Les Filles



Vendredi 05 décembre 2025 à 20h

Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice

Film de Mai Zetterling, Suède, 1968, 1h40, vostf.


Trois comédiennes, Liz, Marianne et Gunilla, partent en tournée pour jouer Lysistrata d’Aristophane. Presque deux mille ans séparent l’écriture de cette pièce de sa représentation en Suède. Pourtant, les trois interprètes trouvent en leurs personnages des échos troublants à leur propre vie…

« Une des grandes qualités du film, c’est qu’il n’aboutit à aucune conclusion : mais sans rien démontrer, il montre. Nous sentons ce que cela signifie d’être une femme. » (Simone de Beauvoir)

À l’orée des années 1940, la Suédoise Mai Zetterling fait ses débuts au cinéma en tant que comédienne. Elle se fait remarquer en 1944 pour son rôle dans Tourments, réalisé par Alf Sjöberg et écrit par Ingmar Bergman (elle tournera également sous la direction de ce dernier en 1947 dans le film Musique dans les ténèbres). Après avoir passé une partie de sa carrière en Angleterre, Mai Zetterling se lance dans la réalisation au début des années 1960. Elle commence par tourner des documentaires ethnographiques financés par la BBC, puis enchaîne sur un court-métrage de fiction, Le Jeu de la guerre, primé à la Mostra de Venise de 1963. L’année suivante, elle réalise son premier long-métrage, Les Amoureux, présenté au Festival de Cannes en 1965. Mai Zetterling s’impose dès lors par sa voix franche et puissante. Ce film sera le premier d’une série d’oeuvres consacrées prioritairement à l’étude de la condition féminine. Elle réalise par la suite six longs-métrages, dont Jeux de nuit (1966), Les Filles (1968) et Amorosa (1986), avec certaines des stars les plus emblématiques du cinéma suédois comme Harriet Andersson ou Ingrid Thulin. La réalisatrice participe en parallèle à des films collectifs et tourne également des séries télévisées. Pionnière du cinéma féministe, Mai Zetterling s’est rapidement attirée les foudres de l’establishment patriarcal avec des oeuvres d’une modernité saisissante et d’une grande liberté de ton. Centrés sur des personnages féminins forts, ses films politiquement engagés dressent un certain état des lieux de la « vieille Europe », encore empreinte de puritanisme et sous domination masculine.

Notre Critique

par Sylviane Socci

57 ans après sa sortie, Les filles est-il daté ou permet-il encore de penser l’être femme ?

Sujet grave sur un mode ludique.

Mai Zetterling armée de sérieux et d’humour, donne à entendre la voix des femmes. Le film avance « par sauts et gambades» (Montaigne), dans un montage de scènes enchâssées: répétitions théâtrales, scènes de la vie quotidienne tissées d’échanges avec maris ou amant, pensées oniriques. Les ruptures de rythme étonnent, à l’exemple des audaces du cinéma de La nouvelle vague fin des années 50. Sur une mélodie simple, dépouillée de Michael Hurd, le générique donne le ton, image toute de gris et blanc jouant sur transparence et géométrisation. Un zoom arrière introduit le récit filmique dans un plan où les jeux de reflets sur les baies vitrées, ouverture et/ou enfermement dans l’espace, interrogent. Des voix mi-sérieuses, mi-enjouées, se mêlent à la musique et en accord avec elle, troublent la perception.

Lysistrata (-411) et Les filles

Quel lien voir entre le film et la comédie d’Aristophane (-445 à -380)? Nous sommes invités à suivre par des chemins de traverse l’évolution mentale d’un trio de comédiennes interprétées par Bibi Andersson, Harriet Andersson et Gunnel Lindblom, grands noms du cinéma suédois, en particulier Bergmanien. Après la scène d’exposition, chacune est caractérisée par un montage de gros plans du visage associés à des propos en voix-off non diégétiques du personnage qu’elle interprète dans la comédie. Aristophane s’oppose, pour éviter l’asservissement aux Barbares, à une guerre de près de 30 ans entre Spartiates et Athéniens. Défenseurs des paysans de l’Attique, il dénonce les discours des démagogues (mais par ignorance de sa pensée, il ridiculise Socrate dans Les nuées). Dans sa pièce – Lysistrata signifiant qui délie des combats militaires – l’arme des femmes consiste «pour arrêter la guerre, à ne pas faire l’amour». Elles réussissent à s’emparer de l’Acropole et du Trésor public. Privés de sexe et d’argent, les hommes consentent à la paix. Pendant une représentation Marianne (Myrrhine), un sourire de satisfaction sur son visage, s’imagine son amant à ses trousses sur une musique frénétique dans un paysage enneigé. Cette corrélation de l’intime et du politique ne surprend pas dans la cité grecque. Qu’en est-il aujourd’hui?

«Une des grandes qualités du film, c’est qu’il n’aboutit à aucune conclusion : mais sans rien démontrer, il montre. Nous sentons ce que cela signifie d’être une femme. » (Simone de Beauvoir)

Assez vite l’univers filmique se complique. Certes, nous partageons des moments de vie de Liz, Marianne et Gunilla, mais le film n’est ni simplement narratif, ni choral. Le texte d’Aristophane court tout au long. Par une photographie d’un noir et blanc intemporel l’hier éclaire une réalité d’aujourd’hui. Sont mises en correspondances les différentes facettes d’une aliénation et sa permanence. C’est par son travail, dans l’action, que Liz, porte-parole de la libération, suit le chemin de la prise de conscience mise en scène par Zetterling, «les fictions qui épousent l’expérience féminine, interrogent les rapports de domination au sein et en dehors de la diégèse, rapports de pouvoir sur le plateau, la relation des spectateurs à l’oeuvre…» (Iris Brey in Le regard féminin). Les propos moqueurs échangés par le metteur en scène et le jeune comédien sont explicites :«petites idiotes» ou «un homme a le droit de vivre sa propre vie»; au comédien qui suppose «un jour, elles seront assez mûres pour cela», l’autre répond «cela n’a pas changé depuis Aristophane».

L’étonnement, l’interpellation comme arme de réflexion.

Lors de la tournée théâtrale, au moment des applaudissements, alors que la salle commence à se vider, Liz s’adresse aux spectateurs pour leur demander de réagir à la représentation. Impassibilité, stupéfaction d’un public habitué, semble-t-il à la passivité. Le cinéma, pas plus que le théâtre, n’est un divertissement. Loin d’attendre des cerveaux disponibles à la consommation d’images, Zetterling vise par la surprise à l’éveil de la réflexion. «L’intelligence est fille de thaumas, de l’étonnement.» (Platon)

Le film nous présente une autre réalité de la société suédoise malgré son image d’étendard de la liberté, et de la liberté sexuelle en particulier (Je suis curieuse, Vilgot Sjo, 1967). Même si les droits à l’égalité ont été reconnus dès le début XXième, Liz, Marianne et Gunilla, de milieux sociaux et sous des angles différents, sont encore engluées dans des représentations de soi infantilisantes et
aliénantes. De même que les hommes peuvent être asservis aux images de la virilité, les femmes semblent parfois accepter une douce servitude volontaire. Le film va plus loin qu’une dénonciation, il interroge aussi ce lien réciproque qui, d’hier à aujourd’hui, reproduit des formes d’aliénation. Liz, attristée par le pugilat entre femmes, dénonce cette acceptation d’une identification de soi à des propos tenus sur soi. Elle réussit à inverser l’image de soi: la scène, où spectatrice, elle pose (en plongée) un regard pétillant et perplexe sur la réalité qui l’entoure, s’oppose à une précédente où on l’apercevait filmée (en contre-plongée) de la fenêtre du bureau de son mari qu’elle imaginait au téléphone avec sa maîtresse. Chaque rupture dans la diégèse est un aiguillon de la libération. Gunilla, elle, dans une scène de comédie sur le quai d’une gare ose fantasmer que son mari se reconnaît ennuyeux. Marianne se gausse, on l’a vu, du docteur dont elle est la maîtresse. Mai Zetterling pose un regard décapant sur la réalité contre l’aveuglement né de l’habitude tout au long du film.

«Alors que nous avons tant en commun ne pourrions-nous pas arrêter tous ces combats? Faisons la paix»

Dans la dernière scène, les distorsions, qui rappellent les photographies d’André Kertész (celles de 1917, 30, 33), renvoient de chacun une image devenue grotesque. Avant d’entrer elle aussi dans la danse, Liz contemple un monde qui festoie mais ne sort pas de la guerre. Constat amer que la reprise du thème à la flûte, de coloration plus grave, vient accentuer. L’art peut-il vraiment faire progresser ?

Sur le web

« … Mai Zetterling déplore la manière dont les femmes sont filmées par les hommes cinéastes. Ce qu’on appelle “le male gaze”, un concept formulé par la réalisatrice Laura Mulvey en 1975. “Le regard sur les femmes est très important au cinéma, plaide Mai Zetterling. Jusqu’ici habituellement les femmes présentées par les films sont soit des jolies secrétaires, soit des prostituées, soit des mères de famille et des épouses horriblement ennuyeuses.

Ces stéréotypes, la réalisatrice les combat dans ses films. “Je pense que tout ça doit changer parce que les femmes deviennent maintenant plus fortes, plus puissantes et aussi plus intéressantes et il faut montrer ce changement et cette évolution dans les films. Parce que la femme comme objet sexuel, avouez que c’est triste et tellement limité.

Son premier film Les Amoureux met en scène le destin de trois femmes sur le point d’accoucher à la veille de la Première Guerre mondiale. Elle y raconte de manière crue la maternité, la sexualité et le mariage. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 1965, le film a “bousculé” les spectateurs à cause de certaines scènes de nudité, comme le rapporte le critique du journal Le Monde. Influencée par les codes de La Nouvelle vague, Mai Zetterling entremêle théâtre et vie réelle dans Les Filles. Trois actrices de théâtre voient une mise en abyme de la pièce qu’elles jouent, une farce antique, et de leur quotidien régi par la domination masculine. Ce qui les pousse à engager une révolte pour défendre leurs droits.“J’ai montré des femmes travaillant ensemble vers un même but”, appuie-t-elle, toujours dans son interview de 1975 pour la télévision française.

Le regard inédit et décalé de Mai Zetterling lui donne une place importante dans le bouillonnement du mouvement féministe des années 1970. Simone de Beauvoir l’a choisie pour adapter son roman Le Deuxième sexe, sorti en 1949. “Ce livre a été très important pour moi comme pour beaucoup de femmes, confie Mai Zetterling, et c’est devenu une sorte de bible que l’on cite dans tous les ouvrages consacrés aux femmes aujourd’hui.” Mais le film ne verra finalement jamais le jour faute de financement. Ce qui la pousse à créer l’Association Internationale des femmes cinéastes, aux côtés d’autres grandes réalisatrices, comme Agnès Varda. Mai Zetterling meurt en 1994 d’un cancer à Londres, laissant derrière des oeuvres tombées dans l’oubli. » (radiofrance.fr)

« Il y a quelque chose qui relève de la monstration dans le cinéma de Mai Zetterling, quelque chose de puissamment visuel, qui se rapproche du monstre (de monstrare: montrer), que l’on expose aux regards, que l’on exhibe, afin de critiquer, d’interpeller. Ses héroïnes aspirent à la liberté, à la prise de parole, dénoncent les failles de la société et surtout le patriarcat, au sein d’images qui flirtent avec la comédie, le burlesque, la satire, pour finalement trouver refuge dans le carnaval: jeu de masques éminemment politique.

Dans Les Filles (1968), une bande de trois actrices (Liz – Bibi Andersson; Marianne – Harriet Andersson; et Gunilla – Gunnel Lindblom, comme échappées de chez Bergman) part en tournée pour jouer Lysistrata, d’Aristophane. La pièce retrace l’histoire de femmes refusant de se donner à leur mari jusqu’à ce que cesse la guerre. Dès la première scène de répétition, le théâtre et la fiction viennent infuser la vie quotidienne: l’une d’elles doit interpréter la colère, et l’inspiration est directement puisée dans un souvenir personnel – une dispute avec son mari. C’est par le son, puis par l’image, et le montage parallèle, que les répliques d’Aristophane trouvent un écho dans l’existence des trois comédiennes, parfois de manière antinomique: alors que dans la pièce, le serment de ne plus jamais donner son corps aux hommes est prononcé, nous voyons à l’écran Marianne courir dans un paysage enneigé, poursuivie par un homme qui ne rêve que de l’embrasser.

Mais la scène s’invite encore dans le présent des actrices par des jeux de mise en scène ingénieux: il y a bien sûr de nombreux sur-cadrages, qui témoignent autant de l’influence du théâtre sur les protagonistes, que de leur enfermement et de leur impossibilité à faire changer les choses…

… Plus tard dans le film, alors que la prise de pouvoir par les femmes commence à sérieusement inquiéter les hommes, a lieu l’enterrement imaginaire de Liz, où la gente masculine célèbre le décès de la jeune femme en riant à gorge déployée. Se met en place une séquence au comique burlesque qui vient s’opposer au comique satirique de la pièce d’Aristophane. Ce sont deux registres différents qui soulignent le combat opposé de chacun dans cette bataille des sexes. La comédie en vient à se déguiser et se transforme en cirque: les femmes, toutes réunies à l’extérieur, prennent la parole à tour de rôle, sont en désaccord. Une bagarre éclate: on s’arrache les cheveux, on crie, on devient presque fou. Cette violence soudaine vient souligner l’un des plus grands risques de la démocratie: l’incompréhension et la discorde au sein d’un même parti, qui ne peut plus être résolu que par le corps et entraîne la guerre. L’image se tord, devient floue, kaléidoscopique, et l’on plonge dans le carnaval… Les Filles de Mai Zetterling résonne comme un pamphlet féministe, engagé, aux images puissamment symboliques, qui flirte avec le poétique, et devient politique. » (avoir-alire.com)

« Le film est très mal reçu en Suède, très fière d’avoir établi l’égalité des droits entre femmes et hommes dans la sphère publique. Mais, en privé, la domination masculine s’exerce toujours et pèse sur la condition sociale des femmes. C’est ce à quoi sont confrontées trois actrices incarnant les héroïnes de Lysistrata qui ne peuvent voir dans cette comédie grecque d’Aristophane qu’une mise en abyme de leur quotidien. A l’instar de leurs personnages, elles vont engager une lutte pour défendre leurs droits.

Lysistrata est une comédie grecque antique d’Aristophane écrite en 411 av. J.-C., qui comporte un seul acte. Alors qu’Athènes et Sparte sont en guerre, Lysistrata, une belle Athénienne, aussi rusée qu’audacieuse, convainc les femmes d’Athènes — Cléonice, Myrrhinè, Lampito — ainsi que celles de toutes les cités grecques, de déclencher et de poursuivre une grève du sexe, jusqu’à ce que les hommes reviennent à la raison et cessent le combat: « Pour arrêter la guerre, refusez-vous à vos maris« . Cette révolte des femmes est plus général dans le texte de la pièce. Plusieurs situations montrent la volonté d’inverser les rôles dans une société qui proclame que : « La guerre est l’affaire des hommes et la maison, celle des femmes » et c’est bien sur ce plan là que travaille Mai Zetterling. Dès la première répétition, les femmes sourient avec le texte d’Aristophane : »Être une femme au foyer est une tache considérable« … » (cineclubdecaen.com)

« En 1976, Simone de Beauvoir répondait en ces termes aux critiques qui regrettaient l’absence de «femmes libérées» dans son oeuvre: «J’ai voulu montrer les femmes telles qu’elles sont, et pas les femmes telles qu’elles devraient être. […] J’ai choisi des femmes-types, telles que je les connais, telles qu’il y en a, et non pas une femme idéale.»
(Simone de Beauvoir, «Un entretien avec Susan Brison», dans Les Temps Modernes, 2002/3 n°619)

… C’est sans doute avec Les Filles que Zetterling atteint à la plus profonde contagion des espaces et des temps: la vie de trois actrices de théâtre et leur relation aux hommes sont mêlées à la répétition et à la représentation du texte d’Aristophane, Lysistrata. Le film ne s’organise plus autour d’un foyer de présent, origine de la réminiscence, mais sur une contamination de la vie des actrices par leur apprentissage du texte antique. Ce débordement du passé exerce une pression sur le présent, provoque une tension vers l’insurrection ou vers la destruction des anciennes hiérarchies. La critique des figures patriarcales est solidaire d’une critique du modèle bourgeois de la famille, orienté vers l’impératif de procréation et la sacralisation des liens du mariage. Zetterling met en scène la subversion de ce modèle, voire sa destruction, au sens propre (le divorce impromptu, suivi d’une joyeuse reprise du bal, à la fin des Filles)… De la même façon, et c’est bien connu, ce modèle repose sur une division genrée du travail, que les personnages de femmes artistes (notamment les trois actrices dans Les Filles) viennent évidemment bousculer en un double sens: d’abord parce que leur activité créatrice les empêche d’assurer leur supposé rôle de mères et d’épouses, ensuite parce qu’elle n’a pas d’utilité du point de vue du système social de production. Les personnages de Mai Zetterling sont en cela des «femmes-types» au sens où l’entend De Beauvoir, c’est-à-dire des visages singuliers de la condition féminine.


Mais là n’est pas l’essentiel : ces subversions n’auraient sans doute pas la même force si elles n’avaient été préparées par des manifestations proprement cinématographiques de l’aliénation. Et c’est sans doute dans Les Filles que cette recherche plastique est la plus poussée. La couleur blanche, motif quasi-rythmique rappelé aussi bien par les décors neigeux ou les draps du lit conjugal, inonde des scènes remémorées ou inventées, volontairement surexposées, dans lesquelles le mari poursuit sa femme jusqu’à triompher de sa résistance. Le blanc, plutôt que d’être investi d’une valeur symbolique définie, devient, par la répétition, le symptôme d’une situation de domination en même temps qu’il fait signe vers son caractère intolérable. Le traitement de la voix vient aussi souligner l’écart entre la situation présente des actrices et leurs aspirations. La scène d’insurrection dans Lysistrata, dans laquelle l’une des femmes propose une grève du sexe pour forcer les époux à arrêter la guerre («Pour arrêter la guerre, refusez-vous à vos maris !») est répétée en off tandis qu’une série de gros plans montre les actrices dans un salon de beauté, occupées à se faire coiffer ou à se maquiller : elles semblent sourdes à cet appel à la révolte tandis qu’au son les femmes répondent à Lysistrata qu’elles ne sont pas prêtes à renoncer à la paix de leur foyer. De plus, l’insistance par le gros plan sur les produits cosmétiques et les miroirs prolonge une inquiétude plus globale relative à la «société du spectacle» (le film sort un an après l’essai de Guy Debord) et à la dévitalisation qu’elle produit: la représentation de la pièce d’Aristophane elle-même devient l’occasion d’un divertissement bourgeois et ne donne lieu à aucune remise en cause, ce dont l’une des actrices se désespère. C’est contre cette dévitalisation que Mai Zetterling semble se battre dans Les filles, en faisant de la forme un lieu d’indignation et de révolte. » (debordements.fr)

« Après ses portraits incisifs dans ses premiers films de la société suédoise aisée autour de ses obsessions dégénératives à force de fonctionner en vase clos à l’abri de ses privilèges, Mai Zetterling plonge encore davantage dans les questions d’inégalités de genre dans la société en s’inspirant de la pièce classique Lysistrata d’Aristophane. La célèbre pièce comique de l’auteur grec offre à la cinéaste un terrain fertile d’exploration créant en miroir une réflexion sur le rôle de l’art de manière générale pour dynamiser les enjeux de société en réveillant les consciences. Les comédiennes se rendent alors compte que les propos féministes sont inaudibles car l’expression artistique est encore trop digérée comme un produit de consommation sans contenu réflexif. Ce sujet développé dans le scénario permet d’impliquer le public dans le propos même du film en quête de justice sociale pour qu’une femme puisse s’émanciper en dehors du joug patriarcal. Mai Zetterling recourt une nouvelle fois à partir d’un subtil travail du montage à une exploration du récit chronologique afin de mettre en scène les différentes sphères d’une vie d’une femme qui ne cessent de s’entrelacer au temps présent, celui des décisions irrévocables. Autour de ces trois femmes, aucune hiérarchie dans la narration ne prend à aucun moment le dessus, le film s’affranchissant allègrement de la trame classique dans une réalité anarchiste jubilatoire. Le film n’est pas une comédie à la différence de la pièce originale d’Aristophane mais cela ne l’empêche par de tourner en dérision les privilèges masculins sans tabou et dans une énergie résolument iconoclaste avec la force de la sororité pour faire basculer les différentes menaces… » (blogs.mediapart.fr)


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