
Dimanche 08 Février 2026 à 14h – 23ième Festival 2026
Cinéma Jean-Paul Belmondo (ex-Mercury) – 16 place Garibaldi – Nice
Film de Andrei Ujică, Roumanie, 2025, 1h25, vostf.
Une chronique de la ville de New York entre le 13 et 15 août 1965, date de l’arrivée des Beatles dans la ville et de leur premier concert à guichets fermés au Shea Stadium du Queens.
Notre critique
par Josiane Scoleri
Avec TWST, Things We Said Today Andrei Ujică compose une sorte de symphonie nostalgique à la gloire de cet esprit des sixties qui a tant marqué son adolescence et sa jeunesse. Il le fait bien sûr à sa manière, en explorant de nouvelles façons d’utiliser des images de found footage dans un film certes documentaire, mais une sorte de documentaire augmenté (comme on dit ‘‘réalité augmentée’’).
Au-delà de l’utilisation habituelle d’archives de toutes sortes qui caractérise le ‘‘cinéma sans caméra’’, Ujică s’autorise à créer quelques images (dit-il) en I.A., c’est à dire l’exact opposé du document d’archive brut. C’est un grand écart qui ne manque pas d’interroger mais qui souligne, si besoin était, la grande liberté de l’auteur. Mais ce qui est au moins aussi frappant dans TWST, c’est l’insertion de personnages dessinés directement sur la pellicule qui vont être les véritables guides du spectateur. Il est intéressant de noter que ces personnages ne sont pas des personnages de fiction. Geoffrey O’Brien et Judith Kirsten sont des écrivains américains contemporains qui ont réellement assisté au fameux concert des Beatles au Shea Stadium en août 1965. Ils ont même écrit des livres sur le sujet. Là où ça se corse, c’est que leurs souvenirs sont ici quelque peu remaniés par le réalisateur qui a écrit une partie du texte de la voix off (L’histoire de la fille qui aimait les papillons un texte poétique à mille lieux du commentaire de docu, qui va scander le film à divers moments-clés.). Réalité ou fiction, à nous de choisir.
Le film regorge ainsi de trouvailles, non seulement à cause des milliers de documents visuels et sonores inexploités jusqu’ici, mais surtout grâce à un montage image et son particulièrement pointu. (Il faut saluer ici la sophistication du travail de la monteuse Dana Bunescu dans les deux registres). TWST semble annoncer la couleur dès son titre, tiré d’une des dernières chansons des Beatles à l’époque, mais ce n’est qu’une des multiples fausses pistes du film. En effet, nous n’entendrons ni cette chanson des Beatles, ni aucune autre, ni non plus aucun extrait du concert. Et pourtant, nous allons sentir battre le coeur de l’événement, comme jamais.
La bande-son en effet est un véritable cocktail de l’air du temps, le fameux « Zeitgeist » de l’époque. De Roll over Beethoven qui ouvre le film à I like it like that en passant par The game of love, autant de titres emblématiques qui disent encore une fois à quel point la ‘‘pop music’’ a été une véritable révolution.
Avec pour fil rouge la beatlemania de l’époque, le film nous balade dans tous les quartiers de New York. En cela, c’est un formidable film sur la ville, des mille enseignes lumineuses sur Broadway aux familles qui passent une belle journée d’été à la plage, des ouvriers à la criée de Fulton qui commencent leur journée en pleine nuit aux jeunes qui tapent dans un ballon dans un parc, Andrei Ujică compose un patchwork à la fois familier et néanmoins inattendu (par exemple cet homme noir, au français impeccable, interviewé à Harlem et qui restera anonyme).
Mais au milieu de son portrait de New York, Ujică prend le large et laisse la place aux reportages télé sur les émeutes de Watts (quartier noir de Los Angeles). C’était le même week-end. Les images sont sans appel. Impossible de ne pas se souvenir d’autres émeutes qui secouent régulièrement la société américaine depuis et jusqu’à aujourd’hui, 60 ans plus tard. L’intention du réalisateur apparaît clairement au travers du montage. La juxtaposition des différentes séquences exprime d’abord la volonté de faire un portrait de cette ville – certainement la plus emblématique des temps modernes- et en même temps une ambition plus grande qui dépasse New York et la beatlemania. Il s’agit de tenter de saisir quelque chose de ce pays qui ne cesse de fasciner et de dérouter les Européens.
Et puis soudainement, à la 53ème minute très exactement, le film passe à la couleur. Du reportage à vocation sociologique, nous passons à un film familial tourné en 8 mm. Avec les images habituelles où la caméra s’attarde sur les enfants et l’inévitable moment où le filmeur se fait rabrouer. Il est curieux de constater que le passage à la couleur ne change rien à notre perception de l’époque. Couleur ou pas, les tenues, les coiffures, les attitudes sont immanquablement sixties.
Cette dernière partie du film va nous permettre de découvrir « suburbia », ces interminables banlieues de la middle class américaine blanche, avec son uniformité saisissante (petit carré de pelouse tirée au cordeau et voiture garée sur le drive way). C’est là qu’habite Judith Kirsten avec sa famille. Nous aurons droit à deux personnages dessinés en couleurs, Kirsten et son amie Shirley qui à leur tour vont nous servir de guide.
Ujică fait durer le plaisir avant le début du fameux concert. Nous nous retrouvons à l’Exposition Universelle qui avait lieu à quelques mètres du Shea Stadium. La concomitance des deux événements semble trop belle pour être vraie et pourtant…ainsi allait le monde avant la mondialisation, Internet et le tourisme tous azimuts…
Avec beaucoup de malice, Ujică nous fait faire un premier tour du stade dans le silence absolu. Quand on sait que 55 000 personnes ont assisté au concert, c’est quand-même assez culotté… Le stade pourrait tout aussi bien être un vaisseau spatial flottant dans les galaxies. À n’en pas douter, le réalisateur a plus d’un tour dans son sac et finit carrément par nous faire décoller avec des nuées de papillons multicolores. TWST s’avère ainsi jusqu’au bout un objet improbable qui se déguste avec une gourmandise de cinéphile.
Sur le web

New York, 13 août 1965, les Beatles descendent sur le tarmac de l’aéroport JFK. Le vrombissement de l’avion remplace les habituels hurlements de la foule venue accueillir ses idoles, et masque la voix du jeune Paul McCartney lorsqu’un journaliste lui demande de saluer le public américain. Que ce bruit assourdissant soit un enregistrement original ou qu’il ait été recréé en postproduction importe au fond peu : il instaure d’emblée une certaine distance vis-à-vis de l’euphorie sonore à laquelle les images du groupe nous ont habitués. Cette arrivée sur le sol américain n’est en effet qu’un point de départ, dont Things We Said Today (TWST) n’aura de cesse de s’éloigner. Car après leur conférence de presse tumultueuse au Warwick Hotel, les quatre musiciens disparaissent totalement des images. Le récit est alors pris en charge par les voix off, mais aussi par les corps animés et incrustés à même l’archive de deux jeunes témoins ayant réellement vécu l’attente du célèbre concert donné le 15 août 1965 au Shea Stadium : Geoffrey O’Brien, fils du disc-jockey Joe O’Brien, et Judith Kristen, une adolescente prise dans la «Beatlemania». Alors que les préoccupations des deux adolescents tournent essentiellement autour du groupe, les images d’archives illustrant leurs pérégrinations dévoilent bien d’autres aspects de la vie new-yorkaise. Comme dans ses trois films précédents, Andrei Ujică travaille ici à partir d’un grand nombre de matériaux de provenances diverses, tournés dans un laps de temps resserré : les quelques jours scellant la chute du régime de Nicolas Ceausescu dans Videogramme einer Revolution (1992, coréalisé avec Harun Farocki), ou la vie des cosmonautes soviétiques de la station Mir entre mai 1991 et mars 1992 pour Out of the Present (1997). De la présence des Beatles sur le sol américain le temps d’un week-end, le cinéaste roumain extrait des images moins officielles, tirées de la presse locale ou de films amateurs – manière de proposer une re-vision de l’Histoire, débusquée dans les interstices du récit collectif… En convoquant les écrits personnels d’O’Brien, futur journaliste, le cinéaste établit un lien subtil entre ses déambulations citadines et les images remontées au présent de sa narration. Les apparitions crayonnées du jeune homme le font glisser dans les rues new-yorkaises, entre les passants de Central Park, des grandes avenues ou dans un taxi en direction de Harlem… (critikat.com)

… Entre images d’archives de la télévision et séquences tournées par les quidams, souvent en 8 mm, le film retrace la folie de ce week-end estival, où les cris des fans rivalisaient de tonalités pour attirer l’attention de ce quatuor à la mèche rebelle. Mais plus qu’une plongée au coeur de l’évènement ou des cercles de groupies, le documentaire est avant tout un portrait de la ville de New-York, ses habitants, ses quartiers. De Harlem à Jones Beach, Andrei Ujică recrée une symphonie intimiste et personnelle où l’imagination se mêle à la mémoire pour raconter ce qu’étaient les États-Unis à cette période-là, et notamment les discriminations raciales et la ghettoïsation de certains lieux (est-ce si différent aujourd’hui ?)… (abusdecine.com)
Things We Said Today ! C’est le nom d’une des plus belles chansons de l’album Hard Day’s Night des Beatles sorti en 1964. Une chanson très cinématographique puisqu’on la retrouve dans le film autobiographique Hard Day’s Night des Quatre Garçons dans le vent mais aussi parce qu’elle donne son titre au nouveau documentaire du réalisateur Andrei Ujică qui sort aujourd’hui en salle.
Au lieu de sortir un énième documentaire sur les Beatles et la beatlesmania, Andrei Ujică , grand maître du documentaire found-footage, c’est à dire de la réalisation de films à partir de pellicules anciennes, se sert en fait des Beatles pour livrer un récit plus large et poétique de trois journées particulières qui ont eu lieu du 13 au 15 août 1965 aux États-Unis… Grâce à des archives, des films personnels qui plairont aux fans, on voit bien effectivement les Beatles, on les entend répondre à des journalistes en conférence de presse, essayer de se frayer un chemin avec leur gardes du corps au milieu de foules humaines d’adolescents mais finalement ce qui intéresse Andrei Ujică , c’est aussi tout ce qui se passe au même moment, aux Etats-Unis. Tandis que des milliers de jeunes américains se pressent pour découvrir leurs idoles, au même moment, à l’autre bout du pays, Los Angeles est en proie à d’autres scènes d’émeute. Une rébellion meurtrière, celle-ci, connue sous le nom d’Émeutes de Watts puisqu’elle a lieu à Watts dans ce quartier noir de la cité des anges…(radiofrance.fr)

… Avec Things We Said Today, Andrei Ujică explore, dans un style poétique qui n’appartient qu’à lui, l’arrivée des Beatles aux États-Unis pour leur grande tournée de 1965. A moins que le sujet ne soit autre…
… Du fameux concert à guichets fermés du Shea Stadium, on n’en verra que l’arrivée d’une foule en délire. Ce qui intéresse le réalisateur, c’est l’effervescence de ce week-end estival, sa chaleur étouffante et l’impatience. Les Beatles disparaissent des images, au profit d’un collage sur l’Amérique de l’époque, auquel il ajoute son grain de sel : une voix-off et des versions crayonnées du journaliste Geoffrey O’Brien et de l’écrivaine Judith Kristen, adolescents qui ont vraiment vécu le concert, et l’ont commenté dans certains de leurs écrits. Ujică s’en inspire pour raconter une autre histoire, par des touches impressionnistes qui donnent à l’ensemble de ses archives la sensation de former un portrait étonnamment exhaustif des États-Unis des années 60. Tandis que le jeune Geoffrey O’Brien déambule de Central Park à Harlem, avec toutes les disparités sociales qui se ressentent d’un cadre à l’autre, se déroulent de l’autre côté du pays les émeutes de Watts, quartier noir de Los Angeles sujet à de violentes répressions policières… (ecranlarge.com)

Andrei Ujică, parrain de la Nouvelle Vague roumaine et pionnier des films expérimentaux à partir d’images existantes, a choisi de commémorer cette période culturelle dans TWST, qui porte le nom de la mémorable piste de l’album de 1964 A Hard Day’s Night. Avec ses 85 minutes seulement, ce film qui salue ce qu’il décrit comme « le plus grand groupe de tous les temps« , n’ajoute pas de propos particulièrement nouveau ou provocateur sur ce sujet déjà bien documenté, mais la manière dont il distille les images réunies et des citations littéraires tout en relatant le concert du Shea Stadium concert, en août 1965, fait de son film une oeuvre rêveuse, qui résonne et touche le spectateur…
Si les archives en 16 mm noir et blanc provenant de la télévision américaine et les vidéos familiales en 8 mm couleur correspondent à l’idée qu’on se fait rétrospectivement de cette époque, les modalités de mise en récit employées sont plus nouvelles, et excentriques. Le film est une coproduction entre la France et la Roumanie, mais plusieurs producteurs new-yorkais sont cités au générique, comme Kent Jones (un des pontes), et on entend aussi les observations de deux témoins de l’époque, l’essayiste et poète Geoffrey O’Brien (qui parle par la voix de Tommy McCabe) et l’écrivain Judith Kristen (Therese Azzara), dont les souvenirs sont remaniés pour accompagner les images.

On ne comprendra pas forcément davantage les États-Unis de 1965, mais le travail d’Andrei Ujică et sa monteuse Dana Bunescu convoque sensoriellement l’aura d’espoir de cette époque. Elle a perdu de son allant, comme les cheveux de John, Paul, George et Ringo sur la pochette de Beatles for Sale, mais elle ne ploie pas encore face à la contreculture. Elle rentre son ventre, prête à aborder les splendeurs à venir, mais aussi les disputes et révoltes des années qui vont suivre. Ce n’est pas pour rien que la Foire internationale de New York organisée à Queens en 1965 est très présente dans la dernière section : face à l’éventail des séquences qui composent le film, on a l’impression de sillonner ses allées parmi les nombreux pavillons : on passe une tête curieuse à l’intérieur de chacun pendant quelques minutes puis l’attention est détournée en faveur de quelque chose d’autre, tant et si bien que l’esprit, surstimulé, en est un peu étourdi.
Entre les visions fugitives d’éléments typiques des documentaires en forme de « symphonie d’une ville » (les coups d’oeil sur les monuments iconiques, ici Times Square, les moments passés à la plage, les transports qui véhiculent efficacement les citadins), les pitreries des Beatles dans la Grande Pomme sont présentées parallèlement à des images des émeutes de Watts à Los Angeles (qui ont soulevé la population noire contre les violences policières)… O’Brien et Kristen évoquent un âge dominé par une innocence candide – qui correspond au sentiment principal que transmet TWST par rapport à l’esprit de l’année 1965… (cineuropa.org)

… En 1965, la musique pop était partout. Le film s’ouvre sur l’aventure Radio Caroline, radio émise depuis un bateau, loin des règles britanniques et de la censure. Le documentaire multiplie les images d’archives de l’époque issues des archives des grands médias ABC, CBS, et NBC avec également des extraits de films familiaux tournés en 8mm. Il y a également quelques images générées par un logiciel d’intelligence artificielle, sans mention apparente, de quoi se poser la question sur l’intrusion de l’IA dans des images historiques. Des séquences animées sont incrustées dans certaines images d’archives avec 4 personnages qui revisitent le temps béni de l’adolescence au coeur de l’été 1965… Ce documentaire lui a pris plus d’une décennie de travail pour aboutir à un film sociétal, il est question de jeunesse dorée, de racisme ambient dans une Amérique divisée, de tensions sociales et de jeunesse sur la brèche. Des images de New York, de Harlem, du quotidien le plus banal mais aussi le plus représentatif. L’interview d’un habitant noir au français impeccable force le respect. Le documentaire est parfois empreint de fantaisie et le film se transforme à l’occasion en un film rempli d’imagination. Les dessins animés superposés sont l’oeuvre de l’artiste français Yann Kebbi. L’ajout d’une voix off descriptive permet de densifier le propos. Elle est tirée d’écrits personnels de Geoffrey O’Brien, de Judith Kristen et de textes poétiques d’Ujică lui-même. Le film est un beau moment d’histoire avec 4 Beatles très jeunes et une plongée historique fascinante. Le film a été sélectionné dans plus de 70 festivals dont la Mostra de Venise et le New York Film Festival. (publikart.net)
… Andrei Ujică raconte le week-end qui, en août 1965, a précédé le concert-monstre du groupe au Shea Stadium de New York (50000 spectateurs, un record), la folie douce de la Beatlemania, la sincérité des fans et le cynisme idiot des médias, puis, dans un mouvement de recul, la ville dans sa globalité. Les jeux d’enfant, les familles à Central Park, à l’autre bout du pays les émeutes raciales de Los Angeles et les réactions dans Harlem, la vie des cols bleus… Le cinéaste crée, sans le verbaliser, un dialogue pertinent avec ce qu’étaient les Beatles – le groupe refusait de jouer dans des salles où avait cours la ségrégation, par exemple – et, avec poésie et une douceur touchante, donne à ressentir une époque qui vibrait d’un espoir furieusement transformateur. (cinemateaser.com)
Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri.
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