplative qui interroge sur l’évolution de nos sociétés et la perte des traditions. Ce film, à la fois intime et universel, s’impose comme une réflexion sur l’appauvrissement matériel et spirituel dans un monde en mutation.
Les Contes de Kokkola est une trilogie finlandaise. Trois courts métrages révélant la sensibilité et humanisme en voie de perdition. Le projet s’inscrit dans une volonté de capturer l’âme d’une région souvent méconnue : Kokkola, petite ville finlandaise proche du cercle polaire. Inspiré par les histoires locales et les transformations sociales qui touchent cette région, le réalisateur tisse trois récits distincts, mais reliés par un fil rouge : la confrontation entre tradition et modernité… Ces histoires, bien que fictives, puisent dans des réalités sociales et économiques bien réelles, faisant écho aux bouleversements vécus par les habitants de cette région.

Le casting réunit des acteurs finlandais .talentueux qui apportent une authenticité saisissante aux personnages. Parmi eux, Jaana Paananen incarne avec justesse une femme confrontée à la précarité tandis qu’Aku-Petteri Pahkamäki prête ses traits à un jeune contrebandier plein d’espoir. Juha Hurme et Seppo Mattila se distinguent également par leurs performances nuancées dans des rôles empreints de mélancolie. Ces interprètes sont dirigés par Juho Kuosmanen avec une sensibilité particulière pour capturer les émotions brutes et les silences chargés de sens. Le silence apporte ce que les mots ne savent plus faire entendre. Ce même silence qui entoure les injustice sociale et l’isolement des plus faibles. Outi Airola complète cette distribution en incarnant un personnage féminin qui symbolise la résilience face à l’adversité. Ce casting homogène contribue à renforcer l’authenticité des récits tout en mettant en lumière des talents souvent méconnus hors des frontières finlandaises.
Au-delà de sa dimension narrative, ce corpus filmique s’impose comme une réflexion philosophique sur l’évolution des sociétés modernes. À travers ses trois histoires, le film explore les conséquences de l’appauvrissement matériel et spirituel sur les individus. La maison saisie ou le phare abandonné deviennent des métaphores puissantes du rejet des traditions au profit d’une modernité souvent vide de sens. Les personnages marginalisés incarnent cette lutte silencieuse contre un monde qui avance sans eux, laissant derrière lui des fragments d’humanité oubliée. Le film interroge également sur notre rapport au passé : que reste-t-il lorsque les repères traditionnels s’effondrent? Dans un contexte où les valeurs communautaires sont remplacées par l’individualisme, Les Contes de Kokkola invite à repenser notre lien avec nos racines. En mêlant poésie visuelle et critique sociale, Juho Kuosmanen propose une oeuvre profondément humaniste qui résonne bien au-delà des frontières finlandaises. » (direct-actu.fr)

« … Kuosmanen, en construisant ce triptyque sur plus d’une décennie, propose bien plus qu’un hommage au cinéma muet. Il invente une forme hybride, artisanale, entre documentaire, fiction, et poésie sociale. Les trois films sont reliés par une même attention aux gestes oubliés, aux visages fatigués, aux objets pauvres. La pellicule, rugueuse, raturée, devient mémoire matérielle. Les sons bruités redonnent du corps aux actions simples. Les acteurs — tous non-professionnels — incarnent une vérité que les castings calibrés n’offrent plus. Ce n’est pas un style, c’est un choix de cinéma : celui de regarder ce que la modernité laisse derrière elle. Alors que le progrès technologique prétend tout optimiser, Kuosmanen préfère l’inutile. Il s’attarde sur les veilleurs de nuit, les derniers gardiens de phares, les anciens, les sans-fonction, les bricolos. Il leur accorde le temps, l’espace, le cadre. Par l’économie du plan et la modestie des moyens, il rappelle que le cinéma peut encore opposer une forme de résistance à l’effacement. Il ne nous dit pas que l’avenir est ailleurs. Il nous dit que parfois, c’est le fait de tenir une lampe inutile qui devient, contre tout, un acte de présence. » (cestquoilecinema.fr)
« Avec un grand prix du jury en poche au Festival de Cannes pour son Compartiment n°6, rail-trip aux airs de voyage initiatique ferroviaire sans boursouflure, ode à la curiosité dans une Russie rurale accessible à l’époque, le réalisateur finlandais Juho Kuosmanen revient sur grand écran avec une trilogie de courts métrages muets en noir et blanc qu’il concocte depuis plus d’une dizaine d’année dans sa ville natale, Kokkola. Petite merveille d’esprit et de fantaisie Les Contes de Kokkola se regarde avec autant de plaisir que son réalisateur semble avoir pris à les faire. Il nous raconte les histoires dans les histoires de ce film fait maison. » (sofilm.fr)
Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri.
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